Les rizières en terrasses de Sa Pa à une époque où les touristes étaient encore absents. En 1992, Sa Pa ne comptait encore aucun complexe hôtelier. Au début de l’ouverture du pays, les visiteurs étrangers souhaitant sortir des itinéraires touristiques habituels devaient obtenir une autorisation spéciale délivrée à Hanoï.
En évoquant son premier voyage, Hans-Peter raconte que son guide et lui ont dû passer deux heures au poste de police en raison d’une erreur dans le numéro de passeport figurant sur leur permis de circulation.
Le voyageur a séjourné dans une ancienne villa coloniale française transformée en maison d’hôtes, qui constituait alors la seule possibilité d’hébergement à Sa Pa. Depuis son balcon, il profitait d’une vue panoramique sur les montagnes et les forêts. Son souvenir le plus marquant reste toutefois les chauves-souris et les rats qui s’invitaient dans sa chambre durant la nuit.
Dans les souvenirs de Hans-Peter, le marché hebdomadaire de 1992 était avant tout un véritable espace de vie culturelle des populations locales. Dès l’aube, des membres des ethnies Hmong, Thai et Dao parcouraient jusqu’à 40 kilomètres à pied depuis leurs villages pour rejoindre le centre de Sa Pa.
Selon lui, un Français et lui-même étaient parmi les très rares visiteurs étrangers présents sur ce marché montagnard. La présence de ces deux Occidentaux attirait invariablement les regards prudents et méfiants des habitants.
Des Hmong prennent leur petit-déjeuner au marché de montagne. Le visiteur allemand a été particulièrement impressionné par les costumes traditionnels teints à l’indigo, les grandes boucles d’oreilles en argent portées par les femmes, la coutume des femmes Dao de s’épiler les sourcils ainsi que leurs imposants foulards rouges.
« À cette époque, les habitants étaient très réticents face aux appareils photo. Dès que je levais mon appareil, ils avaient tendance à se cacher ou à s’enfuir », se souvient Hans-Peter.
Le marché qui laissait place, à la tombée de la nuit, au célèbre marché de l’amour de Sa Pa. Hans-Peter garde un souvenir impérissable de l’ambiance animée de ce rendez-vous du week-end, où les jeunes hommes et les jeunes femmes se courtisaient à travers des chants alternés traditionnels.
« Ce que je regrette le plus aujourd’hui, c’est de ne pas avoir emporté de matériel d’enregistrement audio ou vidéo », confie-t-il.
En 1993, le Vietnam a officiellement supprimé l’obligation, pour les touristes étrangers, d’obtenir une autorisation spéciale de voyage. Sa Pa a alors commencé à accueillir ses premiers groupes de visiteurs internationaux. Lors de son vol entre l’Allemagne et Hanoï cette année-là, Hans-Peter a même conseillé à un ou deux voyageurs français de découvrir Sa Pa.
À cette époque, la ville de montagne comptait quelques établissements d’hébergement capables d’accueillir simultanément une trentaine ou une quarantaine de visiteurs. Les habitants des minorités ethniques apportaient leurs vêtements traditionnels et leurs bijoux en brocart au marché central pour les vendre aux touristes.
Trente-quatre ans plus tard, Sa Pa est devenue une destination de renommée internationale, solidement inscrite sur la carte mondiale du tourisme. L’ancienne bourgade paisible abrite désormais des centaines d’hôtels ainsi que de nombreux complexes hôteliers et resorts haut de gamme.
Hans-Peter n’a pas eu l’occasion de retourner à Sa Pa depuis plus de trente ans. Il explique qu’il préfère conserver intact le souvenir de cette petite ville de montagne entourée de chaînes montagneuses majestueuses et de ses marchés ethniques hauts en couleur.