Les solutions de drainage vert, une réponse aux inondations urbaines

Les inondations urbaines constituent un problème de plus en plus préoccupant dans les grandes villes vietnamiennes. Selon les experts, leur prévention doit passer par une action sur la planification urbaine, la gestion de l’eau et le développement de solutions de drainage vert

Photo : Laodong.vn
Photo : Laodong.vn

À Hanoi, les fortes pluies qui se sont prolongées dans la nuit du 16 au matin du 17 septembre ont provoqué des inondations sur plusieurs axes routiers, perturbant la circulation et entraînant des embouteillages en différents points de la ville. Malgré les efforts d’investissement et de gestion engagés, la lutte contre les inondations dans de nombreuses villes reste axée sur des interventions ponctuelles et réactives, sans être pleinement intégrée à la planification urbaine ni aux orientations de développement à long terme.

Selon la professeure associée et docteure Vu Thi Vinh, membre de l’Association vietnamienne de planification et de développement urbains, les causes des inondations tiennent avant tout à la manière dont les villes sont planifiées et organisées. L’occupation des berges des rivières, des ruisseaux, des canaux et des fossés, ainsi que le remblaiement des étangs et des lacs, réduisent les espaces naturels d’écoulement et de stockage de l’eau. Dans le même temps, les infrastructures de drainage ne suivent pas le rythme de l’urbanisation, tandis que la gestion de la construction et de l’utilisation des sols présente encore des insuffisances.

Pour Vu Thi Vinh, la réponse ne peut se limiter à élargir les canalisations, à construire davantage de stations de pompage et de bassins de rétention ou à recourir aux nouvelles technologies. Elle suppose également un changement d’approche : abandonner le principe selon lequel l’eau doit être évacuée le plus rapidement possible au profit d’une gestion des eaux pluviales dès leur point de chute, à l’échelle de l’espace urbain et de l’ensemble du cycle de l’eau.

La planification et la gestion des eaux pluviales en ville constituent ainsi une piste à approfondir. L’eau de pluie ne doit plus être considérée uniquement comme un flux à évacuer rapidement, mais comme une ressource à gérer en fonction des lieux, du temps et des usages. Les toitures, les routes, les places publiques, les parcs, les bassins de rétention, les espaces verts et les zones basses à fonction écologique peuvent tous contribuer à ce système.

Faire de l’eau de pluie un enjeu de planification urbaine

Selon Le Tung Lam, titulaire d’un master et membre du présidium de l’Association vietnamienne de la construction, les textes législatifs considèrent principalement les eaux pluviales comme un flux à évacuer pour limiter les inondations, sans les reconnaître pleinement comme une ressource liée à la structure et à l’organisation de l’espace urbain.

Plusieurs pays ont adopté des approches différentes. En Chine, le programme des « villes éponges » associe des solutions techniques à des mécanismes institutionnels, avec des critères portant sur la capacité des villes à retenir, infiltrer et réguler les eaux pluviales. Cette approche privilégie le contrôle des résultats et laisse aux collectivités la possibilité de choisir les modèles adaptés à leur situation.

À Singapour, la gestion centralisée joue un rôle important. Un organisme unique chargé de la gestion de l’eau urbaine permet d’établir des normes techniques obligatoires et d’intégrer les eaux pluviales à l’aménagement de l’espace urbain. En Australie, la conception urbaine sensible à l’eau est inscrite dans les principes de planification : les projets doivent démontrer leur capacité à maintenir un équilibre hydrique.

Ces expériences mettent en évidence un enjeu institutionnel au Vietnam : au-delà des solutions techniques disponibles, il s’agit de reconnaître les eaux pluviales urbaines comme un objet de gestion et d’utilisation à part entière dans le cadre réglementaire. Une telle approche permettrait de mieux maîtriser les risques d’inondation tout en valorisant les fonctions écologiques, environnementales et économiques de l’eau.

Le drainage vert pour réduire la pression sur les réseaux

Parallèlement à cette évolution de la gestion de l’eau, le développement de systèmes de drainage vert est considéré comme une piste durable pour les villes. Cette approche s’appuie sur les fonctions des écosystèmes naturels et intègre la végétation, les surfaces perméables et les espaces de stockage de l’eau dans la planification urbaine. Elle vise ainsi à réduire la charge des réseaux d’égouts et des stations de pompage, à limiter les inondations, à protéger l’environnement et à renforcer l’adaptation au changement climatique.

Les inondations observées à Hue, Da Nang, Hanoi, Hai Phong et dans d’autres villes illustrent les limites d’un modèle de développement reposant essentiellement sur des infrastructures de drainage conventionnelles. Face à l’intensification des épisodes de pluies extrêmes, la seule extension des réseaux de canalisations risque de ne pas répondre à l’ensemble des besoins.

Le professeur associé et docteur Luu Duc Hai, directeur de l’Institut de recherche sur les villes et le développement des infrastructures, considère le drainage vert comme une approche importante. Au lieu de chercher uniquement à évacuer l’eau, il s’agit de la retenir, de favoriser son infiltration dans le sol et de la répartir sur place, à l’échelle de chaque secteur. Cette méthode permet de réduire la pression sur les canalisations et les stations de pompage, tout en améliorant la capacité des villes à faire face aux fortes pluies.

Pour la mettre en œuvre, il est nécessaire d’intégrer le drainage vert dans la planification urbaine en tant que composante obligatoire, de compléter les normes et les règles techniques relatives à la conception des infrastructures vertes et de lancer des projets pilotes fondés sur des dispositifs décentralisés et à plusieurs niveaux dans les zones les plus exposées aux inondations.

Il convient également de mobiliser les ressources du secteur privé et de la société, de mettre en place des mesures incitatives en faveur des infrastructures vertes, ainsi que de renforcer la communication et la sensibilisation du public au rôle de ces solutions dans la prévention des inondations.

Back to top