Dans les maisons sur pilotis, les femmes San Chi (dans la province de Thai Nguyen) continuent de broder avec patience et minutie. Leurs costumes se distinguent par leur teinte indigo, leurs bordures rouges, blanches et jaunes, leurs ceintures multicolores et leurs accessoires en argent.
Le hameau Khau Dang compte plus de 30 foyers, principalement issus de l’ethnie San Chi. Malgré l’évolution des conditions de vie et la facilité d’accès aux tissus et aux fils, de nombreuses familles continuent de coudre, broder et porter les costumes traditionnels au quotidien, lors du Têt, des fêtes et des activités communautaires.
L’apprentissage de la broderie commence dès l’enfance au sein de la famille. Les fillettes apprennent auprès de leur mère ou de leur grand-mère à tenir l’aiguille, réaliser les points de base, puis créer des motifs et associer les couleurs.
Hoang Thi Biu, habitante de Khau Dang, se souvient : « À 10 ans, ma mère m’a appris à broder. Au début, je trouvais cela très difficile, mais aujourd’hui, je sais confectionner des vêtements, des foulards et des coiffes. Porter un vêtement que j’ai fait de mes propres mains me rend heureuse et fière, et renforce mon attachement à l’identité culturelle de mon ethnie. »
Aujourd’hui, Hoang Thi Biu peut confectionner elle-même ses vêtements. Au-delà de la satisfaction personnelle, son savoir-faire constitue un héritage reçu de sa mère qu’elle pourra à son tour transmettre aux générations suivantes.
À Khau Dang, nul ne sait depuis quand existe l’art de la broderie. Sa transmission se poursuit naturellement : les plus expérimentées enseignent aux autres, tandis que les femmes échangent leurs techniques pour créer les motifs, associer les couleurs, couper et coudre les vêtements.
Dang Thi Xuyen explique qu’autrefois, la confection d’un costume nécessitait plusieurs étapes, de la culture du coton au filage, au tissage et à la teinture. Aujourd’hui, tissus et fils sont disponibles dans le commerce, mais la création des motifs, la décoration et les finitions restent réalisées à la main. « Beaucoup de personnes savent broder dans le village. Nous nous transmettons nos connaissances et nous efforçons surtout de les enseigner aux enfants et petits-enfants, notamment aux filles, afin qu’ils connaissent et apprécient les traditions de leur ethnie », souligne-t-elle.
Autrefois, avant leur mariage, les jeunes filles San Chi possédaient généralement trois à sept costumes traditionnels, selon les moyens de leur famille. Les enfants recevaient également de nouveaux vêtements pour les fêtes et le Têt. Chaque costume constituait ainsi une part du patrimoine familial, associée aux différentes étapes de la vie.
Selon Ma Thi Goan, les motifs sont transmis de génération en génération et s’inspirent de la nature et de la vie quotidienne. Losanges, feuilles de fougère, ravins et silhouettes de montagnes sont stylisés et disposés sur les cols, les bordures et les accessoires. « Nous ne savons pas depuis quand existe la broderie chez les San Chi. Elle se transmet de génération en génération. À 12 ans, je savais déjà broder et, à 19 ans, je savais couper et coudre mes propres vêtements. Les motifs évoquent la nature, les montagnes et les forêts où vivent les San Chi », raconte-t-elle.
Les plus beaux costumes sont réservés au Têt, aux fêtes, aux mariages et aux activités culturelles. Certains, plus richement brodés, sont destinés aux cérémonies importantes.
Pour Hoang Thi Dung, le port de ces costumes permet aussi aux enfants de mieux connaître leur culture : « En tant que fille de l’ethnie San Chi, je souhaite apprendre à broder et à confectionner les vêtements traditionnels de mon ethnie. À chaque fête ou au Têt, je suis très fière de les porter et je les apprécie profondément. »
Hoang Thi Mong, secrétaire de la cellule du Parti du village de Nga Ba, indique que la cellule encourage les personnes maîtrisant la broderie et la couture à transmettre leurs connaissances aux jeunes générations. Elle incite également les habitants à porter les costumes traditionnels lors des fêtes et activités culturelles. « La préservation de la beauté traditionnelle des costumes San Chi fait partie des contenus d’étude et de mise en pratique de l’exemple du Président Ho Chi Minh. Nous encourageons les personnes qui savent broder et coudre à transmettre leurs connaissances, et les familles à permettre aux filles d’apprendre dès leur plus jeune âge », explique-t-elle.
À l’heure où les vêtements confectionnés industriellement sont de plus en plus répandus, la broderie artisanale revêt une importance particulière. Elle contribue à préserver la singularité, la finesse et la valeur culturelle des costumes traditionnels.
À Khau Dang, la broderie perdure parce qu’elle reste ancrée dans la vie quotidienne : les adultes continuent de la pratiquer, de porter leurs créations et d’en transmettre les gestes aux enfants. Lorsqu’une jeune fille apprend à tenir une aiguille, reconnaît les motifs et confectionne elle-même son costume, l’histoire du bleu indigo des San Chi se poursuit concrètement.