Les villages de métiers artisanaux de Hanoï au carrefour de la tradition et de la modernité

Des produits artisanaux à forte valeur ajoutée à la vente en ligne, en passant par le tourisme expérientiel, de nombreux villages de métiers de Hanoï, capitale vietnamienne, explorent de nouvelles pistes pour accroître leurs revenus. 

Toutefois, pour que l’innovation devienne un moteur de croissance, il reste nécessaire de lever les obstacles liés aux ressources humaines, aux infrastructures et aux circuits de commercialisation.

Hanoï abrite le plus grand nombre de villages d’artisanat au monde, avec plus de 1 350 villages, dont 327 sont reconnus comme villages artisanaux traditionnels.

Malgré leur immense potentiel de développement, les villages d’artisanat de Hanoï sont confrontés à de nombreux défis liés aux mutations de la structure économique et à l’intégration internationale croissante. Ces facteurs ont incité les villages à repenser leurs stratégies de développement afin de garantir des investissements durables et une valorisation optimale de leurs produits.

L’artisane émérite Phan Thi Thuan, directrice de la société à responsabilité limitée de sériciculture My Duc, a cherché à valoriser le savoir-faire traditionnel en développant des produits en soie de lotus. Photo : VOV
L’artisane émérite Phan Thi Thuan, directrice de la société à responsabilité limitée de sériciculture My Duc, a cherché à valoriser le savoir-faire traditionnel en développant des produits en soie de lotus. Photo : VOV

Innover dans les produits et diversifier les canaux de vente

Dans le village de tissage de la soie de Phung Xa, situé dans la commune de Hong Son, l’artisane émérite Phan Thi Thuan, directrice de la société à responsabilité limitée de sériciculture My Duc, a cherché à valoriser le savoir-faire traditionnel en développant des produits en soie de lotus.

Dès 2017, elle a entrepris des recherches pour extraire des fibres de soie des tiges de lotus, une ressource jusque-là peu exploitée. Deux ans plus tard, les premières écharpes en soie de lotus ont vu le jour.

La fabrication d’une seule écharpe nécessite environ 4 800 tiges de lotus et plus d’un mois de travail. Son prix de vente atteint actuellement environ 10 millions de dôngs pour un modèle sans broderie et 12 millions de dôngs pour une écharpe brodée à la main.

Selon Phan Thi Thuan, la valeur du produit ne réside pas uniquement dans la matière première, mais aussi dans le savoir-faire technique, le travail fourni et l’identité culturelle de l’artisanat. Cette approche permet d’accroître la valeur des matières premières et de créer des emplois supplémentaires.

La société My Duc dispose actuellement de deux produits certifiés OCOP cinq étoiles à l’échelle nationale : les écharpes en soie et celles en soie de lotus. L’entreprise emploie régulièrement une vingtaine de personnes, dont le revenu mensuel moyen se situe entre 8 et 10 millions de dôngs par personne.

En période de forte activité, ses effectifs peuvent atteindre 50 à 70 personnes. Ce modèle illustre une voie de développement fondée sur des produits à forte valeur ajoutée, reposant sur la qualité, le savoir-faire et la notoriété de la marque.

Au lieu de se limiter à des articles courants, l’entreprise a créé des produits dotés d’une identité propre, destinés à une clientèle sensible à l’excellence artisanale et aux valeurs culturelles.

Le village de menuiserie de Ngoc Than promeut ses produits sur les plateformes numériques. Photo : hanoimoi.vn
Le village de menuiserie de Ngoc Than promeut ses produits sur les plateformes numériques. Photo : hanoimoi.vn

Dans le village de menuiserie de Ngoc Than, situé dans la commune de Kieu Phu, l’innovation commence plutôt par la recherche de nouveaux clients. Auparavant, de nombreux foyers fabriquaient principalement des objets de culte sur commande.

Aujourd’hui, certains ateliers élargissent leur gamme aux objets d’artisanat d’art et utilisent le commerce électronique ainsi que les réseaux sociaux pour développer leurs débouchés.

