Le Vietnam en tête de la région pour le riz de haute qualité à faibles émissions

Le Vietnam s’impose progressivement comme chef de file régional du riz de haute qualité à faibles émissions, au service d’un système agricole durable.

Le Dr Jongsoo Shin, directeur régional pour l’Asie de l’Institut international de recherche sur le riz (IRRI), a accordé une interview avec le journal Cong Thuong autour de cette question.

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Développer une riziculture à faibles émissions, résiliente face au changement climatique, est la clé pour rehausser la valeur des exportations et asseoir une marque nationale durable. Photo : Congthuong.

Du concept aux résultats concrets

En revenant sur la mise en œuvre du Projet « Développement durable d’un million d’hectares de riz spécialisé de haute qualité et à faibles émissions, associé à la croissance verte dans le delta du Mékong à l’horizon 2030 », comment évaluez-vous son évolution depuis son lancement ?

Dr Jongsoo Shin : D’un point de vue régional, il s’agit de l’une des interventions politiques les plus visionnaires parmi les pays de l’ASEAN.

À ses débuts, le projet était surtout une orientation stratégique : de nombreux contenus relevaient encore du cadre conceptuel et du plan directeur. Aujourd’hui, la différence est nettement visible, avec des résultats concrets sur le terrain et davantage de preuves scientifiques attestant l’efficacité du modèle.

Le passage du concept aux résultats constitue une avancée majeure. Il ne s’agit pas simplement d’un projet technique, mais d’une approche de transformation systémique, qui exige du temps, des ressources et un engagement politique de long terme.

Fait notable, le gouvernement vietnamien maintient une constance et une détermination dans son pilotage. Cela renforce la confiance des parties prenantes et permet au programme de progresser dans la bonne direction.

Le moment est désormais opportun pour élargir progressivement le déploiement. Le Vietnam peut aller plus loin et partager son expérience avec d’autres pays producteurs de riz dans la région.

Du point de vue régional, comment percevez-vous le rôle du Vietnam dans la transformation du secteur rizicole de l’ASEAN ?

Dr Jongsoo Shin : Le riz occupe une place essentielle pour les pays de l’ASEAN. Certains, comme le Vietnam et la Thaïlande, sont de grands producteurs et exportateurs ; d’autres produisent beaucoup, mais exportent peu ; tandis que Singapour, par exemple, produit peu, mais en consomme massivement.

Pendant de nombreuses années, l’accent a principalement été mis sur l’augmentation des rendements et des volumes. Toutefois, combiner la réduction des émissions et l’amélioration de la qualité, comme le fait aujourd’hui le Vietnam, reste une démarche encore nouvelle dans la région.

De nombreux pays de l’ASEAN suivent attentivement les résultats du projet d’un million d’hectares de riz de haute qualité. Ils s’intéressent à ses objectifs, à son organisation opérationnelle et à ses impacts concrets.

Le Vietnam assume aujourd’hui un rôle moteur en définissant une nouvelle orientation pour le secteur rizicole régional : passer de « produire davantage » à « produire mieux et de manière plus durable ». Cette évolution est significative pour l’ensemble du système alimentaire en Asie du Sud-Est.

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Le Dr Jongsoo Shin, directeur régional pour l’Asie de l’Institut international de recherche sur le riz (IRRI)

Le moteur économique comme facteur décisif

Selon vous, quel est l’élément clé pour assurer le succès du projet au niveau des exploitations agricoles ?

Dr Jongsoo Shin : Le facteur déterminant est l’intérêt économique des agriculteurs. S’ils ne constatent pas une augmentation de leurs revenus, leur motivation restera limitée. À l’inverse, lorsque les nouvelles pratiques culturales améliorent clairement et durablement leurs revenus, ils deviennent acteurs du changement.

Dans le cadre du projet, la gestion de la paille de riz constitue un exemple typique. Au lieu de brûler la paille après la récolte, ce qui provoque pollution et émissions de gaz à effet de serre, les agriculteurs peuvent la collecter pour produire des champignons, du compost organique ou la vendre à des entreprises d’élevage.

Cela crée une source de revenu supplémentaire à partir des sous-produits agricoles. Lorsque la paille acquiert une valeur économique concrète, les agriculteurs cessent de la brûler. En République de Corée, la paille est mise en balles puis vendue à des entreprises d’élevage. Les agriculteurs la considèrent comme de l’« argent ». Personne ne brûle son propre argent.

Au-delà de l’aspect économique, comment évaluez-vous l’impact environnemental et sanitaire de ce modèle ?

Dr Jongsoo Shin : L’impact environnemental est très clair. Le brûlage de la paille dégrade la qualité de l’air et affecte directement la santé humaine. Une meilleure gestion de la paille contribue à améliorer le cadre de vie.

Les bénéfices sont multiples : hausse des revenus agricoles, réduction des émissions de gaz à effet de serre et protection de la santé publique. Toutefois, pour impulser un changement d’ampleur, le moteur économique demeure essentiel au départ. Lorsque le modèle démontre que l’efficacité économique va de pair avec les avantages environnementaux, son extension devient plus aisée.

Quelles recommandations formuleriez-vous afin que le Vietnam continue d’exercer un rôle moteur dans les années à venir ?

Dr Jongsoo Shin : Il est essentiel de poursuivre la production de résultats concrets et mesurables. Plus les preuves scientifiques et pratiques seront solides, plus la confiance des agriculteurs, des entreprises et des autres pays s’accroîtra. Parallèlement, il faut garantir que les bénéfices économiques parviennent durablement aux agriculteurs.

À condition de maintenir l’engagement politique, de structurer méthodiquement son déploiement et d’articuler intérêts économiques et environnementaux, le programme pourra non seulement réussir au plan national, mais aussi devenir un modèle de transition agricole en Asie du Sud-Est.

Merci pour cet entretien, Monsieur !

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