Une pression forte des normes vertes
Le marché de l’artisanat est estimé à environ 1 007 milliards de dollars en 2023, devrait atteindre 1 107 milliards de dollars en 2024 et pourrait atteindre 2 394 milliards de dollars en 2032. La croissance rapide de ce marché montre un potentiel de développement important, mais implique également une concurrence accrue et des exigences normatives de plus en plus strictes.
Le docteur Ho Minh Son, directeur de l’Institut de Recherche sur le Marché et la Communication internationale, souligne que la vague des normes vertes s’étend à l’échelle mondiale. Lorsque de grands marchés tels que l’UE, les États-Unis et le Japon renforcent simultanément leurs exigences en matière d’environnement, de traçabilité et de responsabilité sociale, la transition verte devient une condition préalable pour que l’artisanat continue d’exister sur la carte des exportations. Ainsi, les avantages liés au savoir-faire, à l’identité culturelle ou au coût ne suffiront plus si les entreprises et les villages artisanaux tardent à s’adapter.
Le rapport de l’Association des Villages Artisanaux du Vietnam indique que le Vietnam occupe actuellement la deuxième place en Asie pour les exportations d’artisanat, juste derrière la Chine. Les produits vietnamiens sont présents dans 163 pays et territoires, avec un chiffre d’affaires estimé à environ 4 milliards de dollars en 2024.
Le pays compte aujourd’hui plus de 5 400 villages artisanaux et traditionnels, avec un écosystème de produits diversifié, incluant l’osier et le bambou tressés, la céramique, la broderie et le tissage, le travail du bronze, la sculpture sur bois, les bijoux et les pierres précieuses. Le chiffre d’affaires des villages artisanaux est estimé à environ 75 000 milliards de dongs, avec un taux de croissance prévu de 8,7 % sur la période 2024–2032, montrant un potentiel de développement très important par rapport à la croissance globale du marché mondial.
Parmi eux, l’artisanat figure depuis plusieurs années parmi les 10 principales catégories d’exportation à forte valeur ajoutée. En moyenne, 1 million de dollars d’exportations artisanales génère un profit 5 à 10 fois supérieur à celui de nombreux autres produits. Le taux d’importation de matières premières ne représente que 3 à 3,5 % de la valeur des exportations. Ce secteur emploie actuellement plus de 5 millions de travailleurs ruraux et contribue de manière significative aux recettes en devises du pays. Cependant, la transition verte représente un défi majeur pour la majorité des ateliers artisanaux actuels.
Le docteur Nguyen Nhu Chinh, vice-président de l’Association des Villages Artisanaux du Vietnam, précise que la plupart des villages artisanaux produisent encore à petite échelle, de manière familiale et dispersée, avec des limites en capital, en espace et en technologie. Pendant ce temps, les normes environnementales internationales deviennent de plus en plus strictes, couvrant l’origine des matières premières, les processus de production, le traitement des déchets et les emballages écologiques, ce qui exerce une forte pression sur les ateliers artisanaux.
De plus, l’exigence d’utiliser des emballages verts constitue également un point de blocage, notamment pour les produits fragiles comme la céramique. L’offre nationale de matériaux d’emballage recyclés reste limitée et coûteuse, ce qui complique la transition pour de nombreuses entreprises et ateliers artisanaux.
Ouvrir des opportunités pour valoriser les produits
D’après l’expérience de l’Association, le docteur Nguyen Nhu Chinh estime que la transition verte ne peut pas être un effort isolé de chaque village, mais nécessite un soutien coordonné de l’État, notamment en matière de politique, de financement, d’infrastructures environnementales, de développement de zones de matières premières durables et de promotion commerciale. Ce n’est qu’ainsi que les villages artisanaux traditionnels pourront à la fois préserver leur métier et répondre aux normes vertes pour élargir leurs exportations.
Le Dr Hồ Minh Sơn souligne que si cette tendance est bien exploitée, la transition verte ne permettra pas seulement aux entreprises de surmonter les barrières techniques, mais ouvrira également des opportunités pour accroître la valeur des produits. Pour profiter de cette opportunité, les entreprises et les villages artisanaux doivent renforcer leurs compétences en gestion, en technique, en design et se conformer aux standards internationaux. En respectant les normes environnementales et de responsabilité sociale, l’artisanat vietnamien pourra accéder à des segments de marché haut de gamme et vendre à des prix plus élevés.
La transition verte doit être mise en œuvre de manière coordonnée, ne se limitant pas au changement de matières premières ou de technologies, mais incluant la standardisation des processus de production, la traçabilité, le design, l’emballage et le transport selon les normes internationales. La verdisation de la production doit être étroitement liée au développement de la marque et à la promotion commerciale moderne, notamment à travers le commerce électronique, les plateformes numériques et les échanges en ligne.
Parallèlement, il est nécessaire de former la relève et de renforcer les liens entre zones de matières premières, artisans et entreprises afin de constituer une chaîne de valeur durable. Lorsque les maillons de la chaîne sont étroitement connectés, la transition verte ne représente plus un coût isolé pour chaque atelier, mais devient un moteur commun permettant au secteur de l’artisanat d’améliorer sa compétitivité et de se développer durablement sur le marché international.