L’enjeu est de prendre progressivement la maîtrise des données et des technologies, de faire émerger des institutions de recherche de premier plan et de transformer les résultats scientifiques en capacités concrètes au service de la gouvernance maritime, du développement de l’économie maritime, de la protection de l’environnement et de la sauvegarde de la souveraineté nationale.
De nouvelles exigences pour les sciences et technologies marines
La Résolution no 20-NQ/TW du 28 juillet 2026 (Résolution no 20), adoptée par le Comité central du Parti communiste du Vietnam du XIVe mandat et consacrée à la construction et au développement du Vietnam en tant que grande nation maritime, fixe une nouvelle exigence dans le domaine des sciences et technologies : il ne s’agit plus seulement d’étudier la mer et d’en exploiter les ressources, mais d’en prendre progressivement la maîtrise par la connaissance, les données, les technologies et l’innovation.
Le programme d’action du gouvernement visant à mettre en œuvre la Résolution no 20 a fixé plusieurs objectifs précis à atteindre d’ici 2030, notamment la création de deux à trois organismes de recherche dans les domaines des sciences et technologies marines et de l’innovation, atteignant le niveau des pays les plus avancés de l’ASEAN ; le développement d'une chaîne industrielle et de services synchronisée pour les infrastructures de câbles sous-marins à haut débit et à grande capacité ; et la garantie de l'accès aux services essentiels pour les populations vivant sur les îles.
Selon un rapport du ministère des Sciences et des Technologies, les données issues des études fondamentales sur le milieu marin restent insuffisantes et manquent de précision ; les infrastructures de données numériques ne sont pas interopérables ; le pays manque de navires de recherche en eaux profondes, de robots sous-marins autonomes et d’équipements submersibles ; les capacités nationales en matière de technologies des grands fonds et d’observation restent limitées ; le réseau d’instituts et d’établissements universitaires spécialisés dans la recherche océanographique demeure fragmenté, tandis que les entreprises ne sont pas encore suffisamment intégrées aux chaînes de l’innovation.
À ce jour, les levés géologiques et miniers à l’échelle détaillée de 1:100 000 ne couvrent qu’environ 7,5 % de la superficie maritime, tandis que la couverture des cartes marines à cette même échelle n’atteint que 23,4 %.
Acquérir progressivement la maîtrise des technologies marines stratégiques
Conformément aux orientations du ministère des Sciences et des Technologies, les prochaines étapes devront accorder une attention prioritaire aux technologies de prospection et d’exploration des grands fonds et des fonds marins ; au stockage du carbone dans les structures géologiques offshore ; aux biotechnologies marines ; à l’aquaculture hauturière capable de résister aux fortes tempêtes ; ainsi qu’aux technologies liées aux énergies renouvelables, notamment l’éolien offshore et l’énergie houlomotrice.
Parallèlement, l’intelligence artificielle (IA), les mégadonnées, les capteurs et les systèmes automatisés de surveillance devront être intégrés à la gouvernance maritime, aux dispositifs d’alerte aux catastrophes naturelles et à la surveillance des espaces insulaires.
Du point de vue de la recherche, le professeur associé et docteur Nguyen Nhu Trung, de l’Institut des sciences de la Terre relevant de l’Académie des sciences et technologies du Vietnam, estime que le socle scientifique et technologique maritime doit fonctionner selon un cycle intégré, allant des études fondamentales et de la recherche à l’observation à différentes échelles, puis aux infrastructures de données, à la modélisation, à la prévision et à l’aide à la décision.
Ce système repose sur trois piliers : les connaissances, les données et les technologies.
Une piste particulièrement prometteuse consiste à développer un jumeau numérique de l’océan (Digital Twin Ocean), permettant la reconstitution de zones océaniques dans l’espace numérique, la mise à jour continue des données d’observation et la simulation de scénarios au service de la prévision, de la planification, de la gestion des catastrophes, des incidents environnementaux et de la gouvernance de l’espace maritime.
L’Académie des sciences et technologies du Vietnam prépare également un programme de recherche marine pour la période 2026-2035, qui prévoit notamment la constitution d’une base de données marines, d’une banque de gènes des organismes marins, d’un réseau d’observation à long terme et d’un jumeau numérique de l’océan.
Selon le professeur associé Tran Tuan Anh, vice-président de l’Académie des sciences et technologies du Vietnam, la mise en œuvre réussie de la Résolution no 20 et de la Résolution no 57-NQ/TW dans le domaine maritime nécessite de passer d’une recherche cloisonnée par disciplines à une approche interdisciplinaire et pluridisciplinaire ; de projets de recherche isolés à des programmes destinés à relever les grands défis nationaux ; de données dispersées à une infrastructure commune de données marines ; et de la simple application des technologies à l’acquisition progressive de la maîtrise des technologies marines stratégiques.
Pour traduire ces orientations en capacités concrètes, un écosystème d'innovation marine doit être mis en place avec la participation de l'État, des instituts de recherche, des universités, des entreprises, des collectivités locales et des partenaires internationaux.
Les entreprises doivent être impliquées dès la définition des problématiques, la commande de travaux de recherche et le cofinancement, jusqu’à l’expérimentation, la validation et la commercialisation des produits.
Les collectivités côtières doivent également devenir des acteurs à part entière, en faisant émerger les besoins et les problématiques du terrain, en créant des espaces d’expérimentation et en ouvrant des débouchés aux nouvelles technologies.
C’est pourquoi le développement des sciences et technologies marines doit s’accompagner du renforcement des capacités nationales en matière de connaissances, de données, d’infrastructures de recherche, de ressources humaines et de technologies.
L’objectif est de parvenir progressivement à maîtriser les mers et les océans par les sciences, les technologies et l’innovation, tout en créant une dynamique en faveur d’une économie maritime verte, moderne et durable, étroitement liée à la garantie de la souveraineté nationale en mer.