Développement des zones rizicoles de haute qualité

Le Delta du Mékong, principal grenier à riz du Vietnam, subit aujourd'hui de lourdes pressions dues au changement climatique. À cela s'ajoutent les nouvelles exigences des marchés d'exportation, qui réclament désormais des preuves tangibles de la réduction des émissions de carbone des produits.

Photo d'illustration: NDEL
Photo d'illustration: NDEL

Par conséquent, la transformation numérique, la gestion des émissions de gaz à effet de serre, la gouvernance des zones de production, la transparence des processus agricoles et la valorisation des grains de riz constituent les tendances de développement des modèles de production rizicole dans cette région.

Face à ces enjeux, les modèles rizicoles locaux se tournent vers de nouvelles dynamiques : transition numérique, gestion des émissions de gaz à effet de serre (GES), gouvernance des zones de production, transparence des pratiques culturales et valorisation de la qualité du grain.

Dans un contexte où la filière rizicole doit répondre à des normes de qualité de plus en plus strictes en matière de traçabilité, de décarbonation et de transition verte, le déploiement du système MRV (Mesure, Rapportage et Vérification des réductions d'émissions) s'avère crucial. Ce dispositif permet de piloter les zones de production, de fiabiliser les processus de culture, de maximiser la valeur ajoutée de la filière et de mettre en œuvre efficacement le projet public : « Développement durable d'un million d'hectares de riziculture de haute qualité et à faibles émissions, associé à la croissance verte dans le Delta du Mékong d'ici 2030 » (ci-après dénommé « le Projet »).

L'encadrement technique au cœur de la transition

Selon Le Quoc Thanh, directeur du Centre national de vulgarisation agricole (relevant du ministère de l'Agriculture et de l’Environnement) :

« Le réseau de vulgarisation agricole a obtenu des résultats majeurs en matière de communication, de formation et de renforcement des compétences pour soutenir la riziculture éco-responsable. À ce jour, les localités engagées dans le Projet ont mis en place 1 013 groupements communautaires de vulgarisation agricole, rassemblant plus de 10 360 membres. Ces structures assurent avec succès le transfert de technologies et la structuration des zones d'approvisionnement, renforçant ainsi les capacités des agriculteurs et des coopératives. »

À An Giang, Huynh Dao Nguyên, directrice du Centre provincial de vulgarisation agricole, précise qu'en 2025, la superficie dédiée au riz de haute qualité et à faibles émissions a dépassé 150 000 hectares, pour une production de plus de 900 000 tonnes. Les données terrain indiquent que les parcelles pilotes ont réduit la quantité de semences de 67 kg/ha en moyenne, entraînant une baisse des coûts de production de 3,3 à 5 millions de dongs/ha. Les bénéfices nets ont quant à eux bondi de 3,6 à 9,3 millions de dongs/ha par récolte par rapport aux cultures témoins, tout en réduisant significativement les émissions de GES.

Par ailleurs, la province voit émerger des pôles d'intégration allant de la production à la commercialisation. Ce réseau associe des coopératives, des fournisseurs de intrants, des acheteurs, des transformateurs, des exportateurs et les agents de vulgarisation. Actuellement, les contrats de commercialisation et d'intégration de la chaîne de valeur couvrent plus de 30 000 hectares. L'implication de nombreuses entreprises garantit des débouchés plus stables pour les exploitants.

De même, dans la province de Dong Thap, la mise en œuvre du Projet s'est accompagnée de sessions de formation et d'ateliers techniques destinés aux cadres et aux agriculteurs. Les thèmes portaient sur les itinéraires techniques bas-carbone et les protocoles de mesure MRV.

Fin 2025, la province comptait plus de 75 000 hectares de riziculture durable. Les évaluations montrent des performances remarquables :

Semences : réduction de 46 % à 53 %.

Engrais chimiques : réduction de 38 % à 42 %.

Produits phytosanitaires : baisse de 22 % à 37 %.

Rendement : hausse de 420 à 442 kilo/ha.

Bénéfices : augmentation de 4,5 à 7 millions de dongs/ha/récolte.

Bilan carbone : baisse des émissions de 3,1 à 4,9 tonnes de CO2 équivalent/ha/récolte.

Vers une agriculture connectée et transparente

Le marché mondial opère actuellement une transition profonde : la concurrence ne se joue plus sur les volumes, mais sur la qualité, la transparence et la capacité à certifier la baisse des émissions. Dans cette optique, le virage numérique et la gestion des GES constituent les deux piliers indispensables pour auditer la production, mesurer l'efficacité environnementale, assurer la traçabilité, gérer les bassins de production et valoriser le riz d'exportation.

Le Quoc Thanh conclut :

« Le réseau de vulgarisation agricole va continuer à moderniser ses méthodes en plaçant la donnée numérique au centre de la gestion, et les coopératives ainsi que les agriculteurs au cœur de ses services. Il s'agit de passer d'un simple rôle de transfert technique à un rôle d'accompagnement global, d'organisation, de numérisation, de suivi et de mise en relation tout au long de la chaîne de valeur. »

De nombreux experts s'accordent à dire que le réseau devra, à l'avenir, collaborer plus étroitement avec les entreprises de l'agroalimentaire pour calibrer la production selon les exigences du marché. De plus, chaque bassin rizicole de haute qualité devra être adossé à une ou plusieurs coopératives solides, capables de piloter la production.

Enfin, les autorités locales devront encourager l'émergence de "coopératives numériques". Dans ces structures connectées, chaque entité disposera d'une cartographie numérique de ses parcelles, du registre des exploitants, d'un code d'identification de la zone de culture (Zone Code), d'un carnet de bord électronique, du suivi des intrants, du calendrier des semis, des contrats d'achat et des données de récolte.

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