Dans une interview accordée au journal Nhân Dân, le professeur To Trung Thanh, responsable de la gestion scientifique et enseignant senior à l’Université nationale d'économie, analyse ces perspectives.
Le rôle central de la réforme institutionnelle
Pour 2026, première année du plan de développement 2026-2030, le Vietnam vise une croissance du PIB supérieure à 10 %, avec une orientation résolument ambitieuse. Cette dynamique devrait reposer principalement sur l’industrie-construction et les services, avec des taux attendus d’environ 12 % et 11 %.
L’industrie manufacturière demeure le pilier de l’industrialisation, tandis que les services devraient bénéficier de la reprise de la consommation et du développement de secteurs à forte valeur ajoutée tels que la finance, la logistique et le tourisme. L’agriculture, quant à elle, continue de jouer un rôle stabilisateur, garantissant la sécurité économique et sociale.
Selon le professeur To Trung Thanh, au-delà des objectifs quantitatifs, la stratégie pour 2026 met l’accent sur la qualité de la croissance. L’économie numérique (environ 14,5 % du PIB) et la productivité du travail (hausse d’environ 8,5 %) sont identifiées comme des leviers essentiels pour une croissance durable, traduisant une transition vers un modèle fondé sur la technologie, l’innovation et la transformation numérique.
Un point clé réside dans la réforme institutionnelle. Les résolutions stratégiques adoptées en 2025 constituent le socle d’un programme de réformes global visant à moderniser le cadre économique et à définir un nouveau modèle de croissance. Si elles sont mises en œuvre efficacement, elles pourraient générer des gains de productivité, améliorer l’environnement des affaires et élargir les perspectives de croissance à long terme.
À court terme, cet objectif ambitieux se heurte toutefois à des contraintes. Selon le professeur To Trung Thanh, les marges de manœuvre de la politique monétaire se réduisent sous l’effet des pressions inflationnistes, des fluctuations de change et des risques du système financier. Dans ce contexte, elle doit prioriser la stabilité macroéconomique et la sécurité du système, tout en apportant un soutien ciblé.
Dans ce contexte, la politique budgétaire est ainsi appelée à jouer un rôle moteur en 2026, avec une expansion ciblée des investissements publics, notamment dans les infrastructures stratégiques : transport, énergie, transformation numérique et infrastructures vertes. Parallèlement, les politiques fiscales doivent soutenir les entreprises et le secteur privé, tout en garantissant la discipline budgétaire et la soutenabilité de la dette publique.
Améliorer la qualité de la croissance
Les perspectives économiques du Vietnam restent fortement influencées par l’environnement international. Le professeur To Trung Thanh indique que le ralentissement du commerce mondial, après un effet d’anticipation des exportations en 2025, pourrait freiner les exportations vietnamiennes, tandis que la montée des mesures de défense commerciale accroît les risques.
Les flux d’IDE devraient continuer à se réorienter vers l’Asie du Sud-Est, le Vietnam demeurant une destination clé grâce à sa stabilité politique et à ses coûts compétitifs. Toutefois, la volatilité des prix des matières premières, notamment de l’énergie, constitue un risque majeur : une hausse des prix du pétrole pourrait accentuer les pressions inflationnistes, affecter le taux de change et limiter les marges de politique économique. D’où la nécessité d’une coordination étroite entre politiques budgétaire et monétaire.
À long terme, selon le professeur To Trung Thanh, l’amélioration de la qualité de l’économie doit être la priorité. Le principal moteur doit être la productivité totale des facteurs (PTF), favorisant une croissance fondée sur le progrès technologique et l’efficacité des ressources plutôt que sur l’accumulation de capital.
Cela implique d’accroître la contribution de la PTF, tout en améliorant l’efficacité de l’investissement public. L’économie doit évoluer vers un modèle « 3I » : Investissement, Intégration technologique et Innovation, afin de maîtriser les technologies clés et d’élargir l’économie numérique.
Sur le plan technologique, une politique industrielle sélective est nécessaire, permettant des sauts technologiques dans des secteurs à cycles courts. Selon le professeur To Trung Thanh, plutôt que de concurrencer la recherche fondamentale, le Vietnam devrait privilégier l’application de l’intelligence artificielle dans des secteurs disposant déjà de données et de savoir-faire, tout en développant des espaces de données industriels souverains.
L’économie numérique joue un rôle déterminant dans l’amélioration de la qualité de la croissance. À l’horizon 2030, elle ne doit pas être perçue comme une simple numérisation, mais comme une transformation structurelle où le numérique devient un facteur de production central, déterminant la productivité, la qualité de la croissance et la compétitivité nationale.
Pour atteindre un objectif d’environ 30 % du PIB, le modèle de développement doit reposer sur trois piliers : une économie numérique de base maîtrisant les technologies, une numérisation approfondie des chaînes de valeur sectorielles et une gouvernance numérique constituant le socle institutionnel. Ces piliers doivent s’appuyer sur le développement des infrastructures numériques, des centres de données et de pôles de croissance dans les grandes villes, avec une diffusion vers les territoires, contribuant ainsi à réduire les écarts régionaux, a conclu le professeur.