Après une année entière à affronter vents et houles, les coques brunies par le soleil et le sel sont hissées en cale sèche pour le carénage, un rituel de fin d’année, porteur des espoirs d’une nouvelle saison.
À l’approche du Têt du cheval 2026, dans les ateliers de réparation navale de la commune de Ca Na et le long du littoral sud de Khanh Hoa, l’activité atteint son apogée. Le vrombissement des scies et les coups secs des marteaux frappant les coques résonnent sans relâche du matin au soir. Des dizaines, puis des centaines de bateaux de toutes tailles s’alignent serrés sur les cales, attendant d’être remis à neuf après une année passée au large.
La seule commune de Ca Na compte près d’une centaine de bateaux en cours de carénage, dont plusieurs affichent une puissance comprise entre 300 et 800 chevaux. Chaque navire incarne un moyen de subsistance, souvent l’essentiel du patrimoine familial.
Les travaux varient selon l’état d’usure accumulé au fil des marées. Les opérations les plus courantes consistent à renforcer la coque, repeindre entièrement l’extérieur, entretenir le moteur, remplacer le système électrique, réaménager les espaces de vie de l’équipage ou encore ajouter des équipements destinés à la pêche. Chaque étape est exécutée avec minutie, car la sécurité du navire garantit celle de l’équipage.
Pratiquant ce métier depuis plus d’une décennie, Phan Ngoc Binh, propriétaire d’un atelier de réparation à Ca Na, confie en inspectant le flanc d’un bateau : « C’est la période la plus chargée de l’année. Après des mois en mer, chaque bateau s’est plus ou moins dégradé. Les armateurs profitent de la fin d’année pour rénover leurs navires avant la nouvelle saison. Certains navires nécessitent de simples retouches, d’autres doivent être quasiment refaits. »
À l’approche du Têt, charpentiers navals, mécaniciens et électriciens travaillent presque sans relâche. De l’aube jusqu’à tard dans la soirée, chacun met à profit chaque heure pour respecter les délais. La rémunération journalière avoisine 600 000 dôngs par personne, selon le savoir-faire et l’expérience. Malgré la pénibilité, cette période constitue la haute saison, assurant des revenus appréciables à de nombreux travailleurs du littoral.
Phan Ngoc Nui, réparateur naval dans la commune de Thuan Nam, explique : « Les jours précédant le Têt, le travail est régulier. Un revenu d’environ 600 000 dôngs par jour reste stable. Selon l’état du bateau, les réparations durent d’une à deux semaines. Une fois la saison lancée et les navires repartis au large, nous cherchons d’autres activités. »
Pour les propriétaires, le carénage ne vise pas seulement la fiabilité technique : il symbolise aussi l’espoir d’une année clémente et de prises abondantes. Bien qu’ils fassent appel à des artisans qualifiés, beaucoup participent eux-mêmes aux tâches simples, ponçage, peinture ou encore nettoyage des cabines, à la fois pour réduire les coûts et comme pour préparer de leurs propres mains le premier départ de l’année.
Dans l’effervescence des ateliers, chaque navire se pare peu à peu une couche de peinture éclatante. Le drapeau national, fraîchement remplacé, est hissé fièrement à la proue, se détachant sur l’azur de la mer et du ciel. Au-delà d’un simple signe distinctif, il incarne la fierté et le soutien moral qui permettent aux pêcheurs de prendre le large en toute confiance.
Hisser les bateaux en cale sèche et procéder au carénage à l’approche du Têt est devenu un rituel annuel, intimement lié au rythme de vie des communautés maritimes à chaque retour du printemps. Dans l’effervescence de fin d’année, ces navires remis à neuf portent l’espoir d’une mer clémente et de cales pleines, gage de revenus durables pour les familles du littoral.