Maîtriser efficacement les sources de pollution atmosphérique

La pollution de l’air, notamment les particules fines PM2,5 dans les grandes villes, constitue un défi croissant pour l’environnement et la santé publique.

La qualité de l'air à Hanoï reste très mauvaise. Photo : NDEL.
La qualité de l'air à Hanoï reste très mauvaise. Photo : NDEL.

Alors que les mécanismes et les politiques publiques sont progressivement renforcés, il est désormais nécessaire de mieux contrôler les sources d’émissions, de renforcer la coordination intersectorielle et interrégionale et de déployer des mesures cohérentes dont les effets sur l’amélioration de la qualité de l’air puissent être mesurés.

La pression de la pollution et les défis de la gestion

Selon Le Hoai Nam, directeur adjoint du Département de l’environnement (ministère de l’Agriculture et de l’Environnement), la pollution atmosphérique au Vietnam se concentre principalement dans les provinces du Nord, et plus particulièrement à Hanoï.

Sur la période 2023-2025, la concentration annuelle moyenne de PM2,5 à Hanoï a oscillé entre 47 et 48 μg/Nm³. Pendant environ un tiers des jours de l’année, les concentrations ont dépassé la limite moyenne sur 24 heures fixée par les normes en vigueur. La pollution s’intensifie généralement entre septembre et avril de l’année suivante.

Il convient de souligner que, selon les résultats de l’inventaire des sources d’émissions à Hanoï, celles-ci rejettent chaque année environ 24 169 tonnes de particules PM2,5, plus de 30 000 tonnes de particules PM10 et plus de 526 000 tonnes de CO2. Ces émissions proviennent non seulement des transports et de l’industrie, mais aussi des activités de construction, du brûlage à l’air libre et des activités domestiques.

Selon un rapport du Service de l’Agriculture et de l’Environnement de Hanoï, les particules secondaires représentent environ 27 % des contributions aux PM2,5, contre 23 % pour les transports, 20 % pour la construction et les poussières routières, 12 % pour le brûlage à l’air libre, 10 % pour l’industrie et 8 % pour les autres sources.

Cette répartition montre que le contrôle des seules émissions des véhicules, sans mesures visant les activités de construction, l’industrie et le brûlage à l’air libre, ne permettra pas d’améliorer pleinement la qualité de l’air.

Au-delà de la dégradation de l’environnement, la pollution atmosphérique a également de graves conséquences sur la santé humaine.

Le Thai Ha, directrice adjointe du Département de la prévention des maladies (ministère de la Santé), indique que la pollution de l’air constitue le troisième facteur de risque de mortalité au Vietnam. Des études nationales ont établi un lien entre l’exposition à la pollution atmosphérique et le risque de maladies respiratoires et cardiovasculaires, d’accidents vasculaires cérébraux, de cancer du poumon, ainsi que certains effets néfastes sur les femmes enceintes et les nouveau-nés.

Il est notamment à noter que certaines études montrent qu’une augmentation de 10 μg/m³ de la concentration de PM2,5 entraîne une hausse de 3,5 à 5,2 % du taux d’hospitalisation des enfants pour pneumonie, bronchite et asthme.

Toutefois, selon Le Thai Ha, les données scientifiques disponibles au Vietnam restent limitées et portent principalement sur quelques grandes villes. Le croisement des données de surveillance de la qualité de l’air avec celles relatives aux hospitalisations et aux maladies demeure insuffisamment coordonné, ce qui limite les capacités d’évaluation des risques et d’alerte précoce auprès de la population.

Selon le docteur Hoang Duong Tung, spécialiste de l’environnement, la pollution atmosphérique présente un caractère interrégional et interprovincial, alors que sa gestion reste essentiellement organisée par secteur et selon les limites administratives.

Les grandes villes comme Hanoï subissent à la fois les effets des émissions produites sur leur territoire et ceux des sources de pollution provenant des zones voisines. Il est donc nécessaire de mettre en place des mécanismes de coordination interprovinciale et intersectorielle fondés sur les données, afin d’assurer une cohérence entre le périmètre de gestion et l’espace réel de propagation de la pollution.

Le système de données doit être organisé de manière à ne pas servir uniquement à surveiller et à évaluer la situation actuelle, mais aussi à faciliter les prévisions, l’identification des sources de pollution, la coordination des mesures de contrôle et l’évaluation de l’efficacité de la mise en œuvre des politiques. Il s’agit d’une condition essentielle pour remédier à la situation dans laquelle chaque localité applique des mesures isolées, alors que la pollution peut se propager sur un vaste territoire.

