Faire des valeurs culturelles une source de croissance économique

La résolution n° 80-NQ/TW du Bureau politique relative au développement de la culture vietnamienne définit la culture comme le socle, une ressource endogène majeure, un puissant moteur, un pilier et un régulateur d'un développement rapide et durable.

 Le complexe paysager de Tràng An . Photo: NDEL
Le complexe paysager de Tràng An . Photo: NDEL

Cette résolution exige d'identifier pleinement les ressources culturelles, d'étudier et d'évaluer leur valeur économique globale, et de transformer ainsi le patrimoine en actif créateur de richesse.

Ces dernières années, la province de Ninh Binh est parvenue à conjuguer conservation et développement grâce à une gouvernance participative impliquant l'État, les entreprises et les communautés locales. Les habitants s'y trouvent à la fois acteurs de la protection du patrimoine et bénéficiaires directs des retombées touristiques.

Le patrimoine, un vivier de produits et services créateurs de subsistance

Tran Song Tung, membre du Comité permanent du Comité provincial du Parti et vice-président permanent du Comité populaire de la province de Ninh Binh, précise qu'après la réorganisation territoriale, la province s'étend sur près de 4 000 km², compte plus de 4,4 millions d'habitants et possède un réseau de ressources culturelles d'une ampleur, d'une densité et d'une diversité remarquables. La province répertorie à ce jour 5 071 monuments et sites patrimoniaux, dont 1 114 sont classés. Parmi eux figurent un site inscrit au Patrimoine mondial culturel et naturel de l'UNESCO, un élément du Patrimoine culturel immatériel représentatif de l'humanité, 10 monuments nationaux spéciaux, 269 monuments nationaux, 835 monuments classés au niveau provincial, ainsi que 22 trésors nationaux et 42 éléments du patrimoine culturel immatériel national. Ce capital culturel constitue le socle du développement touristique, des industries culturelles et de l'économie créative.

Le tourisme est le secteur qui illustre le plus nettement la valorisation de ce potentiel. En 2025, la province a accueilli plus de 19,4 millions de visiteurs, soit une hausse de 26,61 % par rapport à 2024, dont plus de 2,2 millions de touristes étrangers. Les recettes touristiques globales ont dépassé 21 238 milliards de dôngs, en progression de 36,72 %. Au cours des huit premiers mois de l'année 2026, la fréquentation des zones et sites touristiques a atteint environ 19,8 millions de visiteurs (+24,1 %), dont plus de 2,2 millions de visiteurs internationaux, générant des recettes estimées à plus de 20 611 milliards de dôngs, soit une hausse de 23,4 % sur un an.

Plus important encore, l'activité touristique exerce un effet d'entraînement sur le transport, l'hôtellerie, le commerce, la gastronomie, l'agriculture, l'artisanat traditionnel, les arts du spectacle et les services créatifs. Les habitants tirent ainsi leurs revenus des valeurs mêmes qu'ils préservent, devenant les véritables acteurs du processus de conservation et de développement. Cette dynamique pose les fondements d'une synergie vertueuse et pérenne entre sauvegarde du patrimoine et croissance économique.

Déblocage des verrous structurels et impulsion institutionnelle

L'expérience de Ninh Binh révèle toutefois que les produits à forte valeur ajoutée demeurent encore limités, tandis que les dépenses moyennes et la durée de séjour des visiteurs ne reflètent pas pleinement l'attractivité de son réseau patrimonial. Les synergies entre patrimoine, tourisme, industries culturelles, commerce et villages de métiers restent à consolider. Par ailleurs, certains espaces patrimoniaux subissent une saturation locale lors des pics de fréquentation, alors que plusieurs zones à fort potentiel manquent encore d'un désenclavement efficace.

Conscient de ces verrous, le Comité exécutif du Parti provincial a promulgué le 30 janvier 2026 la résolution n° 07-NQ/TU relative à la Stratégie de développement des industries culturelles et du tourisme de la province de Ninh Binh à l'horizon 2030, avec une vision jusqu'en 2045. La province y stipule que le développement de l'économie patrimoniale doit observer des principes fondamentaux : la conservation comme socle ; la création comme facteur d'accroissement de valeur ; la population au cœur de la démarche et comme sujet principal ; l'entreprise comme moteur ; et l'État comme facilitateur, régulateur et garant du juste partage des bénéfices.

Depuis de nombreuses années, la province intègre la préservation du patrimoine directement au cœur de ses aménagements urbains, ruraux, touristiques, routiers et de son économie verte. Parallèlement, elle a défini des périmètres de protection, des capacités de charge, des normes architecturales et environnementales, ainsi que des mécanismes de contrôle des projets. Les centres culturels, historiques, spirituels et écologiques seront interconnectés pour former des corridors de produits complémentaires. Cette structuration permet à la fois d'élargir la chaîne de valeur, de prolonger la durée de séjour des visiteurs, de mieux répartir les flux touristiques afin d'alléger la pression sur les sites majeurs, et d'optimiser le rendement économique du patrimoine.

À l'heure actuelle, la province s'attache à perfectionner ses mécanismes de mobilisation des ressources et de réinvestissement dans la sauvegarde du patrimoine. À ce titre, le budget de l'État est prioritairement alloué à la planification, à la conservation des valeurs cardinales, aux infrastructures essentielles, à la numérisation des données ainsi qu'aux missions non substituables par le secteur privé. Les ressources privées, quant à elles, sont mobilisées à travers des partenariats public-privé (PPP), des commandes publiques de services, la valorisation légale des actifs publics et des modèles économiques respectueux des valeurs et de la capacité de charge des sites patrimoniaux.

Développer l'économie du patrimoine ne signifie pas exploiter le patrimoine à tout prix, mais organiser les conditions pour que les valeurs culturelles soient préservées, sublimées et intégrées de manière responsable au circuit économique. Lorsque la valorisation du patrimoine génère des produits, des emplois et des recettes fiscales, et que ces revenus sont à leur tour réinvestis dans la conservation, un cercle vertueux et durable s'instaure. De nombreuses collectivités territoriales appellent de leurs vœux l'instauration rapide d'un cadre juridique dédié à l'économie du patrimoine, notamment en ce qui concerne les régimes de partenariat public-privé et l'exploitation des biens publics liés au patrimoine. De même, l'élaboration d'un jeu d'indicateurs mesurant la contribution réelle de l'économie de la culture et du patrimoine à la croissance créera un levier de développement à la hauteur des enjeux, concrétisant la métamorphose du « patrimoine en actif créateur de richesse » au sein des collectivités territoriales.

Back to top