La classe d'alphabétisation des apprenants aux cheveux grisonnants

À la tombée de la nuit, une trentaine d'habitants d'âge mûr de la commune de Minh Tam, province de Cao Bang, se retrouvent en classe d'alphabétisation. Malgré leur âge et des mains marquées par les travaux des champs, ils apprennent avec détermination à lire et à écrire.

La classe d'alphabétisation du hameau de Na Noi, dans la commune de Minh Tam. Photo : baocaobang
La classe d'alphabétisation du hameau de Na Noi, dans la commune de Minh Tam. Photo : baocaobang

Des mains calleuses qui apprennent à écrire et à compter

Depuis quatre mois, chaque soir, les 30 apprenants de la classe d'alphabétisation du hameau de Na Noi se retrouvent à l'école primaire de Lang Mon, dans la commune de Minh Tam. Il s’agit de la classe d’alphabétisation de phase 2 du hameau de Nà Nọi, prise en charge par les enseignants de l’école primaire de Lang Môn, lancée depuis février 2026.

Les apprenants sont exclusivement issus des ethnies Hmong et Dao, et la plupart ont dépassé la cinquantaine. Lors de la première phase (de janvier à mai 2025), ils avaient acquis les bases de la lecture, de l'écriture et du calcul. Cette nouvelle étape élargit désormais les enseignements aux sciences naturelles et à la géographie, et devrait se poursuivre jusqu'à la fin novembre 2026.

L'appréhension des premiers jours a peu à peu laissé place à l'assurance. Les mains calleuses, longtemps habituées aux travaux des champs, tiennent désormais le stylo avec davantage de fermeté et écrivent des lettres plus régulières.

Les cours de sciences naturelles et de géographie suscitent un enthousiasme particulier. Lorsque l'enseignante explique les phénomènes météorologiques ou les techniques de culture, les apprenants, aux cheveux grisonnants, échangent avec animation, mêlant vietnamien et langues autochtones. Les additions et les soustractions sont effectuées lentement, mais avec une réelle détermination. Chaque page remplie représente une petite victoire, mais surtout un véritable dépassement de soi.

À près de 60 ans, Mme Trieu Hong Sieu, de l'ethnie Dao, assiste assidûment aux cours chaque soir.

« Autrefois, comme je ne savais ni lire ni écrire, je devais demander de l'aide pour aller au marché ou accomplir des démarches administratives. Aujourd'hui, je me sens beaucoup plus autonome. Au début, j'étais très gênée de retourner à l'école, mais je me suis dit qu'il valait mieux tard que jamais. Toute ma vie, je n'ai su signer qu'avec mon empreinte digitale. Maintenant, j'apprends aussi les sciences et la géographie pour mieux cultiver mes terres et mieux connaître mon pays. Cela me plaît énormément », confie-t-elle.

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Malgré leur âge, les habitants poursuivent avec assiduité leur apprentissage afin d'accéder progressivement au savoir. Photo : baocaobang

Mme Ngo Thi Sinh, 47 ans, de l'ethnie Mong, partage le même enthousiasme : « Grâce aux enseignants et à l'école, j'ai appris depuis l'an dernier à lire, à écrire mon nom et à faire des calculs. Ma plus grande joie est de pouvoir désormais lire seule des informations simples, sans dépendre des autres. »

Pour maintenir cette classe particulière, les enseignants ne se contentent pas de transmettre des connaissances ; ils accompagnent également les apprenants sur le plan psychologique.

Mme Hoang Thi Yem, qui assure les cours, explique : « Enseigner à des adultes âgés présente des difficultés bien particulières. Beaucoup travaillent durement aux champs toute la journée ; le soir, leurs mains sont raides et tenir un stylo leur demande de gros efforts. Pour les aider à comprendre et à prendre confiance, nous utilisons aussi leur langue maternelle. Ce qui me touche le plus, c'est leur soif d'apprendre. Même les jours de pluie, lorsque les chemins deviennent glissants, la salle de classe reste éclairée et tous les élèves sont présents. »

Au-delà de l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, cette classe est devenue un lieu d'échange et de solidarité. Les premières lettres apprises permettent progressivement aux habitants de mieux comprendre le monde qui les entoure, d'appliquer leurs nouvelles connaissances à la vie quotidienne et aux activités agricoles, améliorant ainsi peu à peu leurs conditions de vie.

Diffuser le savoir pour élever le niveau d'instruction

La réussite de ces classes repose en grande partie sur le travail de sensibilisation mené auprès de la population.

Selon Mme Nong Thi Bich Hanh, directrice adjointe de l'école primaire de Lang Mon, une vingtaine d'habitants du hameau de Na Noi restent encore analphabètes sans avoir rejoint les cours, principalement en raison de freins psychologiques ou de difficultés familiales. L'école et les autorités locales poursuivent leurs actions de mobilisation et prévoient l'ouverture d'une nouvelle classe d'ici à la fin de 2026.

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Ouverture de la classe d'alphabétisation du hameau de Lung Oong, dans la commune de Minh Tam. Photo : baocaobang

« Maintenir les effectifs est un véritable défi. Nous devons nous rendre dans chaque foyer pour convaincre les habitants. Notre souhait est simplement qu'ils sachent lire et écrire afin de faciliter leur vie quotidienne », explique-t-elle.

La commune de Minh Tam compte plus de 8.100 habitants, dont 99 % appartiennent aux minorités ethniques. Depuis le début de l'année 2026, deux classes d'alphabétisation ont été ouvertes dans les hameaux de Lung Oong et Na Noi, accueillant une cinquantaine d'apprenants. Elles sont le fruit d'une coopération étroite entre les établissements scolaires et les autorités locales pour lutter progressivement contre l'analphabétisme dans les zones reculées.

Mme Vi Thi Huong, vice-présidente du Comité populaire de la commune de Minh Tam, souligne : « L'ouverture de ces classes constitue une mission stratégique, indispensable au développement socio-économique local et à l'amélioration des conditions de vie des minorités ethniques. Dans les années à venir, nous continuerons à renforcer les infrastructures, à travailler étroitement avec les établissements scolaires pour maintenir les effectifs et à préparer l'ouverture de nouvelles classes. »

À travers ces salles de classe modestes, les premières lettres continuent d'être semées, de germer et de porter leurs fruits. Plus qu'un simple apprentissage de la lecture et de l'écriture, elles ouvrent de nouvelles perspectives, ravivent l'espoir et accompagnent la transformation progressive de toute une région. Elles contribuent également à diffuser la culture de l'apprentissage tout au long de la vie au sein des familles et des villages, permettant à de nouveaux rêves de prendre forme.

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