Un expert indonésien recommande des piliers stratégiques pour la sécurité énergétique du Vietnam

Dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient, plongeant le marché énergétique mondial dans l'incertitude, Beni Sukadis, de l'Institut indonésien de défense et d'études stratégiques (LESPERSSI), a partagé l'expérience de l'Indonésie face aux chocs d'approvisionnement et formulé des recommandations pour le Vietnam.

Dans les stations-service en Indonésie, les conducteurs font la queue pour faire le plein comme d’habitude, sans pénurie ni files d’attente prolongées. Photo : VNA.
Dans les stations-service en Indonésie, les conducteurs font la queue pour faire le plein comme d’habitude, sans pénurie ni files d’attente prolongées. Photo : VNA.

Sous la présidence de Prabowo Subianto, l'Indonésie déploie une politique énergétique adaptative à trois niveaux : stabilité à court terme, diversification à moyen terme et réformes structurelles à long terme.

Dans l'immédiat, la priorité de Jakarta est de garantir l’absence de toute perturbation de l’approvisionnement en carburant sur le marché intérieur, en surveillant de près les points de blocage stratégiques sur la carte énergétique mondiale, dont le détroit d’Ormuz.

Parallèlement, le pays diversifie ses importations pétrolières au-delà du Moyen-Orient pour optimiser les coûts. Cependant, ces mesures palliatives ne résolvant pas la vulnérabilité liée aux subventions étatiques, l'Indonésie accélère sa transition verte en misant sur les énergies renouvelables et les biocarburants. Simultanément, elle porte ses réserves stratégiques de carburant à trois mois de consommation afin de consolider sa pleine souveraineté économique.

Les récentes crises énergétiques sont perçues comme un signal d’alarme, rappelant que la sécurité énergétique constitue un pilier essentiel de la sécurité nationale.

S’agissant du Vietnam, Beni Sukadis a estimé que Hanoï suit une stratégie efficace combinant stabilité à court terme et restructuration à long terme. À court terme, le pays ajuste les taxes et les mécanismes de gestion des prix du carburant afin de contenir les pressions inflationnistes liées aux fluctuations des cours mondiaux du pétrole. Parallèlement, la diversification des sources d’importation de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL) contribue à réduire les risques de dépendance, dans une approche proche de celle de l’Indonésie.

À long terme, le Vietnam accélère le développement des énergies renouvelables conformément à son nouveau plan énergétique, en privilégiant l’éolien offshore et le solaire. Fort d’un littoral étendu et de conditions naturelles favorables, le pays dispose d’un potentiel considérable dans l’éolien en mer. La réduction progressive de la part du charbon contribue non seulement à la protection de l’environnement, mais aussi à la limitation des risques financiers liés au durcissement des normes d’émission à l’échelle mondiale.

Par ailleurs, l'expert accorde une attention particulière au plan de développement nucléaire vietnamien pour la période 2030-2035. S’il est mis en œuvre de manière structurée, le nucléaire pourrait jouer le rôle de source d’électricité de base stable. Selon cet expert, la combinaison d’une production de base fiable et des énergies renouvelables permettrait au Vietnam de concilier croissance rapide et développement durable.

Selon Beni Sukadis, le Vietnam effectue une transition conceptuelle, passant de la simple volonté de "garantir un approvisionnement énergétique suffisante" à une approche visant à assurer une énergie "sûre, autonome et durable". Dans un contexte de plus en plus incertain des marchés mondiaux des combustibles fossiles, une stratégie fondée sur la diversification des sources d’approvisionnement, le renforcement des réserves, le développement des technologies propres et l’amélioration des capacités nationales constituera la clé pour maintenir une forte croissance tout en garantissant la sécurité énergétique à long terme.

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