À mesure que les échanges mondiaux se réorganisent autour des exigences environnementales, les normes liées aux émissions, à la traçabilité et à la responsabilité des chaînes d’approvisionnement redéfinissent les règles du jeu.
Le tournant le plus marquant reste l’entrée en vigueur, le 1er janvier 2026, du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) de l’Union européenne. Désormais, les produits importés doivent déclarer leur empreinte carbone et s’acquitter d’un coût équivalent à celui imposé aux producteurs européens. Objectif affiché : lutter contre les « fuites de carbone ». Pour les pays en développement, dont le Vietnam, cette évolution s’apparente toutefois à une nouvelle forme de barrière commerciale.
Selon les autorités, une dizaine de secteurs exportateurs vietnamiens sont concernés, directement ou indirectement. Les industries du ciment, de l’acier, de l’aluminium ou de la chimie figurent en première ligne, tandis que le textile, l’électronique ou l’agroalimentaire sont impactés via leurs chaînes d’approvisionnement.
Cette dynamique dépasse largement le cadre européen. Le Royaume-Uni envisage un dispositif similaire dès 2027, tandis que d’autres économies avancées renforcent leurs exigences en matière de durabilité. Parallèlement, de nouvelles réglementations, telles que les obligations de reporting extra-financier ou de vigilance sur les chaînes d’approvisionnement, imposent une transparence accrue, du sourcing des matières premières aux conditions de production.
Face à ces mutations, la stratégie commerciale du Vietnam évolue. Il ne s’agit plus seulement de maintenir la croissance des exportations, mais de construire une compétitivité durable. Les marchés traditionnels – États-Unis, Union européenne, Chine, Japon – restent prioritaires, mais de nouveaux débouchés émergent au Moyen-Orient, en Asie du Sud, en Afrique ou en Amérique latine, au prix d’une adaptation fine aux contextes locaux.
Nguyen Hoang Thuy, conseillère commerciale du Vietnam en Suède et en Europe du Nord a indiqué que la transition verte apparaît ainsi comme un levier de transformation en profondeur. Elle ne se limite pas au produit final, mais implique une reconfiguration de l’ensemble de la chaîne de valeur : matières premières, procédés de production, logistique. L’objectif est double : répondre aux standards internationaux et sécuriser l’accès aux marchés.
Dans les faits, l’écart entre les ambitions politiques et les capacités des entreprises demeure important. Beaucoup perçoivent encore l’export vert comme une question de certification, alors qu’il s’agit d’un processus global, exigeant des investissements lourds et une vision de long terme. D’autant que, même certifiés, les produits restent soumis à des contrôles stricts sur les marchés développés, avec des risques réputationnels en cas de non-conformité.
Pour y répondre, plusieurs pistes émergent, comme la création de zones d’exportation vertes ou l’élaboration de standards communs avec les partenaires européens. Une approche qui permettrait aux entreprises d’intégrer les exigences dès la conception des produits, plutôt que de s’y adapter a posteriori.
Au-delà des contraintes, l’enjeu est stratégique. Dans un commerce mondial de plus en plus structuré par les critères environnementaux, la capacité à opérer une transition vers des modèles durables conditionnera non seulement l’accès aux marchés, mais aussi la montée en gamme et la compétitivité à long terme de l’économie vietnamienne.