Selon Shan Saeed, économiste en chef du groupe de technologies immobilières IQI Global (Malaisie), le Vietnam s’affirme comme l’une des économies les plus stratégiques dans la nouvelle architecture de développement de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) et figure parmi les cinq « piliers économiques » susceptibles de façonner la trajectoire de croissance et d’investissement de la région au cours des 10 à 20 prochaines années.
S’exprimant auprès du correspondant de l’Agence vietnamienne d’information (VNA), Shan Saeed a indiqué que la Malaisie, l’Indonésie, la Thaïlande, les Philippines et le Vietnam constituent le groupe des « Fabulous Five » (les cinq pays remarquables), considérés comme les économies ayant la plus forte influence sur les perspectives macroéconomiques et les flux d’investissement de l’ASEAN dans les années à venir.
Selon lui, chacun de ces pays dispose d’atouts stratégiques spécifiques.
L’Indonésie bénéficie de l’ampleur de son marché, de ses ressources naturelles et de ses matières premières ; la Malaisie se distingue dans les secteurs des semi-conducteurs, du gaz naturel liquéfié (GNL) et de la finance ; la Thaïlande occupe une position centrale dans l’industrie et l’automobile ; tandis que les Philippines tirent profit de leur dynamique démographique et du développement des services. De son côté, le Vietnam émerge comme la principale plateforme de production « China+1 » en Asie.
Selon l’expert, dans un contexte de reconfiguration continue des chaînes d’approvisionnement mondiales, le Vietnam consolide progressivement sa position parmi les plateformes de production et d’exportation les plus importantes du monde émergent.
Il estime que les avantages du Vietnam ne reposent plus uniquement sur des coûts compétitifs, mais également sur l’expansion de son appareil industriel, sa capacité d’exécution, ses performances à l’exportation et son intégration croissante dans les réseaux mondiaux de production.
Les fondamentaux macroéconomiques du Vietnam demeurent particulièrement attractifs.
La croissance du PIB devrait atteindre environ 8 % en 2025, tandis que la Banque mondiale prévoit des taux de croissance de 6,8 % en 2026 et de 7,1 % en 2027. Avec un ratio commerce/PIB proche de 170 %, le Vietnam figure parmi les économies les plus ouvertes au monde.
Selon M. Shan Saeed, les exportations vietnamiennes dépassent désormais les 400 milliards de dollars par an, alors que le secteur manufacturier représente environ 25 % de la production nationale.
Dans le même temps, les investissements directs étrangers (IDE) poursuivent leur progression, portés par la diversification des chaînes d’approvisionnement des multinationales en dehors de la Chine.
L’expert estime que le Vietnam dépasse progressivement son rôle traditionnel de simple plateforme d’assemblage à bas coût pour s’intégrer davantage dans les segments à plus forte valeur ajoutée de la chaîne industrielle mondiale.
Le pays enregistre actuellement des avancées notables dans les secteurs de l’électronique, des semi-conducteurs, des machines, de l’industrie de haute technologie, de la logistique et des infrastructures numériques.
Le projet de Samsung de construire un centre de test de semi-conducteurs d’une valeur de 1,5 milliard de dollars renforce encore davantage la position du Vietnam comme hub stratégique des semi-conducteurs dans la région, aux côtés de groupes internationaux tels qu’Intel, Amkor et Hana Micron.
Concernant l’attractivité du Vietnam pour les investisseurs internationaux, Shan Saeed souligne cinq avantages structurels durables : une main-d’œuvre compétitive et de plus en plus qualifiée, la proximité géographique avec la Chine, l’expansion continue des infrastructures industrielles, une forte connectivité à l’exportation et des politiques flexibles favorisant la relocalisation des chaînes d’approvisionnement multinationales.
Selon lui, ces facteurs permettent au Vietnam de devenir l’un des principaux bénéficiaires de la diversification de la production mondiale et de la restructuration industrielle au sein de l’ASEAN.
Toutefois, l’expert malaisien estime que la prochaine phase de développement du Vietnam nécessitera une transformation stratégique profonde, afin de passer du statut « d’usine de production » à celui de plateforme créatrice de valeur ajoutée.
Cette transition impliquera notamment le renforcement de la formation professionnelle et des ressources humaines qualifiées, en particulier dans les secteurs techniques et des semi-conducteurs ; l’amélioration des infrastructures électriques et logistiques ; l’accélération du développement des infrastructures numériques ; la consolidation des écosystèmes industriels locaux ; ainsi qu’un renforcement de la prévisibilité des politiques publiques.
Selon Shan Saeed, l’objectif du Vietnam ne consiste plus seulement à attirer les IDE, mais également à mieux capter les bénéfices liés au transfert de technologies, à la propriété intellectuelle, à la productivité et à la création de valeur domestique.
L’expert estime que le Vietnam a déjà acquis une avance significative dans la première phase du déplacement mondial des capacités de production.
Le défi à venir sera de transformer cette dynamique en gains durables en matière de productivité, d’innovation, de capacité technologique et de compétitivité industrielle à long terme.
Shan Saeed conclut qu’au sein des « Fabulous Five » de l’ASEAN (les cinq économies phares de l’ASEAN), le rôle du Vietnam apparaît de plus en plus central en tant que moteur des exportations, catalyseur industriel et l’une des plus grandes réussites économiques de la région.
À mesure que les chaînes d’approvisionnement mondiales se diversifient et que les tensions géopolitiques redessinent la structure industrielle mondiale, le Vietnam dispose d’une position unique pour devenir un nœud stratégique majeur du nouveau réseau mondial de production.