Depuis l’établissement de leurs relations diplomatiques en 1972, et plus particulièrement depuis leur élévation au rang de partenariat stratégique global pour la période 2016-2026, le Vietnam et l’Inde n’ont cessé de renforcer leur confiance politique et d’élargir leur coopération multisectorielle, obtenant des résultats significatifs.
La coopération économique et commerciale demeure un point fort, avec une croissance soutenue des échanges bilatéraux et un développement accru des investissements, des technologies numériques, du textile, de l’énergie, des chaînes d’approvisionnement et de l’innovation. Dans ce contexte, la visite d’État en Inde du secrétaire général du Parti et président de la République To Lam devrait insuffler une nouvelle dynamique et contribuer à structurer le cadre de coopération bilatérale dans la prochaine phase de développement.
Selon le ministère vietnamien de l’Industrie et du Commerce, les échanges commerciaux bilatéraux Vietnam-Inde ont enregistré une croissance soutenue ces dernières années, triplant entre 2016 et 2025, passant de 5,4 à 16,4 milliards de dollars. En 2025, les échanges ont atteint un niveau record de 16,46 milliards de dollars, en hausse de 10,5 % sur un an, dont 10,3 milliards d’exportations vietnamiennes (+14,2 %) et 6,1 milliards d’importations (+4,9 %). Au premier trimestre 2026, le commerce bilatéral s’est élevé à 4,8 milliards de dollars (+28 %), confirmant la dynamique positive.
Selon les spécialistes, l’une des caractéristiques les plus marquantes des relations économiques actuelles entre le Vietnam et l’Inde réside dans la complémentarité croissante de leurs deux économies. L’Inde dispose d’atouts majeurs liés à la taille de son marché, à l’abondance de ses ressources naturelles, ainsi qu’à ses avancées dans les logiciels, l’industrie pharmaceutique et les secteurs connexes. Le Vietnam, de son côté, a développé de solides capacités de production et d’exportation, tout en s’intégrant profondément aux marchés mondiaux grâce à un réseau d’accords de libre-échange de nouvelle génération.
Cette complémentarité a contribué à réduire la concurrence directe entre les deux pays et à orienter leur coopération vers une meilleure intégration des chaînes d’approvisionnement, le développement de liens de production et l’élargissement des débouchés commerciaux. Dans un contexte où les entreprises mondiales diversifient leurs bases de production au-delà des centres traditionnels, le Vietnam et l’Inde apparaissent comme des acteurs de plus en plus importants dans la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement régionales.
La collaboration en matière d'investissement s'intensifie également. L'Inde mène actuellement des projets dans 20 des 34 provinces et villes du Vietnam. Ho Chi Minh-Ville est la première destination des investissements indiens, suivie de Dak Lak, Khanh Hoa, Thanh Hoa, Tay Ninh, Nghe An et Phu Tho.
Parallèlement, le Vietnam compte 30 projets d'investissement en Inde, pour un capital total enregistré de près de 150,5 millions de dollars. Parmi les projets notables figure le plan du groupe Vingroup de construire une usine de production de véhicules électriques dans l’État du Tamil Nadu.
Un vaste potentiel de coopération
Le textile et la chaussure deviennent des secteurs clés pour une coopération industrielle renforcée. Face à la reconfiguration des chaînes d'approvisionnement mondiales du textile, les atouts du Vietnam en matière de production et d'exportation complètent les avantages de l'Inde dans le coton, les fibres naturelles, la teinture et les matières premières. De plus, des salons spécialisés tels que Bharat Tex 2026 et MEET AT AGRA 2026 devraient consolider les liens entre leurs entreprises opérant dans les secteurs du cuir, des technologies de production et des industries connexes.
Chaîne de production de sucre raffiné (RE) à l’usine de la société KCP Vietnam Industries (entièrement financée par des capitaux indiens), dans la province de Dak Lak. Photo : VNA
Le numérique constitue également un nouveau moteur de croissance. Un protocole d’accord entre l’Association vietnamienne des logiciels et des services informatiques (VINASA) et le Conseil indien de promotion des exportations de services (SEPC) a consolidé la coopération dans des domaines tels que les services numériques, l’externalisation logicielle, l’intelligence artificielle, l’Internet des objets et la transformation numérique.
Par ailleurs, la distribution de détail offre de nouvelles opportunités. Le 24 avril, le Bureau commercial du Vietnam en Inde a rencontré le groupe Reliance Retail afin de renforcer la présence des produits vietnamiens dans son réseau SMART Bazaar, notamment les fruits frais, le café, les noix de cajou, les produits de la mer transformés et divers biens de consommation.
Selon les experts, l'accès direct au système de distribution moderne indien permettra aux produits vietnamiens de s'affranchir des circuits de distribution traditionnels, augmentant ainsi leur valeur ajoutée et renforçant la notoriété des marques sur l'un des plus grands marchés de consommation au monde.
La révision et la mise à jour de l'Accord sur le commerce des marchandises ASEAN-Inde (AITIGA) devraient donner un nouvel élan à ces échanges. Lors de la 12e réunion du Comité mixte de l'AITIGA à Jakarta fin mars, l'ASEAN et l'Inde se sont engagées à œuvrer en vue d'une conclusion substantielle des négociations d'ici 2026.
Les experts estiment ainsi que l’objectif de 20 milliards de dollars d’échanges commerciaux bilatéraux n’est plus hors de portée, à condition que les deux parties maintiennent leur dynamique actuelle et poursuivent le renforcement de la connectivité commerciale, logistique, financière et technologique.
Plus important encore, la relation économique Vietnam-Inde n'est plus seulement bilatérale, mais aussi liée à la mise en place de nouvelles chaînes d'approvisionnement dans la région indo-pacifique.
Dans un environnement économique mondial incertain, ce partenariat complémentaire constitue un levier important permettant aux entreprises vietnamiennes de renforcer leur résilience, de diversifier leurs marchés et d’élargir leurs perspectives de développement à long terme.