Peu de pays disposent d’un modèle de solidarité interreligieuse comme celui du Vietnam

Des formations organisées dans des mosquées avec la participation de dignitaires bouddhistes, des cuisines solidaires durant la pandémie de COVID-19 ou encore des programmes d’accompagnement des patients atteints du VIH/sida à Huê illustrent la solidarité et la coopération interreligieuses au Vietnam.

Nguyen Van Thanh, membre du Présidium et chef de la Commission des affaires ethniques et religieuses relevant du Comité central du Front de la Patrie du Vietnam. Photo : thoidai.com.vn
Nguyen Van Thanh, membre du Présidium et chef de la Commission des affaires ethniques et religieuses relevant du Comité central du Front de la Patrie du Vietnam. Photo : thoidai.com.vn

M. Nguyen Van Thanh, membre du Présidium et chef de la Commission des affaires ethniques et religieuses relevant du Comité central du Front de la Patrie du Vietnam (FPV), est revenu sur les modèles de coopération entre communautés religieuses, le rôle du Front dans le renforcement de la solidarité confessionnelle ainsi que sur les défis posés par une société urbaine de plus en plus diversifiée.

À partir de votre expérience de terrain, qu’est-ce qui vous impressionne le plus dans les liens entre les communautés religieuses au Vietnam aujourd’hui ?

- Puisant dans une longue tradition et grâce au rôle d’orientation, de rassemblement et d’unité assuré par le Front, le Vietnam a vu naître de nombreux modèles de solidarité interreligieuse que peu de pays dans le monde possèdent. Parmi les exemples les plus marquants :

À Hue, des dignitaires catholiques et bouddhistes ont élaboré ensemble un programme d’action destiné à accompagner et soutenir les patients atteints du VIH/sida en phase terminale à l’Hôpital central de Hue (au Centre du Vietnam).

Ces activités d’assistance sont menées à l’hôpital mais également au sein des communautés et des familles touchées par le VIH/sida, contribuant ainsi à réduire la stigmatisation et les discriminations.

Pendant la pandémie de COVID-19, de nombreux établissements bouddhistes ont fourni chaque jour entre 10 000 et 15 000 repas gratuits aux habitants, aux centres de quarantaine et aux hôpitaux de campagne.

À partir de ces initiatives humaines et concrètes, la Conférence épiscopale du Vietnam ainsi que l’Archidiocèse de Hô Chi Minh-Ville ont apporté un soutien financier afin d’aider les pagodes à maintenir ces cuisines communautaires durant la période de lutte contre l’épidémie.

Durant cette même période, de nombreux dignitaires bouddhistes ont mobilisé des ressources pour organiser des milliers, voire des centaines de milliers de repas et de colis gratuits.

Une partie de ces ressources a été transférée aux communautés musulmanes et protestantes afin que les dignitaires musulmans et les pasteurs puissent poursuivre l’aide aux habitants dans leurs localités et communautés religieuses.

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Cérémonie de signature du programme de coopération pour la protection de l’environnement entre le Comité permanent du Comité central du Front de la Patrie du Vietnam, le ministère des Ressources naturelles et de l’Environnement (devenu aujourd’hui le ministère de l’Agriculture et de l’Environnement) et 43 organisations religieuses, en novembre 2022 à Hô Chi Minh-Ville. Photo : VGP.

À l’occasion du Nouvel An lunaire, lors d’une visite aux dignitaires bouddhistes et musulmans, la communauté musulmane nous a fait part des difficultés rencontrées par de nombreuses familles de fidèles défavorisées, alors que les ressources de soutien demeuraient limitées.

Après avoir relayé cette situation auprès des dirigeants de l’Église bouddhique du Vietnam, un Vénérable, vice-président du Conseil exécutif de l’Église bouddhique du Vietnam, a spontanément proposé une aide de plusieurs centaines de millions de dongs afin de permettre à la communauté musulmane de soutenir davantage les familles en difficulté et les familles bénéficiaires de politiques sociales à l’occasion du Têt.

Certaines formations destinées à la communauté musulmane ont même été organisées directement dans des mosquées, avec la participation de vénérables, bonzes et religieuses bouddhistes venus partager leurs expériences dans les domaines de l’action sociale et de la protection de l’environnement.

