Sous le soleil brûlant de mars, en pleine saison sèche, les vastes forêts de melaleuca du sud du Vietnam se dessèchent jour après jour. Sous la couche de végétation fragile, le risque d’incendie peut surgir à tout moment. Mais grâce à une anticipation constante, la province de Ca Mau s’efforce de bâtir un véritable « bouclier » pour protéger ses forêts.
À l’approche du pic de la saison sèche 2026, la protection forestière s’organise avec rigueur. Autorités, forces spécialisées et habitants unissent leurs efforts pour préserver le manteau vert de cette région extrême du pays.
La prévention, clé de la protection
Souvent associée à de puissantes pompes, à des camions-citernes ou à de larges pare-feux, la lutte contre les incendies repose ici sur un levier plus discret, mais essentiel : la conscience des habitants vivant en lisière de forêt.
La société forestière U Minh Ha gère plus de 23 000 hectares de forêts, principalement de melaleuca et d’acacia hybride, soit plus de la moitié des zones à haut risque d’incendie de la province. Pourtant, aucun feu n’y a été enregistré ces cinq dernières années.
Ce résultat tient notamment à un travail de proximité mené dès le début de l’année. Les agents forestiers vont à la rencontre des habitants, non pas avec des discours officiels, mais à travers des échanges simples du quotidien. « Les agriculteurs comprennent désormais que la forêt est leur propre bien. La négligence peut anéantir tous leurs efforts », souligne Huynh Minh Nguyen, responsable local à Khanh Lam.
Une mobilisation collective
La province de Ca Mau compte plus de 148 000 hectares de terres forestières, dont près de 46 000 hectares exposés à un fort risque d’incendie. La zone la plus sensible reste le parc national d’U Minh Ha, avec plus de 8 500 hectares de forêts marécageuses.
Avant la saison sèche, près de 1 000 foyers vivant en zone tampon ont signé des engagements de protection. Des mécanismes de coordination entre autorités locales et gestionnaires forestiers ont également été mis en place.
Pour de nombreux habitants, préserver la forêt revient à préserver leur propre existence. « Protéger la forêt, c’est protéger notre moyen de subsistance et notre environnement », confie Pham Van Ngot, exploitant local.
Sur le terrain, la surveillance est permanente : postes de garde, équipes d’intervention rapide et contrôles réguliers des activités à risque, notamment la récolte de miel. « La présence des gardes forestiers apporte un sentiment de sécurité », observe Tang Van Thang, habitant de Khanh An.
Une organisation à grande échelle
Au-delà de la mobilisation citoyenne, les autorités provinciales ont déployé des moyens conséquents. Dès décembre 2025, un plan global de prévention a été adopté.
L’objectif est clair : détecter rapidement tout départ de feu et limiter au maximum les dégâts. Sur l’ensemble de la zone, des dizaines d’ouvrages hydrauliques permettent de maintenir l’humidité du sol forestier.
Le dispositif comprend notamment : 74 tours de surveillance, 129 pompes spécialisées, plus de 61 kilomètres de tuyaux, et une centaine d’embarcations motorisées. Plus de 500 personnes, réparties en 75 équipes, ont été formées pour intervenir rapidement. En cas d’urgence, plus de 1 000 habitants peuvent être mobilisés en renfort.
Le dispositif repose sur une combinaison du principe des « quatre sur place » (forces, moyens, commandement, logistique) et de celui des « cinq prêts » : information, commandement, personnel, équipements et logistique.
Une vigilance permanente
Dans la forêt d’U Minh Ha, les canaux ont été dégagés, les barrages fermés pour retenir l’humidité et limiter la propagation des flammes. Sur les tours de guet, les gardes veillent jour et nuit, affrontant la chaleur intense et les vents secs.
Au sol, les équipements sont testés quotidiennement, tandis que des exercices réguliers permettent d’améliorer la coordination des équipes.
Malgré les conditions climatiques extrêmes, la détermination des autorités et des habitants permet de préserver ce patrimoine naturel fragile. Ici, la protection de la forêt dépasse la simple prévention des incendies : elle incarne un engagement collectif pour préserver un écosystème vital.