À Can Tho, les métiers traditionnels en quête de renouveau

À Can Tho (dans le delta du Mékong, au Sud du Vietnam), les métiers traditionnels connaissent un renouveau progressif, porté par une recomposition de leurs modes de production et leur articulation croissante avec le tourisme expérientiel.

Des activités telles que la fabrication de galettes de riz à Thuân Hung, le tressage à Thuân Hoa ou encore la production de com dep témoignent de cette dynamique. La relance repose notamment sur l’amélioration de la qualité des produits, le développement du programme OCOP (« Une commune, un produit ») et l’appui des autorités locales.

Dans plusieurs villages artisanaux, cette évolution s’accompagne d’innovations techniques et d’une ouverture vers de nouveaux débouchés. Le village de Thuân Hung, dont l’histoire remonte à plus de deux siècles, en offre une illustration significative. Pour les habitants, la fabrication des galettes de riz ne constitue pas seulement une source de revenus, mais aussi un patrimoine transmis, mêlant savoir-faire, rigueur et attachement au métier.

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De nombreuses familles khmères tirent des revenus significatifs de la vannerie en bambou, contribuant ainsi à la réduction durable de la pauvreté.

Le quotidien s’organise selon un rythme particulier. Dès deux ou trois heures du matin, les artisans allument les fours. Le village s’anime alors progressivement, entre le bruit du broyage du riz et les effluves du feu de bois. La production reste largement manuelle, avec l’étalage de la pâte, la maîtrise de la cuisson et le séchage sur des claies de bambou. Les opérations se succèdent jusqu’au soir, lorsque les galettes, soigneusement empilées, sont prêtes à être mises sur le marché.

Dans le secteur de Tân Phu, l’atelier familial Ut Tho illustre la pérennité de ces pratiques. La cheffe de l’atelier, Van Thi Tho, accorde une attention particulière à chaque étape de fabrication, notamment à la préparation de la pâte, jugée déterminante. La sélection du riz, la finesse de la mouture et le dosage du lait de coco et du sucre restent essentiels, car toute variation peut altérer la texture et la saveur.

Les produits obtenus, cuits à feu modéré, se distinguent par leur douceur et leur arôme caractéristique. À l’approche des fêtes et du Têt, la demande s’intensifie. La production demeure toutefois maîtrisée, avec une spécialisation sur certaines variétés, notamment les galettes sucrées et à la noix de coco.

Aujourd’hui, les ateliers de Thuân Hung proposent une gamme diversifiée — galettes salées, nature, pour nem, à tremper, sucrées ou à la noix de coco — afin de répondre à une demande variée. Les produits destinés aux périodes festives jouent un rôle important dans le maintien de revenus relativement stables pour les habitants.

Malgré l’obtention de certifications OCOP trois étoiles pour certains produits, la production reste marquée par une organisation fragmentée, à dominante artisanale, et par des limites en matière de structuration des marchés et de promotion, ce qui freine encore l’exploitation de son plein potentiel.

Dans la commune de Thuân Hoa, le tressage traditionnel de l'ethnie khmère connaît lui aussi une phase de reprise. À partir de bambou, les artisanes confectionnent paniers, corbeilles et sacs, à la fois utilitaires et porteurs d’une identité culturelle locale.

Ce métier avait auparavant décliné sous l’effet de la concurrence des produits industriels et des matériaux plastiques, conduisant de nombreuses familles à l’abandonner en raison de débouchés incertains.

La relance s’appuie notamment sur l’initiative de Truong Thi Bach Thuy, directrice de la coopérative de vannerie Thuy Tuyêt. Issue d’une famille d’artisans, elle a choisi d’implanter son activité à Thuân Hoa afin de valoriser les ressources locales et de créer des emplois pour les femmes khmères.

La coopérative, devenue un acteur structurant, propose aujourd’hui plus de 700 modèles, allant des objets du quotidien aux articles décoratifs. Ses produits sont distribués dans plusieurs régions et exportés vers cinq pays. Elle offre par ailleurs des conditions de travail flexibles, avec une production souvent réalisée à domicile et une garantie d’achat, contribuant ainsi à stabiliser les revenus.

Les artisans soulignent cette évolution, et alors qu’ils devaient auparavant rechercher eux-mêmes des débouchés, ils bénéficient désormais d’un cadre plus sécurisé, conciliant activité économique et contraintes familiales.

Au-delà de la production, la coopérative s’est diversifiée dans la décoration intérieure, la construction en bambou, ainsi que dans le développement d’infrastructures touristiques telles que les homestays et les resorts. Elle participe également à l’essor du tourisme expérientiel, avec pour objectif d’associer savoir-faire artisanal et tourisme communautaire et éducatif.

Parallèlement, des efforts sont engagés pour structurer les zones de production de bambou et intégrer des techniques de traitement visant à améliorer la qualité et à répondre aux exigences des marchés internationaux. Pour son engagement, Truong Thi Bach Thuy a été reconnue artisane nationale dans le domaine de la vannerie.

À côté du tressage, la fabrication du com dep, spécialité des Khmer dans le hameau de Phuoc Quoi (commune de Thuân Hoa), possède une histoire de plus d’un siècle et reste associée à la fête Ooc Om Boc. Bien que le nombre de producteurs ait diminué, certaines familles maintiennent une activité régulière, contribuant à l’économie locale.

La famille de Lâm Minh Thoi en constitue un exemple représentatif. Appartenant à la quatrième génération, il a introduit des améliorations techniques, notamment par la mise au point d’une machine permettant de réduire les coûts et la pénibilité. Toutefois, les éléments essentiels du savoir-faire traditionnel sont préservés afin de garantir la qualité du produit.

Dans ce contexte, la ville de Can Tho met en œuvre un programme de préservation et de valorisation des métiers traditionnels, associé au développement touristique pour la période 2021-2030. L’enjeu est à la fois économique et culturel, et il s’agit de promouvoir les patrimoines des minorités ethniques, notamment khmères, tout en les intégrant dans une dynamique de développement durable et d’affirmation identitaire.

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