Vietnam-Japon : de l’aide à la co-création pour un développement conjoint

Alors que l’économie et les technologies mondiales connaissent de profondes transformations, le partenariat stratégique intégral pour la paix et la prospérité entre le Vietnam et le Japon entre dans une nouvelle phase de développement.

Les intervenants échangent sur le renforcement de la coopération Vietnam-Japon dans le domaine des technologies stratégiques. (Photo : HNV)
Les intervenants échangent sur le renforcement de la coopération Vietnam-Japon dans le domaine des technologies stratégiques. (Photo : HNV)

Dans un contexte de profondes mutations de l’économie et des technologies mondiales, la coopération entre le Vietnam et le Japon dans les sciences, les technologies et l’innovation évolue progressivement d’un modèle fondé sur l’« aide » vers le développement conjoint, et de l’investissement commercial vers la co-création de valeur et le développement conjoint des technologies.

Alors que l’économie et les technologies mondiales connaissent de profondes transformations, le partenariat stratégique intégral pour la paix et la prospérité entre le Vietnam et le Japon entre dans une nouvelle phase de développement.

Selon des responsables, des experts et des entreprises, l’une des principales orientations de la coopération bilatérale dans les sciences, les technologies et l’innovation consiste à passer progressivement de l’« aide » au « développement conjoint », et de l’investissement commercial classique à la « co-création de valeur et au développement conjoint des technologies ».

Pour le Vietnam, cette évolution constitue à la fois un défi majeur et une occasion de franchir le piège du revenu intermédiaire. La Résolution n°57 du Bureau politique considère les sciences, les technologies et l’innovation comme l’un des principaux moteurs d’un développement rapide et durable. Elle souligne notamment la nécessité de renforcer progressivement les capacités nationales dans la recherche, la conception, l’expérimentation, la production et la commercialisation des technologies, au-delà des activités à faible valeur ajoutée telles que l’assemblage et la transformation primaire.

Trois transitions dans la coopération technologique

Selon l’ancien vice-Premier ministre Nguyen Chi Dung, les atouts complémentaires des deux économies constituent une condition importante de l’efficacité de leur coopération. Le Japon dispose d’une base scientifique et technologique avancée, d’un solide potentiel industriel ainsi que d’entreprises, d’instituts de recherche et d’universités de premier plan. Le Vietnam dispose, pour sa part, d’une économie dynamique, d’une main-d’œuvre jeune et abondante, d’une capacité d’adaptation rapide aux technologies et d’une forte détermination politique.

La première transition consiste à passer du transfert de technologies à la recherche, au développement et à la commercialisation conjoints. Cette évolution devrait notamment favoriser la participation des entreprises, universités, instituts de recherche et ingénieurs des deux pays à l’ensemble de la chaîne de valeur de la R&D, à travers des groupes de recherche et des laboratoires communs, des programmes d’expérimentation, la formation de ressources humaines et le développement de produits.

La deuxième consiste à passer d’initiatives d’innovation dispersées à un réseau d’innovation interconnecté. Le Centre national d’innovation (NIC) joue dans ce cadre un rôle de liaison entre l’écosystème national et les centres technologiques, instituts de recherche et entreprises japonaises.

La troisième transition vise à passer des accords de coopération de portée générale à des résultats concrets et mesurables : produits technologiques commercialisés, ressources humaines hautement qualifiées formées, laboratoires et centres de R&D opérationnels, projets d’investissement dans les hautes technologies effectivement mis en œuvre et développement des startups.

Le NIC Hoa Lac et le Viet Nam-Japan Innovation Hub

Pour concrétiser ces orientations, le NIC s’emploie à développer des programmes de coopération ciblés et de long terme avec ses partenaires japonais.

Le secteur des semi-conducteurs constitue notamment un domaine de coopération important. Un groupe de travail Vietnam-Japon consacré au développement des ressources humaines dans ce secteur a été mis en place afin de mettre en relation les besoins en personnel des groupes japonais et les capacités de formation de quatre établissements vietnamiens : l’Université polytechnique de Hanoi, l’Université de technologie relevant de l’Université nationale de Hanoi, l’Université polytechnique relevant de l’Université nationale de Ho Chi Minh-Ville et l’Université polytechnique relevant de l’Université de Da Nang.

En août 2026, le lancement officiel du Viet Nam-Japan Innovation Hub a marqué une nouvelle étape de cette coopération. Installé au NIC Hoa Lac dans le cadre d’un projet financé par le gouvernement japonais par l’intermédiaire de la JICA et géré par le PNUD, cet espace doit permettre aux entreprises, instituts et universités des deux pays de mener conjointement des activités de recherche, d’expérimentation technologique, de formation et de mise en relation avec les investisseurs.

La représentante du PNUD au Vietnam, Ramla Khalidi, a formulé trois recommandations : renforcer la coopération dans les technologies stratégiques grâce aux réseaux d’experts ; transférer les connaissances et les modèles d’innovation japonais vers les localités vietnamiennes ; et favoriser la commercialisation des technologies de pointe en mettant en relation les startups avec des investisseurs internationaux et en leur donnant accès à des infrastructures avancées de R&D.

Elle a également souligné l’importance des espaces d’expérimentation (« Sandbox ») consacrés à l’IA et aux UAV, qui pourraient permettre aux startups de tester leurs produits tout en limitant les risques juridiques et commerciaux avant leur mise sur le marché.

Le rôle des partenaires japonais et des entreprises

Le vice-ambassadeur du Japon au Vietnam, Ishikawa Isamu, a rappelé que la JICA avait contribué à l’élaboration du schéma directeur de la zone de haute technologie de Hoa Lac dès 1998. Il a indiqué que le gouvernement japonais continuait d’accorder de l’importance à son soutien au Vietnam, notamment à travers l’APD et les projets visant à renforcer les capacités du NIC.

De son côté, JETRO Hanoi a souligné les complémentarités entre les deux pays : le Vietnam dispose notamment d’une main-d’œuvre jeune, de capacités techniques et d’une bonne capacité d’adaptation aux technologies, tandis que le Japon possède des atouts en matière de R&D, de technologies fondamentales, de capitaux et de réseaux commerciaux internationaux.

Les entreprises technologiques ont également souligné les difficultés rencontrées dans les activités de R&D, notamment pour les essais d’UAV, ainsi que l’importance de disposer d’un environnement d’expérimentation adapté.

Ainsi, les échanges entre responsables, experts et entreprises mettent l’accent sur une coopération davantage fondée sur la recherche commune, les infrastructures d’innovation, la formation des ressources humaines et la mise en œuvre de projets concrets, conformément à l’orientation de « co-création » et de « développement conjoint » mise en avant dans la coopération Vietnam-Japon.

NDEL
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