Selon le Département de l’import-export du ministère vietnamien de l’Industrie et du Commerce, les prix mondiaux de l’énergie, du carburant et des biens de consommation devraient augmenter dans les prochains mois. Cette tendance pourrait avoir des effets indirects, mais significatifs sur la production, les exportations et les importations du Vietnam, notamment vers le Moyen-Orient.
Nguyen Tien Dung, directeur général adjoint de l’entreprise Simexco DakLak, explique que cette région constitue un marché important pour deux produits phares de la société : le café et le poivre. L’entreprise y a développé des partenariats solides et les ventes y sont en constante progression.
Cependant, la montée des tensions entre Washington, Tel-Aviv et Téhéran pèse directement sur les échanges commerciaux. La hausse des prix du pétrole entraîne une augmentation rapide des coûts de transport, de logistique et d’assurance. Les frais de transport maritime ont fortement grimpé et certaines compagnies imposent désormais des primes d’assurance liées au risque de guerre pouvant atteindre 2 000 dollars par conteneur.
Par ailleurs, les restrictions de navigation en mer Rouge et dans le détroit d’Ormuz obligent certains navires à emprunter des routes plus longues, ce qui retarde les livraisons et alourdit les coûts logistiques.
Du point de vue de la structure des exportations, le café de Simexco DakLak est relativement moins affecté, les ventes vers le Moyen-Orient ne représentant qu’environ 8 % du chiffre d’affaires total à l’export. En revanche, le poivre est plus exposé : la région absorbe près de 18 % des volumes exportés. Une baisse de la demande pourrait exercer une pression à court terme sur les prix.
Face à cette situation incertaine, l’entreprise a temporairement suspendu certains envois vers le Moyen-Orient et des pays voisins, tout en suivant de près l’évolution de la situation. Elle cherche également à accélérer les paiements pour les cargaisons déjà arrivées dans les ports de Jebel Ali ou de Haïfa. Les communications avec certains partenaires en Iran restent toutefois difficiles en raison de perturbations des réseaux.
Pour les cargaisons déjà expédiées ou arrivées dans des ports de transit, l’entreprise privilégie le rapatriement ou le stockage temporaire en attendant une stabilisation de la situation afin de limiter les risques.
Dans le même temps, pour les contrats conclus vers d’autres marchés sous conditions CNF (coût et fret), les exportateurs s’efforcent de réserver rapidement des navires afin d’éviter une nouvelle flambée des tarifs maritimes. Simexco DakLak cherche également à diversifier ses débouchés, notamment pour le poivre, afin de compenser les perturbations sur le marché du Moyen-Orient.
Dans le secteur des fruits, Tran Ngoc Hiep, directeur de la société Thanh Long Hoang Hau, indique que plusieurs cargaisons de pitayas destinées au Moyen-Orient ont dû être suspendues. La hausse des coûts logistiques et l’allongement des délais de transport risquent en effet d’affecter la qualité des produits frais.
Cette situation concerne également de nombreux exportateurs de fruits vers l’Union européenne, les routes maritimes passant par des zones actuellement instables, ce qui accroît les risques de retard et les coûts.
Pour Le Viet Anh, secrétaire général de l’Association vietnamienne du poivre et des épices, le Moyen-Orient reste un marché à fort potentiel pour les produits vietnamiens. Toutefois, les entreprises doivent suivre de près l’évolution de la situation et rechercher des marchés alternatifs afin de réduire les risques liés aux perturbations commerciales dans la région.
De son côté, le ministère de l’Industrie et du Commerce appelle les associations professionnelles à évaluer rapidement les difficultés rencontrées par les entreprises et à proposer des solutions pour garantir les objectifs de croissance des exportations en 2026.
Dans le secteur des fruits et légumes, Dang Phuc Nguyen, secrétaire général de l’Association vietnamienne des fruits et légumes (VinaFruit), souligne que lors des précédentes crises, les tarifs de transport pour un conteneur de 40 pieds ont parfois été multipliés par deux ou trois. Les primes d’assurance liées aux risques de guerre ont également fortement augmenté pour les navires opérant dans la région du Golfe.
En outre, certaines compagnies maritimes contournent désormais le canal de Suez en passant par le cap de Bonne-Espérance en Afrique du Sud, ce qui allonge les trajets entre l’Asie et l’Europe de 10 à 14 jours, exerçant une pression supplémentaire sur les chaînes d’approvisionnement, en particulier pour les produits agricoles frais.
Selon lui, les produits transformés sont généralement moins exposés aux risques logistiques, car ils dépendent moins de la rapidité du transport. Les entreprises sont donc encouragées à adapter leur structure de produits, diversifier leurs marchés et rediriger rapidement les cargaisons initialement destinées au Moyen-Orient.
Le ministère recommande enfin aux entreprises d’accorder une attention particulière aux clauses logistiques, de transport, de livraison et d’assurance lors de la négociation des contrats commerciaux. L’inclusion de dispositions relatives aux cas de force majeure, aux compensations et au partage des coûts en cas d’incident est jugée essentielle pour limiter les pertes et protéger les exportateurs.