Des œuvres dans la rue : Hanoï transforme ses espaces publics en galeries vivantes

En 2025, les projets et activités d’art public se sont multipliés à Hanoi, capitale vietnamienne, avec une nette progression de la qualité artistique. Cette évolution traduit un changement profond dans la façon de concevoir l’embellissement des espaces urbains par la créativité.

Une exposition originale réalisée à partir de papier "dó" traditionnel et de matériaux recyclés au jardin Dien Hong. Photo : nhandan.vn
Une exposition originale réalisée à partir de papier "dó" traditionnel et de matériaux recyclés au jardin Dien Hong. Photo : nhandan.vn

Bien au-delà du simple embellissement urbain, les œuvres d’art installées sur les places, dans les parcs ou le long des rues piétonnes ouvrent un dialogue subtil entre l’être humain, l’histoire, la nature et la communauté environnante. À Hanoï, cette dynamique contribue à forger une nouvelle attractivité culturelle et touristique pour la capitale.

En 2025, les projets et activités d’art public se sont multipliés dans la ville, avec une nette progression de la qualité artistique. Cette évolution traduit un changement profond dans la façon de concevoir l’embellissement des espaces urbains par la créativité. Loin de se limiter à une fonction décorative, l’art public participe désormais à la construction d’une esthétique collective et s’impose comme un levier puissant pour le développement du tourisme et des services.

Les week-ends ou lors des fêtes et du Têt, il n’est pas rare de voir habitants et visiteurs s’arrêter devant une installation artistique, prendre des photos, échanger ou interagir avec les œuvres. Des performances en plein air aux créations hybrides mêlant plusieurs formes d’expression, l’art s’intègre progressivement dans le quotidien urbain de manière plus naturelle et accessible.

Selon de nombreux architectes et chercheurs en culture, pour une ville aspirant au statut de cité créative, les espaces artistiques ouverts – où le public peut accéder à l’art et en profiter tout au long de l’année – constituent un élément indispensable. Le projet d’art public "Chim líu chim lo, chim tỏ điều gì ?", lancé fin septembre 2025 au parc forestier de Chuong Duong à Hanoï et au parc Tao Dan à Hô Chi Minh-Ville, illustre cette volonté de valoriser des lieux jusque-là peu remarqués.

Réalisée par des artistes vietnamiens et internationaux, l’œuvre prend la forme d’une "maison dans les arbres" colorée, combinant intelligence artificielle et bases de données ornithologiques, invitant les visiteurs à écouter le langage de centaines d’espèces d’oiseaux locales. L’espace artistique devient ainsi un point de rencontre entre l’homme et la nature au cœur de la ville.

Auparavant, au jardin Co Tan, l’installation "Renaissance" de la créatrice de mode Tia-Thuy Nguyen avait suscité une vive émotion. Un arbre centenaire abattu par le typhon Yagi en 2024 a été métamorphosé en une œuvre monumentale nécessitant plus de six tonnes de métal et plus de 6 000 heures de travail. Sa ramure, reconstituée à partir de milliers de feuilles d’acier et de fleurs de quartz, évoque à la fois la forme originelle de l’arbre et un message puissant de résilience face aux catastrophes naturelles.

D’autres projets, tels que "Kết đoàn" au jardin du 19-Août, les expositions au jardin Dien Hong ou encore les fresques murales de la rue Phung Hung, confirment la tendance à rapprocher l’art de la vie quotidienne, au-delà des musées et galeries. Ces dernières années, Hanoï a également vu naître des initiatives communautaires comme le projet Phuc Tan, mêlant esthétique, protection de l’environnement et matériaux recyclés, avec la participation active des habitants.

Toutefois, selon l’architecte Pham Thanh Tung, pour une métropole de près de dix millions d’habitants, le nombre d’espaces d’art public reste encore modeste. Beaucoup de projets demeurent événementiels et temporaires, tandis que certaines installations se dégradent faute de mécanismes de gestion et de financement pérennes. Cette réalité souligne la nécessité d’une stratégie à long terme, intégrant planification urbaine, choix de matériaux durables et implication accrue des communautés.

Dans le contexte où Hanoï est membre du Réseau des villes créatives de l’UNESCO, le développement de l’art public et des espaces créatifs devrait connaître un nouvel essor en 2026. Porté par une communauté dynamique d’architectes, d’artistes et de créateurs, l’art public a l’opportunité de devenir un véritable moteur de l’économie créative et un vecteur puissant de promotion de l’image de la capitale dans cette nouvelle phase de développement.

VNA/NDEL
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