Certains programmes bénéficient également d’un soutien matériel de la communauté bouddhiste afin de maintenir des activités de solidarité sociale au profit d’autres responsables religieux.

Ces exemples montrent qu’au Vietnam, de nombreuses initiatives de coopération et de partage d’expériences se sont développées entre dignitaires et organisations religieuses dans les domaines de l’action sociale, de la charité humanitaire, de la protection de l’environnement et de la lutte contre le changement climatique.

Comment le rôle du Front dans le rapprochement des communautés religieuses se manifeste-t-il concrètement ?

Le Front de la Patrie du Vietnam constitue la maison commune de la grande union nationale, chargée de rassembler et de consolider cette unité, y compris parmi les croyants des différentes religions.

Dans le cadre de ses activités, de nombreuses aspirations, propositions et préoccupations des organisations et personnalités religieuses sont généralement adressées en premier lieu au Front. Celui-ci les synthétise ensuite avant de les transmettre aux autorités compétentes pour examen et règlement.

Dans de nombreuses localités, les cadres du Front au niveau de base rencontrent régulièrement les dignitaires, responsables religieux et fidèles afin de mieux comprendre la situation réelle, d’écouter les difficultés liées à la pratique religieuse et d’accompagner les religions dans leurs activités conformément à la loi.

Au niveau central, le FPV a organisé de nombreuses conférences de dialogue thématique avec les organisations religieuses.

Certaines rencontres ont eu lieu directement entre le Présidium du Comité central du FPV et des diocèses catholiques, des séminaires, des établissements d’enseignement professionnel catholiques ; avec le Conseil de validation et le Conseil exécutif de l’Église bouddhique du Vietnam ; avec le Comité exécutif central de l’Église bouddhiste Hòa Hảo ou encore avec des organisations caodaïstes.

À travers ces échanges, le Front recueille les aspirations et propositions légitimes relatives aux activités religieuses ainsi qu’aux questions sociales afin de les transmettre aux autorités compétentes.

Par ailleurs, le Front participe aux activités de supervision et de critique sociale concernant les politiques relatives aux croyances et aux religions ; il collabore également avec les organismes compétents pour tirer les enseignements de la pratique et proposer des ajustements juridiques adaptés à la nouvelle situation.

Ces dernières années, quelles actions concrètes le Front a-t-il menées pour accompagner les organisations religieuses ?

La ligne directrice constante du Parti et de l’État consiste à valoriser les valeurs culturelles, morales positives ainsi que les ressources des religions au service d’un développement durable du pays.

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Échanges et partage d’expériences en matière d’action sociale entre dignitaires bouddhistes et responsables religieux musulmans. Photo fournie par la Commission des affaires ethniques et religieuses.

Dans cette optique, le FPV a coopéré avec les organismes compétents et les religions pour mettre en œuvre de nombreux programmes dans les domaines de la protection sociale, de l’aide aux victimes de catastrophes naturelles et d’inondations, de la protection de l’environnement, de la lutte contre le changement climatique, de la santé communautaire et du soutien aux personnes vulnérables.

Par exemple, le FPV a coordonné avec le ministère des Ressources naturelles et de l’Environnement (devenu aujourd’hui le ministère de l’Agriculture et de l’Environnement) la signature d’un programme de coopération avec 43 organisations religieuses visant à promouvoir le rôle des religions dans la protection de l’environnement et la lutte contre le changement climatique.

À partir de ce programme national, des modèles de coopération ont été déployés dans de nombreuses localités grâce à des accords conclus entre le Front, les services de l’environnement et les organisations religieuses aux niveaux provincial et districal.

Chaque année, les parties se réunissent afin d’évaluer les résultats obtenus, d’échanger leurs expériences, d’examiner les difficultés rencontrées et de définir les axes de coopération pour la période suivante, tout en récompensant les organisations et personnalités religieuses ayant apporté des contributions remarquables.

Grâce à ces programmes, de nombreux modèles liés à la construction de la nouvelle ruralité, des villes civilisées, à la résorption des logements précaires, à la protection de l’environnement, à la lutte contre le changement climatique, à l’aide aux pauvres, à l’accompagnement des personnes âgées isolées, des enfants en difficulté ou encore au soutien aux populations touchées par les catastrophes naturelles et les épidémies ont vu le jour à l’échelle locale.

