L'économie à composantes multiples et l'économie de marché sont devenues les fondements qui ont permis au pays de sortir de la crise, de s'ouvrir au monde et de maintenir une croissance soutenue pendant près de quatre décennies.
Aujourd'hui, alors que le Vietnam a rejoint le groupe des pays à revenu intermédiaire supérieur, une nouvelle question se pose : pourquoi le pays parle-t-il désormais d'un renouvellement de son modèle de développement ?
En effet, le modèle qui a permis au Vietnam de passer du statut de l'une des économies les plus pauvres au monde à celui d'un pays à revenu intermédiaire supérieur atteint progressivement ses limites. Pour franchir une nouvelle étape de son développement, le Vietnam ne peut plus se contenter d'accélérer sur la même voie.
C'est dans cette perspective qu'a été adoptée la résolution N°19-NQ/TW du Comité central du Parti sur le renouvellement du modèle de développement national.
Quarante ans après le Renouveau, un nouveau défi
Lors de la conférence nationale organisée le 29 juillet dernier à Hanoï pour étudier et mettre en œuvre les résolutions adoptées par le 3e Plénum du Comité central du Parti du XIVe mandat, Nguyen Thanh Nghi, membre du Bureau politique, secrétaire du Comité central du Parti et président de la Commission centrale des politiques et des stratégies, a souligné la nécessité de transformer les modes d'organisation, de gouvernance et de fonctionnement de l'État afin de créer de nouvelles capacités de développement.
Près de 40 ans après le lancement du Renouveau (Doi moi), le Vietnam est passé de l'une des économies les plus pauvres de la planète au rang de pays à revenu intermédiaire supérieur. Son PIB (produit intérieur brut) figure désormais parmi les 30 premières économies mondiales, tandis que son commerce de marchandises se classe dans le groupe des 15 plus importants au monde. Ces résultats témoignent du fait que le modèle du Renouveau a pleinement accompli sa mission historique.
Selon la Banque mondiale, le PIB par habitant du Vietnam a atteint environ 5 000 dollars américains en 2025, soit un niveau supérieur à celui des Philippines (4 100 dollars) et proche de celui de l'Indonésie (5 200 dollars).
Toutefois, l'écart demeure considérable avec d'autres économies de la région : la Thaïlande a déjà affiché un revenu d'environ 7 500 dollars par habitant, tandis que la Malaisie a atteint près de 13 000 dollars, soit plus de 2,5 fois le niveau vietnamien.
Comparé à la moyenne mondiale, estimée à environ 14 000 dollars par habitant, le revenu des Vietnamiens ne représente aujourd'hui qu'un peu plus du tiers de ce niveau, laissant un écart d'environ 9 000 dollars.
Ces chiffres montrent le chemin considérable parcouru par le Vietnam. Mais replacés dans leur contexte régional et international, ils rappellent également que le pays occupe encore une position relativement modeste.
Ils soulignent enfin que la route menant à une nation prospère reste longue.
Du capital à la connaissance : un changement de paradigme
À mesure que le Vietnam se rapproche du groupe des économies développées, chaque nouvelle étape devient plus exigeante. Si, jusqu'à présent, la rapidité de la croissance constituait le principal moteur du développement, la prochaine phase reposera avant tout sur la qualité du modèle de développement, facteur décisif de différenciation.
C'est précisément pourquoi la résolution N°19 ne se limite plus à la seule réforme du modèle de croissance : elle propose une transformation plus profonde, celle du modèle de développement national dans son ensemble.
Cette évolution traduit un constat essentiel : le modèle de croissance fondé sur une main-d'œuvre bon marché, les investissements, l'exploitation des ressources naturelles et l'attraction des investissements directs étrangers (IDE) a rempli sa mission historique.
Au lieu de poursuivre l'expansion économique en s'appuyant principalement sur le capital, le travail et les ressources naturelles, la résolution N°19 place désormais la science, les technologies, l'innovation, la transformation numérique, les données, les talents et le secteur privé au cœur de la stratégie de développement. Ces facteurs constituent aujourd'hui les véritables moteurs de la productivité, de la compétitivité et de la création de valeur ajoutée dans une économie fondée sur la connaissance.
Plus important encore, la résolution N°19 ne se contente pas de redéfinir les ressources du développement ; elle transforme également la manière de les organiser et de les mobiliser.
Pour concrétiser les objectifs fixés, la résolution N°19 définit sept groupes de missions et de solutions couvrant la réforme institutionnelle et la gouvernance nationale, le développement économique, social, culturel et humain, la protection de l’environnement, la défense et la sécurité, ainsi que la diplomatie et l’intégration internationale.
La gouvernance au cœur du nouveau modèle de développement
À plusieurs reprises, le président de la Commission des politiques et des stratégies du Comité central du Parti, Nguyen Thanh Nghi, a insisté sur la nécessité de renouveler les modes d'organisation, de gouvernance et de fonctionnement de l'État. C'est là que réside le cœur du nouveau modèle de développement. À mesure que l'économie repose davantage sur le savoir, les technologies et l'innovation, la qualité de la gouvernance devient le facteur déterminant pour transformer ces ressources en croissance durable.
C'est pourquoi la résolution N°19 ne traite pas uniquement des questions économiques. Elle accorde également une place centrale au renforcement des institutions, à l'amélioration de la gouvernance publique, au développement des ressources humaines, de la science et des technologies, de l'éducation, de la culture, de la protection de l'environnement ainsi qu'à l'amélioration de la qualité de vie de la population.
La croissance du PIB demeure une condition nécessaire, mais l'objectif du développement s'élargit désormais à la construction d'un pays moderne, innovant, autonome, vert, humaniste et durable, où l'être humain est à la fois la finalité et le moteur du développement.
Si la politique du Renouveau de 1986 a marqué le passage d'une économie planifiée à une économie marchande à composantes multiples, la résolution N°19 jette les bases d'une nouvelle étape : celle de la transition d'un modèle reposant principalement sur le capital, le travail et les ressources naturelles vers un modèle fondé sur la connaissance, les technologies, l'innovation et une gouvernance moderne.
La voie qui s'ouvre sera sans aucun doute plus exigeante encore. Construire un système scientifique performant, développer un véritable écosystème d'innovation, former une main-d'œuvre hautement qualifiée ou instaurer une gouvernance moderne sont autant de chantiers qui nécessiteront plusieurs décennies d'efforts.
La portée essentielle de la résolution N°19 ne réside donc pas uniquement dans la définition d'un nouvel objectif de croissance. Plus fondamentalement, ce texte adresse un message clair : le Vietnam entre dans une nouvelle phase de son développement, où la compétitivité nationale sera désormais déterminée par la qualité de ses institutions, son niveau scientifique et technologique, sa capacité d'innovation ainsi que l'efficacité de sa gouvernance.
La résolution N°19-NQ/TW du Comité central du Parti sur le renouvellement du modèle de développement national fixe comme objectifs de poser les fondements du nouveau modèle de développement d’ici 2030, d’achever pour l’essentiel la transition vers un modèle de développement autonome, innovant, centré sur les personnes, durable et intégré à l’échelle mondiale d’ici 2035 et d’établir pleinement le nouveau modèle d’ici 2045.
À l’horizon 2130, le Vietnam aspire à devenir une nation socialiste hautement développée, civilisée, moderne, riche d’une identité culturelle et se distinguant par une forte capacité d’innovation et une vitalité durable.