L’impulsion donnée par les politiques publiques
Dans les pays développés, les petites et moyennes entreprises (PME) constituent une cible prioritaire des politiques publiques de soutien au développement économique, en raison de leur taille réduite, de leur manque de capitaux, de leur accès limité au crédit, de leur retard technologique, de capacités de gestion encore faibles, du déficit de main-d’œuvre qualifiée et du manque de terrains de production.
Au Japon et en République de Corée, les politiques de soutien aux PME sont inscrites dans des lois fondamentales. Elles se concentrent notamment sur l’octroi de financements à taux préférentiels pour l’investissement dans la science et la technologie, l’innovation et la recherche-développement, la promotion des réseaux de distribution, ainsi que la mise en œuvre de contrats d’achat de produits par l’État et par les grands groupes industriels. L’ensemble de ces politiques vise à stimuler la croissance et à renforcer les capacités internes des entreprises.
Les capacités internes des entreprises reposent sur de multiples facteurs : finances, ressources humaines, moyens matériels, technologies, marque et réputation. Au Vietnam, près d’un million d’entreprises assurent des moyens de subsistance durables à des millions de travailleurs et contribuent de manière significative au budget de l’État. Toutefois, le maillon le plus faible de ces capacités demeure aujourd’hui la finance. Selon Nguyen Quoc Viet, maître de conférences à l’Université nationale du Vietnam à Hanoï, les politiques de soutien n’ont pas encore produit les résultats attendus, et les PME ont besoin de leviers concrets pour renforcer leurs capacités internes.
Selon Nguyen Quoc Viet, ces leviers doivent prendre la forme de politiques ciblées, capables de lever les obstacles structurels qui freinent le développement des entreprises. En matière de foncier, il est nécessaire de donner la priorité à la simplification des procédures administratives et de lever les barrières invisibles afin de faciliter l’accès des entreprises à cette ressource. Les politiques de financement constituent également un goulot d’étranglement, dans un contexte où une part importante du crédit est orientée vers l’immobilier, tandis que les entreprises privées peinent à accéder aux capitaux nécessaires à la modernisation de leur production.
Dans le contexte actuel, l’application des sciences et des technologies est devenue un facteur déterminant de la survie et du développement des entreprises. Les sciences et technologies permettent de réduire les coûts d’exploitation, d’accélérer la production, d’améliorer l’efficacité de la gestion, d’optimiser l’utilisation des ressources et de favoriser l’innovation et le développement de nouveaux produits. Selon Le Xuan Nghia, le Fonds de développement scientifique et technologique affiche un rythme de décaissement très lent, « disposant de ressources financières sans pouvoir les utiliser ».
Selon Le Xuan Nghia, après plus de dix ans d’existence, ce Fonds n’a décaissé qu’environ 500 milliards de dongs. À titre de comparaison, les États-Unis investissent des milliers de milliards de dollars dans les sciences et technologies au profit des groupes industriels et des instituts de recherche ; le Japon a récemment lancé plusieurs programmes d’investissement représentant environ 210 milliards de dollars ; la Chine consacre également des centaines de milliards de dollars à l’intelligence artificielle et à la robotique. Avec un décaissement d’environ 500 milliards de dongs, les entreprises vietnamiennes peinent à accéder aux technologies nouvelles. Le gouvernement doit jouer un rôle de soutien actif en investissant directement dans les entreprises privées pour l’application des sciences et technologies, au lieu de laisser les projets de recherche rester lettre morte.
Une révision globale des lois pour soutenir les PME
Afin de renforcer les ressources des PME, il est nécessaire, en 2026, de procéder à un examen et à une révision approfondis de l’ensemble des lois concernées. Il convient notamment de modifier la Loi de 2017 sur le soutien aux PME, de restructurer les fonds de soutien aux PME, le Fonds de développement des PME ainsi que les fonds de développement scientifique et technologique, tant au niveau national qu’au niveau des entreprises. Il est également indispensable de traduire pleinement les orientations définies dans les Résolutions 57 et 68 en politiques publiques et en programmes d’action concrets.
La réforme des lois relatives au soutien au secteur privé doit s’inscrire dans une approche globale, fondée sur une vision renouvelée du rôle des entreprises dans la stratégie de développement national, en plaçant l’entreprise au centre et en garantissant un environnement des affaires équitable et transparent.
Selon Le Bo Linh, ancien vice-président de la Commission parlementaire des sciences, des technologies et de l’environnement, l’État ne doit pas seulement mobiliser les ressources du secteur privé, mais aussi apporter un soutien actif à travers les ressources publiques et faciliter l’accès des entreprises aux ressources nationales afin de renforcer leurs capacités internes.
La Résolution no 10 du 3 juin 2017 fixait pour objectif d’atteindre au moins un million d’entreprises actives en 2020. Or, selon Le Minh Nghia, président de l’Association vietnamienne de conseil financier, cet objectif n’était toujours pas atteint à la fin de l’année 2025. La Résolution 68 vise deux millions d’entreprises d’ici 2030 et trois millions d’ici 2045. Pourtant, ce ratio demeure faible par rapport aux États-Unis. Cette situation appelle une réflexion approfondie sur la manière de permettre aux citoyens de devenir réellement acteurs économiques, et non de se limiter à des dynamiques entrepreneuriales de circonstance.
Les PME n’ont pas seulement besoin de soutien pour survivre, mais pour grandir et s’insérer plus profondément dans les chaînes de valeur nationales et mondiales. Les politiques publiques doivent encourager l’investissement technologique, l’amélioration des capacités de gestion, le développement des ressources humaines et la construction de marques durables. Sans politiques visant à renforcer les capacités internes des entreprises, il sera difficile d’atteindre les objectifs de 1,5 à 2 millions d’entreprises, puis de trois millions d’entreprises à l’avenir.