Hue : le Tet après la grande crue

Hue (au Centre du Vietnam) entre dans les jours de fin d’année lunaire avec encore des traces d’eau de crue marquées sur les murs des maisons. La couleur de la boue n’a pas encore eu le temps de s’estomper sur le vieux crépi, et l’odeur de terre humide flotte encore dans le vent froid du début du printemps.

Hue : le Tet après la grande crue

Dans ce décor teinté de gris et de froideur, les cuisines commencent à prendre feu. L’encens est allumé plus tôt que les années précédentes.

À Hue, le Tet qui arrive après la crue ne se manifeste pas par des musiques festives ou des lumières scintillantes, mais par de petits signes très subtils : le parfum de l’encens qui traverse ruelles et allées, le balai qui balaie cour et devanture, et la façon dont les gens se regardent plus longtemps, parlent plus doucement les uns avec les autres.

Quand j’ai pris le dernier vol de fin d’année pour quitter le rythme effréné de la ville, je suis retourné à la maison familiale, dans cette fraîcheur familière de mon pays natal. C’était poignant, car Hue venait de traverser une saison de crues historiques. Mais il y avait aussi une certaine sérénité : malgré tout, j’avais toujours une maison où revenir, des parents, des frères et sœurs occupés à tout remettre en ordre, et un Tet qui arrivait très lentement, mais très réellement.

Je me souviens d’une année où je revenais à Hue alors que les routes n’étaient pas encore complètement sèches après une crue violente. Ce n’était pas un Tet animé par les guirlandes et les lampions, mais un Tet « lent » et étrangement silencieux. Du petit poêle de ma grand-mère à la main de mon père qui nettoyait le vieux service en bronze, chaque geste était imprégné de la dignité traditionnelle de la terre du roi.

Le matin du 27e jour du dernier mois lunaire, je me suis levé plus tôt que d’habitude simplement pour rester dans la cuisine avec ma grand-mère. La lumière qui filtrait à travers les rainures de la porte était encore faible. Je lui ai demandé comment assaisonner le plat de viande mijotée à la manière de Hue, pourquoi les légumes marinés devaient être exposés suffisamment au soleil, et pourquoi la pâte de crevettes fermentée devait être soigneusement stratifiée avec du galanga. Elle faisait ces choses naturellement, sans mesurer quoi que ce soit. Moi, maladroitement, j’écoutais, posais des questions et prenais des notes.

Dans ce moment, j’ai soudain réalisé que si je n’avais pas posé ces questions et appris à ce moment-là, un jour ces gestes, qui semblaient si familiers, ne seraient plus que des souvenirs.

Mon père sortit un vieux carnet, s’assit à la table et passa en revue chaque dépense prévue pour le Tet. Il traça quelques lignes des grandes dépenses habituelles pour le repas du Tet, puis dit lentement à ma mère : « Cette année, on réduit, faisons juste ce qu’il faut ». Ma mère hocha la tête, tout en continuant de polir le service en bronze sur l’autel. Même si la table du Tet peut être simple, l’autel ne doit jamais être négligé. Avant d’offrir l’encens, mon père me rappela de parler doucement et de ne pas rire bruyamment dans la pièce sacrée.

Ma mère arrangea les verres d’eau en rangs bien nets, changea les fleurs, et me fit signe de reculer après avoir allumé l’encens. À Hue, le Tet ne se fait pas à la hâte. Du nettoyage de l’autel à l’allumage de l’encens, jusqu’à la manière de s’asseoir pour le premier repas de l’année, tout obéit à un ordre et à une mesure. C’est la coutume familiale, où le respect ne s’exhibe pas mais se vit dans chaque petit geste.

ĐẶNG VIỆT TRINH

NDEL
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