Entre architecture sacrée, vestiges historiques et paysages verdoyants, ce haut lieu du bouddhisme vietnamien témoigne de plusieurs siècles d’histoire et de traditions spirituelles.
Un haut lieu du bouddhisme vietnamien
La pagode de Con Son, également appelée pagode Hun, porte officiellement le nom de Con Son Thien Tu Phuc tu, qui signifie « pagode Con Son des bénédictions célestes ».
Située dans le quartier de Tran Hung Dao, à Hai Phong, elle constitue l’un des cinq éléments du site patrimonial de Con Son–Kiep Bac, lui-même intégré à l’ensemble culturel de Yen Tu–Vinh Nghiem–Con Son–Kiep Bac, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Construite au XIIIe siècle, la pagode de Con Son fut un lieu de retraite et d’enseignement des trois patriarches de l’école bouddhique Truc Lam, une tradition zen propre au Vietnam.
Le site accueillit également plusieurs souverains et grandes figures historiques, dont les rois Tran Nghe Tong et Tran Due Tong, le haut dignitaire Tran Nguyen Dan et Nguyen Trai, héros national et éminent homme de lettres vietnamien.
Au XIVe siècle, le troisième patriarche de l’école Truc Lam, le vénérable Huyen Quang, prit la direction de la pagode. Il contribua à son expansion et fit notamment édifier une tour bouddhique à neuf niveaux en forme de lotus. Sous son impulsion, Con Son devint l’un des trois grands centres spirituels du bouddhisme Truc Lam.
Sous la dynastie Tran, la pagode présentait un plan architectural traditionnel dit « noi cong ngoai quoc », caractérisé par une disposition intérieure rappelant le caractère chinois 工 et une enceinte extérieure évoquant le caractère 國.
Sous la dynastie Le, le complexe fut agrandi pour atteindre 83 travées. La tour du lotus à neuf niveaux abritait alors 385 statues bouddhiques, tandis que plusieurs édifices étaient recouverts de tuiles vernissées bleues et jaunes.
Malgré les bouleversements de l’histoire, la pagode conserve aujourd’hui les empreintes architecturales de différentes époques, ainsi qu’un patrimoine matériel et immatériel remarquable.
Des trésors nationaux préservés depuis des siècles
Parmi les vestiges les plus précieux figurent des stèles datant du XIVe au XIXe siècle et un ensemble de statues cultuelles réalisées entre le XVIIe et le XIXe siècle.
Trois de ces ensembles patrimoniaux ont été reconnus comme trésors nationaux : la stèle Thanh Hu dong, portant une inscription calligraphiée par le roi Tran Nghe Tong, la stèle Con Son Tu Phuc tu bi et l’ensemble des statues des Bouddhas des Trois Temps (Tam The Phat).
Selon les inscriptions anciennes et les documents historiques, les statues des Bouddhas des Trois Temps constituent le plus ancien ensemble sculptural conservé à la pagode de Con Son.
Vénérées depuis le XVIIe siècle, elles sont étroitement liées aux différentes campagnes de restauration et d'agrandissement du sanctuaire.
Réalisées en bois de jacquier, laqué de rouge et doré à la feuille, elles représentent les Bouddhas assis en méditation sur des trônes en forme de lotus.
Leur valeur exceptionnelle tient notamment au fait qu'il s'agit de pièces originales et uniques, préservées dans leur état d'origine jusqu'à nos jours.
La tour du lotus à neuf niveaux, un chef-d'œuvre architectural
En 2014, des fouilles menées par l'Institut d'archéologie ont permis de découvrir les fondations de l'ancienne tour du lotus à neuf niveaux, datant des dynasties Tran et Le, sur une superficie de 113,4 m².
L'année suivante, les autorités de l'ancienne province de Hai Duong ont financé la reconstruction de l'édifice.
À gauche, les fondations mises au jour lors des fouilles archéologiques ; à droite, le bâtiment reconstruit.
Restaurée et inaugurée en 2017, la tour du lotus à neuf niveaux constitue une œuvre remarquable de l'architecture et de l'art bouddhiques.
De forme octogonale, elle s'élève à 7,9 mètres et comporte neuf étages, chacun orné de trois rangées de pétales de lotus sculptés.
Sur chaque face sont représentés le Bouddha Amitābha, le bodhisattva Avalokiteśvara et le bodhisattva Mahāsthāmaprāpta, pour un total de 216 statues.
Chaque année, du 16 au 23e jour du premier mois lunaire, la fête traditionnelle de Con Son donne lieu à de nombreuses cérémonies et représentations rituelles en hommage au troisième patriarche Truc Lam, Huyen Quang, à l'occasion de l'anniversaire de sa disparition.
Ces célébrations s'inscrivent dans un cycle de festivités printanières qui se prolonge sur trois mois.
En 2012, la fête de Con Son a été inscrite sur la liste du patrimoine culturel immatériel national par le ministère vietnamien de la Culture, des Sports et du Tourisme.
Un patrimoine spirituel au cœur de la nature
Derrière le sanctuaire principal et le pavillon abritant la tour du lotus se dresse un édifice consacré à Quan Am, bodhisattva de la compassion.
Depuis ce pavillon, la pagode de Con Son se dévoile au milieu d'une vaste forêt de pins verdoyants, balayée par le vent.
À l'intérieur se trouve une imposante statue de Quan Am, sculptée dans un seul bloc de jade et pesant, selon les estimations, plus de cinq tonnes.
Le site historique de Con Son ne se limite pas à sa pagode. Il comprend également des sanctuaires dédiés à Tran Nguyen Dan et à Nguyen Trai, ainsi que plusieurs sites naturels et spirituels, dont le célèbre échiquier des Immortels, le ruisseau de Con Son et les sanctuaires des Cinq Montagnes sacrées (Ngu Nhac linh tu).
L'ensemble forme un vaste complexe patrimonial associant histoire, spiritualité et paysages naturels.
Au pied du mont Ngu Nhac, le temple dédié à Nguyen Trai se dresse près du ruisseau de Con Son, entouré d'une végétation luxuriante.
Le pont Thau Ngoc, qui enjambe le ruisseau, constitue l'un des éléments architecturaux les plus remarquables du site.
Construit sur le modèle d'un ancien pont en bois, il attire de nombreux visiteurs venus admirer les paysages et immortaliser leur passage.