Le secteur des cultures sur la voie de la réduction des émissions

À partir des signaux positifs observés dans le delta du Mékong, au Sud du Vietnam, le secteur des cultures poursuit l’expérimentation de modèles rizicoles à faibles émissions dans les provinces et villes du Nord.

Récolte du riz dans la province de An Giang. Photo : VNA
Récolte du riz dans la province de An Giang. Photo : VNA

Parallèlement à l’extension des superficies, les autorités s’emploient à finaliser en urgence un système de suivi et de mesure conforme aux normes internationales, ouvrant progressivement l’accès au marché du carbone.

Étendre les champs à faibles émissions

La coopérative Huu Chung (Hai Phong, au Nord-Est) a été sélectionnée pour mettre en œuvre un modèle de riziculture à haute efficacité et à faibles émissions. D’une superficie de 2 hectares, ce modèle utilise la variété VNR20 avec une densité de semis d’environ 45 kg/ha.

Le processus de production intègre de manière synchronisée une série de solutions techniques avancées telles que la mécanisation du semis en lignes combinée à l’enfouissement des engrais par machine, la gestion alternée de l’eau humide-sèche (AWD), la fertilisation selon le principe des « quatre justes » et la lutte intégrée contre les ravageurs (IPM).

Selon Tran Thanh Huong, directrice de la coopérative Huu Chung, le semis en lignes mécanisé permet de contrôler la densité dès le début de la campagne, favorisant une croissance homogène du riz.

Par ailleurs, l’enfouissement direct des engrais au moment du semis améliore l’absorption des nutriments, réduit les pertes et limite les émissions de gaz à effet de serre. Cela permet de diminuer significativement la quantité de semences, le nombre d’apports d’engrais, de réduire l’irrigation et la main-d’œuvre, contribuant ainsi à une organisation de la production plus mécanisée, moins coûteuse et plus efficiente dans l’utilisation des ressources.

La vice-directrice du Service de l’Agriculture et de l’Environnement de Hai Phong, Luong Thi Kiem, indique que ce modèle constitue un test important pour évaluer la capacité d’adaptation des solutions de réduction des émissions au niveau local. Il sert de base à la promotion d’une agriculture durable associée à la mécanisation à grande échelle.

Avec trois sites pilotes à Hung Yen, Ninh Binh et Hai Phong, ces modèles de riziculture à haute efficacité et faibles émissions sont testés dans différents écosystèmes. Huynh Tan Dat, directeur du Département des cultures et de la protection des végétaux (ministère de l’Agriculture et de l’Environnement), souligne qu’il s’agit d’une base empirique essentielle pour perfectionner les pratiques agricoles à faibles émissions, adaptées aux conditions locales.

Les expérimentations permettront de valider objectivement les solutions techniques et de préparer leur généralisation, tout en contribuant à la standardisation des données pour la mesure des émissions dans le secteur.

Auparavant, l’efficacité de cette orientation avait été démontrée par le projet « un million d’hectares de riz de haute qualité » dans le delta du Mékong. Après deux ans de mise en œuvre (2024-2025), environ 355 000 hectares ont été intégrés au modèle, soit 197 % de l’objectif initial.

Les méthodes avancées ont permis de réduire de 30 à 50 % les semences, 30 % les engrais azotés et 20 % l’eau d’irrigation, tout en augmentant les revenus des agriculteurs d’au moins 13,4 %. Notamment, les émissions de gaz à effet de serre ont diminué de 25 à 44 % (2 à 7,8 tonnes d’équivalent CO₂/ha) par rapport aux pratiques traditionnelles, posant ainsi les bases du mécanisme de crédits carbone.

z6452574937863-4e3c1ca67c1322bef0ba2ddb529effaa-8877-1821.jpg
Un agent de vulgarisation agricole guide les membres de la Cooperative de services agricoles des jeunes de Phu Hoa dans l’application de pratiques agricoles intelligentes, dans la commune de Tan Hoi, district de Tan Hiep, province de Kien Giang. (Photo : MINH ANH)

Finaliser le système MRV

Selon le projet de réduction des émissions dans les cultures pour la période 2025-2035 du ministère de l’Agriculture et de l’Environnement, les émissions de gaz à effet de serre devront être réduites d’au moins 15 % d’ici 2035 par rapport à 2020. Pour une mise en œuvre efficace, les modèles agricoles à faibles émissions doivent intégrer trois éléments clés : l’application rigoureuse des solutions techniques, l’organisation de la production selon des chaînes de valeur durables (agriculteurs-coopératives-entreprises) et l’intégration d’un système de suivi, mesure, rapport et vérification (MRV).

Par conséquent, au-delà du déploiement des modèles, l’une des priorités est l’établissement d’un système MRV spécifique, fiable pour les cultures principales telles que le riz, le maïs, le manioc, la canne à sucre ou encore le café.

Mai Van Trinh, directeur de l’Institut de l’environnement agricole, explique que les gaz à effet de serre issus des rizières (CO₂, CH₄, N₂O) sont invisibles et ne peuvent être évalués à l’œil nu ni mesurés directement. Il est donc indispensable d’appliquer des méthodes scientifiques rigoureuses pour quantifier précisément les émissions et les réductions obtenues. L’Institut a collaboré avec des experts internationaux pour élaborer une méthodologie et un ensemble d’outils MRV adaptés aux conditions vietnamiennes tout en respectant les normes internationales.

Depuis 2023, ces outils sont appliqués dans les modèles de riziculture à faibles émissions dans le delta du Mékong. En 2025, 11 modèles utilisaient déjà le système MRV. En 2026, celui-ci sera déployé sur environ 15 000 hectares de rizières dans la région. Cette base permettra de constituer une base de données nationale détaillée sur les émissions de gaz à effet de serre, selon les zones écologiques, les cultures et les pratiques agricoles.

Le système MRV constitue un socle essentiel pour le développement des mécanismes de paiement des réductions d’émissions et du marché du carbone dans l’agriculture. Toutefois, sa mise en œuvre rencontre encore certaines difficultés.

Selon le Département des cultures et de la protection des végétaux, bien que le cadre MRV ait été publié par le ministère, des directives détaillées sur sa mise en œuvre et les mécanismes financiers associés font encore défaut. Il est donc nécessaire d’accélérer son perfectionnement, notamment pour la riziculture, en le rendant plus simple et applicable sur le terrain, tout en publiant des orientations plus précises pour faciliter son déploiement et l’extension des mécanismes de paiement liés aux réductions d’émissions.

Dans les temps à venir, le ministère de l’Agriculture et de l’Environnement collaborera étroitement avec les acteurs concernés et les autorités locales pour améliorer les infrastructures des zones de production et élaborer des mécanismes de crédits carbone pour la riziculture. Il encouragera également les entreprises et coopératives à participer aux chaînes de production et de consommation, tout en promouvant la certification des zones de production et le développement de la marque du riz vietnamien de haute qualité à faibles émissions.

Parallèlement, des ressources issues de programmes et projets internationaux ainsi que du financement carbone seront mobilisées afin d’élargir l’échelle de mise en œuvre. La planification des zones de production de riz de haute qualité à faibles émissions dans le delta du Mékong sera également affinée, en privilégiant les régions disposant d’infrastructures hydrauliques synchronisées, d’une production concentrée et d’une forte implication des coopératives et des entreprises.

Back to top