Ces activités communes favorisent également une meilleure compréhension et un rapprochement accru entre organisations et dignitaires religieux au sein du grand bloc d’union nationale.

Dans un contexte urbain de plus en plus diversifié sur les plans culturel et religieux, que faut-il faire, selon vous, pour renforcer davantage la cohésion entre les communautés ?

Il convient tout d’abord de poursuivre l’amélioration du système de politiques et de lois relatives aux croyances et aux religions afin de créer des conditions plus favorables permettant aux organisations religieuses d’exercer leurs activités conformément à la loi et de mieux valoriser leur rôle dans la société.

Outre la Loi sur les croyances et les religions, récemment amendée lors de la première session de l’Assemblée nationale de la XVIe législature, de nombreux domaines doivent encore être davantage institutionnalisés afin de promouvoir les valeurs culturelles et morales positives ainsi que les ressources des religions dans le développement durable du pays, conformément à la Directive n°18-CT/TW du Bureau politique sur le travail religieux dans la nouvelle situation et aux documents des XIIIe et XIVe congrès du Parti.

Par exemple, si l’on souhaite renforcer le rôle des religions dans la socialisation de l’éducation, de la santé, de la formation professionnelle ou des soins communautaires, il est nécessaire de poursuivre la révision et l’amélioration des dispositions concernées dans la Loi sur l’éducation, la Loi sur l’examen et le traitement médicaux, la Loi sur la formation professionnelle ainsi que dans d’autres textes juridiques. Avec un cadre juridique approprié, les organisations religieuses disposeront de conditions plus favorables pour contribuer à la société.

Par ailleurs, le FPV continuera d’intensifier les rencontres et dialogues périodiques avec les religions.

À travers ces forums, le Front recueille les aspirations et propositions légitimes des dignitaires, responsables religieux et fidèles afin de coopérer avec les autorités compétentes pour leur examen et leur règlement.

À l’avenir, outre les rencontres générales, le Front renforcera également les dialogues thématiques, par domaine spécifique ou par religion, afin de permettre aux différentes parties de partager initiatives, expériences et solutions relatives aux questions de protection sociale et d’action humanitaire dans lesquelles les religions sont directement engagées et disposent d’atouts particuliers.

Une autre orientation importante consiste à poursuivre la signature de programmes et de plans d’action destinés à développer et multiplier les modèles de coopération efficaces entre le Front et les religions.

L’expérience montre que lorsque des programmes concrets sont mis en place, avec une répartition claire des responsabilités entre le Front, les autorités publiques et les parties concernées, les résultats sont particulièrement tangibles.

Les programmes de coopération actuels couvrent déjà de nombreux domaines tels que la protection de l’environnement, la lutte contre le changement climatique, la construction de la nouvelle ruralité, les villes civilisées, l’aide aux pauvres, l’élimination des logements précaires, l’accompagnement des orphelins et des personnes âgées isolées.

Grâce à ces initiatives, de nombreux modèles exemplaires ainsi que des organisations et personnalités religieuses remarquables ont été distingués et largement valorisés.

À mon sens, l’essentiel est de mettre en place des mécanismes de coopération concrets permettant à toutes les parties de participer, de partager les responsabilités et de mobiliser les ressources au service d’objectifs communs.

Pour le mandat 2026-2031, le FPV poursuivra la mise en œuvre de la conclusion récemment publiée par le Présidium du Comité central du FPV concernant le renouvellement du contenu et des méthodes d’action du FPV et des organisations sociopolitiques dans le travail lié aux croyances et aux religions dans la nouvelle période.

Dans les années à venir, le FPV renforcera les forums de dialogue thématique afin de favoriser les échanges d’informations, de permettre aux religions de partager leurs expériences, d’accroître leur compréhension mutuelle et de renforcer leur coopération dans les activités sociales et la solidarité communautaire.

Dans un contexte d’intégration internationale toujours plus profonde, le rôle des religions dans la diplomatie populaire gagne également en importance.

Ce domaine continuera d’être l’une des priorités du FPV dans les années à venir.

Merci beaucoup, Monsieur !

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