Bui Trong Quan, propriétaire de l’atelier de menuiserie Bui Gia, explique que son établissement a commencé à expérimenter les retransmissions en direct pour présenter ses produits et raconter l’histoire culturelle du village artisanal sur les plateformes numériques. Habitués aux méthodes de vente traditionnelles et peu formés aux outils technologiques, les artisans apprennent progressivement à s’adapter.

Selon Pham Hong Quan, chef adjoint du service des Infrastructures, de l’Agriculture, de l’Environnement et du Développement rural de la commune de Kieu Phu, les autorités locales considèrent les sciences et technologies ainsi que la transformation numérique comme des leviers permettant d’accroître la valeur des produits.

Outre leur promotion sur les réseaux sociaux et les plateformes de commerce électronique, la commune encourage l’utilisation de codes QR pour présenter l’origine des produits, les procédés de fabrication et les caractéristiques propres à chaque création.

Les expériences menées dans ces villages montrent que l’innovation ne signifie pas abandonner les métiers traditionnels, mais plutôt créer davantage de valeur grâce aux produits, aux marques et à de nouvelles approches commerciales.

Le tourisme expérientiel ouvre de nouvelles perspectives, la coopération favorise le développement

Parallèlement à l’innovation dans les produits et les méthodes commerciales, le développement du tourisme expérientiel constitue une nouvelle source de revenus pour de nombreux villages de métiers de Hanoï.

Le village de laque de Ha Thai, dans la commune de Hong Van, figure parmi les localités qui valorisent progressivement leur artisanat traditionnel en l’associant aux activités touristiques.

Reconnu comme site touristique artisanal par le Comité populaire de Hanoï en 2020, Ha Thai s’impose peu à peu comme une étape incontournable pour découvrir la culture et les métiers artisanaux traditionnels de la capitale.

Récemment, le village a également été intégré à l’itinéraire touristique « La route du patrimoine de Nam Thang Long – Hanoï », ce qui lui ouvre de nouvelles possibilités de promotion de ses produits et d’accueil des visiteurs.

Le village de laque de Ha Thai attire les touristes grâce à ses activités artisanales traditionnelles. Photo : hanoimoi.vn
Le village de laque de Ha Thai attire les touristes grâce à ses activités artisanales traditionnelles. Photo : hanoimoi.vn

Au Dung Di Art Studio, le peintre Tran Cong Dung a mis en place un modèle associant la production traditionnelle de laque à des ateliers pratiques destinés aux visiteurs vietnamiens et étrangers. Les participants peuvent s’initier directement à certaines étapes de fabrication, notamment la pose de coquilles d’œuf, l’application des couches de laque, le polissage et la finition de leurs propres souvenirs.

Selon Tran Cong Dung, transformer la laque traditionnelle en produit touristique n’est pas une tâche simple, car sa fabrication exige un travail minutieux qui peut s’étendre sur plusieurs mois. Or, chaque atelier ne dure qu’une à deux heures.

L’établissement doit donc étudier et adapter certaines étapes afin que les visiteurs puissent à la fois découvrir le métier et achever leur création dans un délai relativement court.

Proposé à un tarif d’environ 300 000 à 350 000 dôngs par personne et par séance, ce modèle ne génère des revenus supplémentaires grâce aux services touristiques, tout en contribuant à promouvoir la laque et à stimuler la vente des produits.

En particulier, l’établissement coopère avec les artisans du village pour fabriquer les supports de base et répartir les différentes étapes de production. Cette organisation permet de réduire les coûts et de créer des emplois supplémentaires pour les habitants.

L’expérience de Ha Thai montre que le tourisme expérientiel ne se contente pas de générer de nouvelles sources de revenus : il favorise également la coopération entre producteurs, la promotion et la commercialisation des produits artisanaux.

Ces nouvelles initiatives offrent aux villages de métiers de Hanoï des possibilités d’accroître la valeur de leurs produits et d’élargir leurs marchés. Toutefois, pour assurer un développement durable, il reste indispensable de résoudre les difficultés liées aux débouchés commerciaux, de renforcer les liens entre production et commercialisation, et de garantir aux artisans des emplois ainsi que des revenus stables.

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