Des solutions coordonnées pour améliorer l’efficacité de la mise en œuvre

L’expérience internationale montre que l’application soutenue de mesures coordonnées peut produire des résultats significatifs.

Li Li, représentante du Service de l’écologie et de l’environnement de la ville de Pékin (Chine), indique qu’entre 2013 et 2025, la concentration annuelle moyenne de particules PM2,5 à Pékin a diminué de 69,8 %, pour s’établir à 27 μg/m³. Le nombre de jours où la qualité de l’air a respecté les normes est passé de 176 à 311, tandis que celui des jours de forte pollution a chuté de 58 à un seul.

Ces résultats ont été obtenus grâce à la mise en œuvre simultanée de mesures portant sur la restructuration du mix énergétique, le contrôle des émissions des transports, la modernisation des technologies industrielles, la réduction des poussières et le renforcement de la coordination entre Pékin et les localités voisines. La ville accorde également une attention particulière aux réseaux de surveillance, à l’analyse des sources d’émissions et au contrôle de l’application de la législation environnementale.

Évoquant l’expérience du contrôle des émissions liées aux transports, Ai Yi, chef de la Section de gestion des émissions des véhicules au sein du Service de l’écologie et de l’environnement de Pékin, indique qu’en une vingtaine d’années, le nombre de véhicules dans la capitale chinoise a augmenté de 600 %, tandis que la quantité de polluants émis par ces derniers a diminué de 80 %.

Parmi les mesures adoptées figurent le relèvement progressif des normes d’émissions, le contrôle de la qualité des carburants, le renforcement des inspections des véhicules en circulation et la surveillance des poids lourds diesel.

À Hanoï, la mise en place expérimentale d’une zone à faibles émissions devrait contribuer à maîtriser l’une des principales sources de pollution.

Le Thanh Thuy, cheffe adjointe de la Section de gestion de l’environnement au Service de l’Agriculture et de l’Environnement, indique que la ville a lancé, le 1er juillet 2026, une expérimentation dans le quartier de Hoàn Kiếm, à l’intérieur de la première ceinture périphérique. Parallèlement, elle met en œuvre des mesures en faveur des transports publics propres, des infrastructures de recharge, de l’organisation de la circulation et de la surveillance de la qualité de l’air.

Ainsi, toutes les lignes de bus desservant la zone expérimentale sont exploitées avec des véhicules propres. Les 45 lignes de bus circulant à l’intérieur de la première ceinture périphérique sont gratuites jusqu’à fin juin 2027. La ville a également installé six capteurs et déployé un véhicule de surveillance automatique pour suivre la situation dans cette zone.

Toutefois, l’évaluation de l’impact de la zone à faibles émissions doit se poursuivre sur la base des données de surveillance de la qualité de l’air, de la circulation et d’autres facteurs connexes. Elle doit également s’accompagner de mesures de contrôle des poussières liées à la construction, du brûlage à l’air libre et des sources d’émissions provenant des régions voisines.

Selon Le Hoai Nam, les autorités élaborent actuellement un règlement de coordination pour la gestion interrégionale et interprovinciale de la qualité de l’air dans les provinces du Nord. Elles accompagnent également les collectivités locales dans l’élaboration et la révision de leurs plans de gestion de la qualité de l’air, en définissant des objectifs et des indicateurs précis assortis de responsabilités clairement établies pour leur mise en œuvre.

L’une des priorités consiste à réaliser un inventaire exhaustif des sources d’émissions, à constituer une base de données unifiée, à poursuivre l’extension du réseau de surveillance et à moderniser les systèmes de prévision et d’alerte sur la qualité de l’air. Le recours à l’intelligence artificielle et aux technologies numériques, ainsi que l’interconnexion des données entre les organismes de gestion, devraient renforcer les capacités de prévision et permettre aux collectivités locales de prendre des mesures préventives lorsque des risques de pollution grave apparaissent.

Dans le secteur des transports, Nguyen Dong Phong, chef de la Section des véhicules routiers au sein du Registre vietnamien (ministère de la Construction), indique que les voitures, les motos et les cyclomoteurs constituent des sources importantes d’émissions dans les zones urbaines. Le niveau de ces émissions dépend du nombre et du type de véhicules, de leur ancienneté, des normes antipollution, de la qualité des carburants et des conditions d’utilisation.

Le Vietnam adopte progressivement des normes d’émissions plus strictes et prépare parallèlement la mise en place, à partir du 1er juillet 2027, du contrôle des émissions des motos et des cyclomoteurs à Hanoï et à Hô Chi Minh-Ville, avant une extension progressive du dispositif selon un calendrier défini.

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