Son La cherche à réveiller ses ressources culturelles au service du développement durable

La résolution No 80-NQ/TW du Bureau politique sur le développement de la culture vietnamienne a établi une vision stratégique, plaçant la culture au même niveau que l’économie et la politique dans l’ère d’essor national.

Le marché hebdomadaire de Muong Lum réunit les produits caractéristiques des différentes communautés ethniques. Photo : VOV.
Le marché hebdomadaire de Muong Lum réunit les produits caractéristiques des différentes communautés ethniques. Photo : VOV.

La résolution No 80-NQ/TW définit la culture comme un socle spirituel, une ressource endogène et un moteur du développement, en faisant de la population le véritable acteur de la création et le bénéficiaire de la culture.

Une grande résolution doit, en définitive, trouver sa traduction dans la vie quotidienne. Et parfois, la meilleure façon de rapprocher une résolution des habitants consiste simplement à partir de ce qu’ils possèdent déjà.

Dans la province de Son La (au Nord-Ouest du Vietnam), cette orientation prend corps à travers des réalités très concrètes du quotidien.

Muong Lum, le marché où renaît la mémoire des hautes terres

Un marché de montagne naît souvent de choses toutes simples. Certains y apportent leurs produits agricoles. D’autres viennent avec leurs gâteaux, leur riz gluant ou leurs préparations culinaires. On revêt ses plus beaux habits traditionnels. Les artisans prennent avec eux leur khèn, leurs danses et leur savoir-faire en vannerie. Les jeux populaires retrouvent leur place au milieu des rires et des encouragements.

Au marché hebdomadaire de Muong Lum, dans la commune de Chieng Hac, province de Son La, ces scènes familières racontent une histoire plus vaste. Les autorités locales cherchent à faire de ce marché un rendez-vous culturel et touristique à part entière. Et chaque week-end, la vallée change de visage.

Muong Lum était autrefois surnommée la « terre oubliée », en raison de son relief enclavé et de ses difficultés d’accès. Aujourd’hui, entre vallées, forêts et espaces culturels façonnés par les communautés ethniques Thai et H’Mong, cette terre révèle un patrimoine qui peut devenir une attractivité touristique.

Ha Van Cuong, du village de Luong, ne cachait pas sa fierté : les habitants de son village avaient apporté de nombreux produits agricoles, notamment des courges, des gourdes, du riz gluant et du bánh chưng, mais aussi des foulards Piêu, des chemises áo cóm et des sacs en tissu traditionnel.

« Lors du précédent marché, nous avions déjà apporté ces produits pour les faire connaître. Cette fois-ci, des clients sont venus spécialement pour les acheter et les habitants ont réalisé de nombreuses ventes », raconte M. Cuong.

Pour les habitants, il s’agit avant tout de produits familiers. Mais lorsqu’ils sortent de la cuisine familiale, des rizières et du cadre du village, ces produits acquièrent une nouvelle valeur.

Un grain de riz gluant, un bánh chưng, une poignée de riz gluant cuit à la vapeur, un foulard Piêu, une chemise áo cóm ou un sac en tissu traditionnel ne sont pas de simples marchandises. Chacun porte en lui une histoire liée à la terre, aux savoir-faire, aux traditions et au travail de ceux qui l’ont fabriqué.

Au-delà des échanges commerciaux, le marché des hautes terres de Chieng Hac contribue à réveiller et à valoriser les valeurs culturelles des communautés locales. Photo : VOV
Au-delà des échanges commerciaux, le marché des hautes terres de Chieng Hac contribue à réveiller et à valoriser les valeurs culturelles des communautés locales. Photo : VOV

Dans un coin du marché, l’artisan Quang Van Quyet, du village de Luong, présente avec fierté des objets familiers de la vie quotidienne des Thais.

« Le mortier utilisé pour piler le riz, les deux hottes servant à transporter le riz ou le maïs cultivés dans les champs… tous ces objets font partie de la vie quotidienne des habitants d’ici. Tout le monde sait que je fabrique des sièges en rotin et pratique la vannerie, alors les gens viennent directement chez moi pour acheter. Cela me procure ainsi un revenu supplémentaire chaque mois », explique-t-il.

Âgé de 73 ans, Quang Van Quyet a appris la vannerie auprès de son père. Les objets en bambou, en roseau et en rotin, autrefois intimement liés à la vie quotidienne des Thais, servent aujourd’hui à la fois aux familles et à la commercialisation. Mais sa préoccupation ne se limite pas aux revenus.

« Je veux aussi transmettre à mes enfants et à mes petits-enfants le savoir-faire de la vannerie thaïe… Aujourd’hui, les jeunes vont à l’école ou travaillent en entreprise et n’ont plus le temps d’apprendre. Si notre génération ne parvient pas à transmettre ce métier à la suivante, le savoir-faire de la vannerie thaïe risque de disparaître », confie-t-il.

C’est aussi l’une des questions fondamentales lorsqu’il s’agit de valoriser les ressources culturelles : si les générations futures ne savent plus faire, ou ne souhaitent plus faire, même le patrimoine le plus précieux peut finir par disparaître.

Réveiller la culture ne consiste donc pas seulement à la présenter sur une scène. Il s’agit surtout de permettre aux habitants de prendre conscience de la valeur de ce qu’ils possèdent, de l’importance de le préserver et de sa capacité à contribuer à leur propre vie.

Le marché hebdomadaire reconstitue l’espace culturel des communautés locales. Photo: VOV
Le marché hebdomadaire reconstitue l’espace culturel des communautés locales. Photo: VOV
Le marché est un lieu de rencontre pour les différentes communautés ethniques. Photo: VOV
Le marché est un lieu de rencontre pour les différentes communautés ethniques. Photo: VOV

Pour que la culture devienne une ressource de développement

À Muong Lum, la culture ne se présente pas comme un patrimoine figé. Elle se mange, se tisse, se tresse et se partage.

Une botte de légumes, une poule, un morceau de tissu deviennent les fragments d’une histoire plus vaste. Les concours de pilage du riz gluant ou de tu lu, un jeu traditionnel, prolongent cette mémoire par la fête.

Le marché est devenu un nouveau appui pour faire vivre la culture locale, mais aussi pour lui donner une valeur économique.

C’est précisément l’un des objectifs affichés par les autorités de Chieng Hac.

Cao Xuan Dung, président du Comité populaire de la commune de Chieng Hac, explique : « Nous considérons la valorisation du patrimoine local comme une priorité. Notre objectif est d’aider les habitants à transformer leur culture et leur identité en valeur économique. Aussi avons-nous l’intention d’organiser des formations pour leur permettre de mieux comprendre ce qui fait leur singularité, mais aussi la manière dont cette singularité peut créer de la valeur et des revenus ».

De l’identité culturelle au produit. Du produit à l’expérience. Et de l’expérience aux moyens de subsistance. Mais pour que la culture devienne véritablement une ressource, un seul marché ne suffit pas. Il faut créer des espaces où les communautés puissent participer, créer ensemble et bénéficier elles-mêmes de la valeur produite.

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