Les entreprises vietnamiennes face à l’opportunité de la recomposition des chaînes d’approvisionnement

La réorganisation des chaînes d’approvisionnement mondiales offre au Vietnam une nouvelle occasion de renforcer sa place dans les réseaux manufacturiers et commerciaux internationaux.

Les entreprises vietnamiennes face à l’opportunité de la recomposition des chaînes d’approvisionnement

Pour en tirer pleinement parti, les entreprises nationales doivent toutefois renforcer leur participation aux chaînes de valeur et progresser vers des segments à plus forte valeur ajoutée.

Le Vietnam dispose de plusieurs atouts, notamment une situation géographique favorable, une stabilité politique et un réseau de 17 accords de libre-échange. Au cours des huit premiers mois de 2026, le commerce extérieur du pays a atteint environ 770 milliards de dollars, soit une progression de 21 % sur un an.

Un paradoxe demeure cependant. La proportion des petites et moyennes entreprises (PME) vietnamiennes participant aux chaînes d’approvisionnement est passée de 35 % en 2009 à 18 % en 2023, tandis que la part du secteur à capitaux étrangers dans les exportations reste élevée.

Lors d’un récent forum consacré à cette question, Nguyen Tuan Viet, directeur général de VIETGO, a souligné que l’augmentation des commandes ne suffirait pas, à elle seule, à améliorer la qualité de la croissance si les entreprises vietnamiennes continuaient de se limiter aux segments et aux opérations à faible valeur ajoutée.

Les exigences des marchés internationaux constituent également un défi. Les normes ESG, la réduction de l’empreinte carbone et la gestion des données imposent de nouvelles capacités aux entreprises. Do Dieu Huong, cadre à l’Institut d’économie du Vietnam et du monde, indique que 48,7 % des entreprises sont conscientes des enjeux liés à la transition verte, mais que 64 % ne sont pas suffisamment préparées.

Des avancées sont néanmoins enregistrées. Do Thi Thuy Huong, vice-présidente et secrétaire générale de l’Association des entreprises électroniques du Vietnam (VEIA), a indiqué que le réseau de Samsung compte plus de 300 fournisseurs locaux. Certains ont progressivement élargi leurs activités, passant de l’emballage à la conception, à la recherche et au développement de composants plus complexes.

La stratégie commerciale doit elle aussi évoluer. L’expérience de Singapour montre notamment l’importance de la capacité à mettre en relation l’offre et la demande. Grâce à leur plus grande flexibilité, les entreprises commerciales peuvent rechercher de nouveaux débouchés sur des marchés à forte population, notamment en Inde, au Moyen-Orient, en Afrique et dans l’ASEAN. Plusieurs produits vietnamiens disposent d’un potentiel sur ces marchés, parmi lesquels le café, les épices, les textiles, les matériaux de construction, le plastique, le papier et les produits en bois, ainsi que la cannelle, l’anis étoilé et la cardamome.

Les politiques publiques et la formation jouent également un rôle important. Face au développement de l’automatisation et de la robotique, le professeur Hoang Van Cuong préconise de renforcer les investissements dans l’intelligence artificielle, les logiciels de commande et la conception de systèmes. Il propose également la mise en place d’un guichet unique afin de faciliter les investissements et de renforcer les liens entre les grands projets et les entreprises nationales.

Pham Van Quan, représentant du ministère de l’Industrie et du Commerce, a pour sa part évoqué la préparation d’une loi sur les industries clés. Celle-ci devrait notamment prévoir des mécanismes d’expérimentation (« sandbox ») et des débouchés garantis afin de stimuler l’innovation technologique, avec comme exemple la production expérimentale de transformateurs de 500 kV.

La fenêtre d’opportunité créée par la recomposition des chaînes d’approvisionnement ne restera pas ouverte indéfiniment. Le Vietnam doit donc renforcer les capacités de ses entreprises et améliorer les connexions entre les acteurs nationaux et les groupes internationaux. Parmi les outils envisagés figure une cartographie numérique des chaînes d’approvisionnement permettant de rapprocher les besoins des entreprises à capitaux étrangers des capacités des PME vietnamiennes.

L’objectif ne se limite ainsi pas à attirer davantage de capitaux étrangers. Il s’agit également de transformer la présence des groupes internationaux en opportunités pour les entreprises vietnamiennes, afin qu’elles puissent progressivement accéder à des segments de la chaîne de valeur offrant une plus forte valeur ajoutée.

NDEL
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