Une occasion d’accélérer la transformation de l’agriculture vietnamienne

Au premier semestre 2026, l’agriculture vietnamienne s’est distinguée par une production stable, des exportations en hausse et une balance commerciale excédentaire, confirmant son rôle de pilier de l’économie.

Utilisation d’un drone dans la production agricole, dans la province de Lai Chau. (Photo : MINH ANH)
Utilisation d’un drone dans la production agricole, dans la province de Lai Chau. (Photo : MINH ANH)

D’ici à la fin de l’année, le changement climatique et les fluctuations du commerce mondial devraient toutefois exercer de fortes pressions sur la croissance. Le secteur devra donc mobiliser de nouveaux moteurs de développement, parmi lesquels les sciences et technologies, la transformation numérique et la transition écologique joueront un rôle décisif.

Maintenir la production et stimuler les exportations

Selon Dang Ngoc Diep, vice-ministre de l’Agriculture et de l’Environnement, les exportations de produits agricoles, sylvicoles et aquatiques ont atteint environ 35,88 milliards de dollars au premier semestre, soit une progression de 6 % sur un an.

La croissance du PIB de l’ensemble du secteur est estimée à plus de 3,8 %, dépassant l’objectif fixé à 3,7 %. Ces résultats reposent avant tout sur la stabilité de la production, notamment dans les filières principales.

Lors de la campagne rizicole hiver-printemps 2026, plus de 2,9 millions d’hectares ont été cultivés dans l’ensemble du pays, soit un recul de près de 38 000 hectares. Grâce à une hausse du rendement de 1,2 quintal par hectare, la production a néanmoins atteint environ 20,5 millions de tonnes, soit 88 000 tonnes de plus qu’un an auparavant.

Ces chiffres montrent que la restructuration de la filière rizicole va dans la bonne direction : la réduction des superficies ne s’est pas traduite par une baisse de la production. Elle permet également d’améliorer progressivement l’utilisation des terres et la valeur ajoutée créée par unité de surface.

Parallèlement aux cultures, l’élevage et les produits aquatiques ont continué de contribuer largement à la croissance. La production aquatique totale a frôlé 5 millions de tonnes, en hausse de 3,6 %, confirmant le rôle moteur de cette filière.

Grâce à cette base productive stable, les échanges commerciaux ont poursuivi leur progression. Au premier semestre, les exportations de produits aquatiques ont atteint 5,7 milliards de dollars, en hausse de 11,4 %. Celles de fruits et légumes se sont élevées à 3,6 milliards de dollars, soit une augmentation de 17,7 %, tandis que le bois et les produits dérivés ont généré 8,5 milliards de dollars, en progression de 4,4 %.

Les exportations de produits d’élevage ont enregistré la plus forte croissance, à 34,6 %. Cette performance résulte notamment de l’extension des modèles d’élevage en exploitation et fondés sur la biosécurité, qui améliorent la productivité et la maîtrise des maladies tout en répondant plus efficacement aux exigences des marchés.

Malgré les fluctuations persistantes de l’économie mondiale, l’agriculture vietnamienne a préservé ses grands débouchés au premier semestre 2026. Les exportations vers la Chine ont fortement augmenté, de 23,1 %, tandis que celles à destination du Japon ont progressé de 1,6 %.

Selon Dang Phuc Nguyen, secrétaire général de l’Association vietnamienne des fruits et légumes, cette filière a enregistré une croissance remarquable grâce à la stabilité de la demande chinoise et à la fluidification des procédures douanières.

De nombreuses entreprises se sont également adaptées de manière proactive aux exigences de quarantaine phytosanitaire, de traçabilité, d’identification des zones de production et d’agrément des centres de conditionnement.

L’autorisation d’exporter officiellement un plus grand nombre de fruits dans le cadre de protocoles bilatéraux a par ailleurs encouragé les entreprises à investir plus méthodiquement dans les zones de production et à construire des chaînes de coopération durables, renforçant ainsi la compétitivité des produits.

Libérer de nouveaux moteurs de croissance

Pour atteindre une croissance de 4 %, l’agriculture devra mobiliser, au second semestre 2026, de nouveaux leviers issus des sciences et technologies, de la transformation numérique et de la transition écologique.

Le ministère de l’Agriculture et de l’Environnement met actuellement en œuvre plusieurs missions de développement de technologies stratégiques. Elles portent notamment sur la création de nouvelles générations de variétés végétales et de races animales et aquacoles, la maîtrise des vaccins vétérinaires et des produits biologiques, ainsi que sur la mise en place d’infrastructures de données numériques au service de la gestion et de la production.

Ces initiatives contribueront à renforcer l’adaptation au changement climatique grâce au développement de variétés résistantes à la sécheresse et à la salinité. Elles permettront aussi d’améliorer la surveillance des maladies ainsi que les capacités de prévision et de pilotage de la production en temps réel.

Nguyen Van Long, directeur général du Département des sciences et des technologies au ministère de l’Agriculture et de l’Environnement, indique que son ministère a proposé 15 missions de développement technologique stratégique et recensé 13 produits susceptibles d’accéder au statut de technologies stratégiques.

Il encourage également un modèle de coopération associant l’État, les établissements de recherche, les entreprises et la population dans les domaines de la recherche et du transfert technologique.

Dans le cadre de la transformation numérique, le système de traçabilité des produits agricoles est officiellement opérationnel depuis le 1ᵉʳ juillet. Il contribue à renforcer la transparence et le contrôle de la qualité, tout en facilitant les exportations et en améliorant la compétitivité des produits vietnamiens.

Pour que les exportations accélèrent réellement au cours des derniers mois de l’année, il faudra toutefois aider davantage les entreprises à conquérir de nouveaux marchés et à s’adapter à l’écologisation du commerce mondial.

Do Quoc Hung, directeur général par intérim du Département du développement des marchés étrangers au ministère de l’Industrie et du Commerce, estime que les normes environnementales et de développement durable deviennent les principaux obstacles aux exportations à moyen et long termes. Il cite notamment le règlement européen contre la déforestation (EUDR) et les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).

« Ces normes imposent une transformation fondamentale des modèles de production et génèrent de nombreux coûts : investissements technologiques, mesures, rapports, audits et maintenance des systèmes de gestion. Pour les petites et moyennes entreprises, cette charge considérable risque de réduire leur capacité à participer aux chaînes d’approvisionnement internationales », explique-t-il.

« Il faut donc bâtir un écosystème permettant d’accompagner la transition écologique des entreprises, avec des centres de mesure du carbone, des dispositifs de certification et des mécanismes de financement vert. Il convient également de créer des pôles de production verte afin de réduire les coûts de mise en conformité grâce aux économies d’échelle », souligne Do Quoc Hung.

Le second semestre 2026 sera marqué par de nombreux défis, mais il offrira aussi à l’agriculture vietnamienne l’occasion d’adopter un modèle de croissance fondé sur la qualité et la création de valeur durable.

Cette évolution permettra au secteur d’atteindre son objectif annuel de croissance, tout en jetant des bases solides pour ses prochaines étapes de développement.

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