Rentrer au Vietnam… c'est rentrer chez soi

Après quatorze ans, je ne me considère plus comme un étranger. Si mes voyages d'affaires dans d'autres pays me laissent un sentiment de solitude, revenir au Vietnam me procure une chaleur réconfortante, semblable à un retour auprès des miens.

Xu Gangzhong (premier à droite) pose pour une photo avec la famille de sa femme. (Photo : Fournie par la personne interviewée)
Xu Gangzhong (premier à droite) pose pour une photo avec la famille de sa femme. (Photo : Fournie par la personne interviewée)

Un après-midi sous le soleil sec du Henan, en Chine, je feuilletais de vieilles photos prises au Vietnam. En quatorze ans, passant du statut de commerçant venu en prospection à celui d'homme accompli, j'ai trouvé le « pont » de ma vie aux côtés de mon épouse originaire de Ben Tre (au sud du Vietnam), au fil de repas empreints d'affection. Pour moi, rentrer au Vietnam, c'est tout simplement rentrer à la maison.

Une union portée par le destin

Je m'appelle Xu Gangzhong, je suis un entrepreneur chinois. En 2010, je suis arrivé à Saïgon. Ayant besoin d'un guide pour visiter des ateliers d'artisanat, j'ai rencontré Dung, qui était alors assistante-interprète. Les multiples déplacements du sud au nord nous ont rapprochés. Point de coup de foudre, mais une empathie profonde qui a germé au fil de nos immersions sur le terrain.

Le jour où je me suis rendu à Ben Tre pour être présenté à ma belle-famille, j'ai dû faire face aux inquiétudes de ses parents. Ils redoutaient qu'un mariage avec un étranger et la barrière de la langue rendent la vie de leur fille difficile. Je les ai convaincus par ma sincérité, et ils m'ont accordé leur confiance. De cette passerelle sont nées une famille, puis une entreprise d'import-export. J'ai alors compris que le pouls de ce pays ne bat pas dans ses gratte-ciel, mais dans la bienveillance et l'ouverture d'esprit de ses habitants si chaleureux.

Ce que je préfère, ce sont les séjours dans le village natal de mon épouse. Délaissant les trajets en voiture de la ville, je m'empare d'une vieille moto d'emprunt pour conduire moi-même. Il faut tourner la poignée d'accélérateur de ses propres mains pour ressentir la brise de la rivière effleurer son visage, et sentir que ce paysage nous appartient véritablement. Flâner sur les petits chemins à l'ombre des cocotiers me procure un sentiment d'extrême sérénité.

Les habitants de Miên Tây (delta du Mékong du Vietnam) sont d'une hospitalité généreuse : ils vous invitent à boire un verre, mais ne forcent jamais la main. Si l'on ne tient pas l'alcool, on opte pour de l'eau de coco. La terre natale de ma femme est un océan verdoyant de cocotiers au jus naturellement doux et rafraîchissant. J'ai le sentiment de m'être pleinement « naturalisé » à la noble bonté de ces riverains.

Le dîner, miroir d'une philosophie de vie

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Xu Gangzhong (premier à gauche), sa femme à côté et leurs amis. (Photo : Fournie par la personne interviewée)

Habitué aux saveurs relevées de ma région du Henan, la cuisine vietnamienne a d'abord été un défi pour moi. J'aime les plats gouteux et épicés, tandis que mon épouse préfère la sobriété culinaire. Ces quatorze années ont été un véritable apprentissage du « compromis ». Ma femme a appris à cuisiner les nouilles chinoises, et j'ai appris à apprécier un bol de bouillon d'os mijoté. Ensemble, nous avons ajusté chaque pincée de sel, chaque touche de piment pour trouver l'équilibre parfait sur notre petite table. Bien plus qu'une question de nourriture, c'est une véritable philosophie d'abnégation pour vivre en harmonie. À Saïgon, j'adore déguster un hủ tiếu ou un phở sur le trottoir. La texture des nouilles y rappelle un peu mon Nord natal, et ces échoppes de rue m'offrent toujours une expérience captivante.

L'aboutissement d'un parcours

Aujourd'hui, faire du commerce est pour moi une manière d’exprimer ma gratitude. Faire découvrir en Chine des baguettes en bois de cocotier, de l'encens de bois d'aigle ou des objets en bois noble ne vise pas seulement le profit : c'est mettre en valeur les fleurons du terroir de mon épouse. Mes clients me font confiance parce qu'ils croient en la sincérité d'un gendre venu s'approvisionner à la source, auprès d'une enfant du pays.

En voyant ma fille Van Hinh vêtue de l'áo dài (robe traditionnelle des femmes vietnamiennes) balbutier ses premiers mots de vietnamien, je sais que la relève est assurée sur ce pont que nous avons bâti. Dans la vie, l'amour donné n'est jamais perdu. Je n'oublierai jamais l'univers de ces menuisiers et de ces agriculteurs de Bến Tre qui m'ont accompagné durant mes premières années d'entrepreneuriat.

Après quatorze ans, je ne me considère plus comme un étranger. Si mes voyages d'affaires dans d'autres pays me laissent un sentiment de solitude, revenir au Vietnam me procure une chaleur réconfortante, semblable à un retour auprès des miens. On y trouve un accueil familial, des sourires authentiques. Le Vietnam n'est pas une simple destination : c'est un havre de paix. Pour moi, rentrer au Vietnam, c'est tout simplement rentrer chez soi.

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