Vietnam : faire vivre la culture populaire

Un patrimoine culturel a peu de chances de rester vivant s’il n’est conservé que dans les mémoires ou les dossiers de sauvegarde. C’est pourquoi, à la base, des clubs de culture et d’arts populaires créent des espaces où les habitants peuvent pratiquer, transmettre et faire revivre les valeurs traditionnelles au quotidien.

La danse Khai den, largement présentée au public par le Club de la culture de l’ethnie Cao Lan lors de nombreux événements. Photo : Vuong Diem.
La danse Khai den, largement présentée au public par le Club de la culture de l’ethnie Cao Lan lors de nombreux événements. Photo : Vuong Diem.

Ces dernières années, les clubs de culture et d’arts populaires se sont développés dans de nombreuses localités, devenant une forme d’activité culturelle familière au sein des communautés.

Dans la commune de Phu Luong, province de Tuyen Quang, au Nord du Vietnam, le Club de la culture de l’ethnie Cao Lan mène ses activités depuis plus de vingt ans. Créé le 15 août 2005 avec une vingtaine de membres, il en compte aujourd’hui près d’une centaine.

Selon Sam Van Dao, son président, le club s’attache à préserver et à valoriser de nombreuses expressions culturelles propres aux Cao Lan, notamment le sinh ca, un chant traditionnel, les danses populaires, la langue, les costumes et la gastronomie. Le sinh ca des Cao Lan de la province de Tuyen Quang a été reconnu comme patrimoine culturel immatériel national en 2015.

Outre la préservation des traditions encore présentes dans la vie quotidienne, le club fait revivre des pratiques menacées de disparition. Ses membres vont à la rencontre d’artisans, de personnes âgées et de personnes connaissant bien les coutumes locales afin de recueillir et de reconstituer des danses telles que Tam Nguyen, Khai dao phat lo et Tam Thanh. Le club organise également des cours de transmission à destination des élèves.

Selon M. Dao, les danses populaires suscitent aujourd’hui davantage d’intérêt que le sinh ca. Alors que ce dernier exige des apprenants de persévérer dans l’apprentissage des paroles anciennes, de la prononciation et des mélodies particulières, la danse, avec son rythme visuel, est plus accessible. C’est aussi un moyen pour le club de susciter un premier intérêt chez les jeunes et de les amener progressivement à approfondir leur connaissance de la culture Cao Lan.

La régularité des activités permet à ces valeurs culturelles de rester étroitement liées à la vie quotidienne des habitants. Dans le village de Man Hoa, la langue cao lan est toujours utilisée dans les échanges ; les habitants portent les costumes traditionnels lors des réunions et des événements communautaires. Ces manifestations, qui peuvent sembler anodines, créent en réalité un environnement permettant aux traditions de se perpétuer naturellement dans la vie quotidienne.

Do Khac Thap, vice-président du Comité populaire de la commune de Phu Luong, estime que le Club de la culture de l’ethnie Cao Lan constitue un « relais » des autorités locales dans la préservation, la restauration et la valorisation du patrimoine culturel traditionnel. À travers les séances d’activités, les spectacles et les concours, de nombreuses expressions culturelles sont régulièrement pratiquées, contribuant ainsi à renforcer les liens au sein de la communauté.

Phu Luong n’est pas un cas isolé. Dans de nombreuses localités, des expressions de la culture populaire sont également préservées grâce à des clubs. Dans la commune de Trieu Viet Vuong, province de Hung Yen, le Club de Trong quan Da Trach perpétue une pratique culturelle étroitement liée à la vie et à l’histoire de cette région.

Le club a été relancé en 1993 avant d’être officiellement doté d’un sceau par la commune en 2012 et de commencer à fonctionner selon un règlement établi à cet effet. Deux fois par mois, ses membres se réunissent pour pratiquer ensemble. Les nouveaux apprennent à maîtriser le souffle, l’articulation, le jeu du tambour et le maintien du rythme, tandis que les plus expérimentés continuent à travailler les airs anciens, à recueillir des chants et à en composer de nouveaux.

Le club coopère également avec les établissements scolaires pour intégrer le trong quan (un chant alterné traditionnel accompagné du tambour) aux activités d’enseignement. Selon Nguyen Van Han, son président, les élèves se montrent assez enthousiastes et sérieux dans leur apprentissage. Le club compte actuellement huit jeunes membres, dont trois sont déjà capables d’assurer la transmission de cette pratique. L’un d’entre eux enseigne directement le trong quan à l’école secondaire Trieu Viet Vuong 2.

Lié à la légende de Chu Dong Tu et Tien Dung ainsi qu’à l’histoire de la région de Da Trach, le trong quan porte en lui la mémoire culturelle de la localité. Le maintien de spectacles de trong quan par le club lors des activités communautaires permet à cette pratique de continuer à faire partie de la vie quotidienne, tout en créant un espace où les habitants peuvent se retrouver, échanger et exprimer leur fierté à l’égard de la culture de leur pays natal.

À travers les expériences de ces différentes localités, il apparaît que le modèle des clubs devient progressivement un moyen important de préserver la culture populaire. Tran Huu Son, directeur de l’Institut de recherche appliquée sur la culture et le tourisme et ancien vice-président de l’Association vietnamienne des arts populaires, observe que ces dernières années, les clubs de culture et d’arts populaires se sont fortement développés et sont désormais présents dans presque toutes les provinces. Cette évolution a un impact positif, notamment en contribuant à sensibiliser davantage les habitants à la valeur du patrimoine. Lorsque les clubs organisent régulièrement leurs activités, les chants, les danses et les formes d’expression artistique populaires disposent de davantage d’espaces pour être pratiqués. Le patrimoine peut ainsi continuer à être présent à travers les activités culturelles de la communauté. M. Son qualifie ce processus de « conservation vivante ».

Pour que la transmission puisse s’inscrire dans la durée, les clubs ont toutefois encore besoin d’un accompagnement en matière d’espaces, de financements et de personnes chargées de transmettre ces savoirs. M. Thap indique que les détenteurs de connaissances approfondies sur le patrimoine sont de plus en plus âgés, tandis que les ressources consacrées aux activités des clubs restent limitées. La localité entend donc renforcer la formation, mobiliser davantage de ressources issues de la société et associer la préservation de la culture Cao Lan à la construction de villages culturels et au développement du tourisme communautaire.

Par ailleurs, selon M. Son, les activités des clubs doivent également rester liées à l’environnement culturel qui a fait naître et nourri ces pratiques. De nombreuses expressions de la culture populaire étant étroitement liées aux croyances, aux coutumes et à la vie communautaire, leur préservation doit respecter leur environnement de pratique afin de permettre aux clubs de poursuivre leurs activités tout en maintenant leur ancrage au sein de la communauté.

La promotion du rôle central des communautés dans la préservation et la transmission du patrimoine à la base, à travers les clubs de culture et d’arts populaires, constitue également une manière concrète de mettre en œuvre l’esprit de la Résolution no 80-NQ/TW du 7 janvier 2026 du Bureau politique sur le développement de la culture vietnamienne. Tant que les communautés continueront à pratiquer et à transmettre leur patrimoine, le souffle vivant de la culture populaire pourra se prolonger de génération en génération.

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