Un potentiel vert considérable
Au cœur de la dynamique économique tournée vers la mer, Ca Mau érige la protection et le développement des forêts en mission prioritaire.
Les forêts de mangroves s'agrippent avec ténacité pour stabiliser le littoral, tandis que les forêts inondées d'U Minh dressent leurs jeunes pousses vers la lumière. Sous ce couvert végétal s'épanouit un écosystème forestier remarquable et d'une grande richesse, incarnant la valeur patrimoniale propre à la pointe extrême Sud du pays.
Selon le Rapport sur l'état des forêts 2025 établi par le Comité populaire de la province de Cà Mau, la superficie totale boisée sur le territoire provincial atteint 95 251,43 hectares, soit un taux de couverture de 12,08 %.
Les essences dominantes, telles que les palétuviers, les mélaleucas ou les nypas, font preuve d'une vitalité à toute épreuve, parfaitement adaptée aux conditions rigoureuses du milieu littoral. Véritables « sentinelles vertes », ces arbres dont le système racinaire s'enfonce profondément dans la vase contribuent à fixer les sols, à retenir les alluvions, à protéger le trait de côte et à façonner un écosystème de haute valeur environnementale.
Ces étendues verdoyantes de mangroves ne se contentent pas de prémunir la terre australe contre les assauts des éléments : elles constituent également une ressource écologique durable au service des générations futures.
Selon Pham Van Muoi, directeur adjoint du Service provincial de l'Agriculture et de l'Environnement, Ca Mau dispose de plus de 310 km de côtes, majoritairement bordées par des bandes forestières endémiques.
Ces dernières années, parallèlement à la régénération naturelle, la province a déployé de nombreux projets de reboisement protecteur et de forêts de production côtières, représentant une superficie globale d'environ 82 000 hectares. Néanmoins, les forêts inondées et les écosystèmes littoraux subissent de plein fouet les impacts directs du changement climatique.
Sur l'ensemble du littoral, près de 140 km de côtes sont confrontés à une érosion fréquente ; l'élévation du niveau de la mer entraîne quant à elle des variations de la surface forestière plantée. Cette situation pose un défi de taille pour la protection des forêts, tout en rendant ardue l'évaluation précise du stock et du potentiel d'exploitation des crédits carbone.
Cà Mau compte aujourd'hui deux parcs nationaux, U Minh Ha et Mui Ca Mau, s'étendant sur une superficie cumulée de plus de 50 000 hectares, dont environ 10 000 hectares de forêts primaires, qui représentent près de 80 % du patrimoine forestier primaire de la province.
D'après les premières estimations du Service de l'Agriculture et de l'Environnement, le stock total de carbone emmagasiné dans le couvert forestier de Ca Mau est évalué à environ 4,83 millions de tonnes. Une fois rigoureusement identifié, mesuré et converti selon les mécanismes de crédits carbone, ce volume pourrait constituer une ressource économique considérable.
Cette estimation ne prend pas encore en compte la quantité de carbone piégée dans la couche de tourbe des écosystèmes de zones humides. Valoriser le potentiel carbone des forêts et des zones humides permettra non seulement d'ouvrir de nouvelles marges de manœuvre financières pour la localité, mais contribuera également à la concrétisation de l'engagement national du Viêt Nam d'atteindre la neutralité carbone (« Net Zero »).
Surmonter les contraintes opérationnelles de mise en œuvre
À l'instar de nombreuses autres collectivités, Cà Mau est actuellement engagée dans un processus de revue des politiques, de consultations institutionnelles et de préparation technique en vue de l'élaboration et de l'enregistrement de projets de carbone forestier.
Selon Pham Van Muoi, à la suite de la promulgation par le gouvernement du décret no 180/2026/NĐ-CP du 21 mai 2026 régissant les services de séquestration et de stockage du carbone par les forêts, la province de Cà Mau a finalisé sa base de données initiale au service de la gestion publique et de l'évaluation du potentiel carbone forestier.
Par ailleurs, plusieurs entreprises et organisations, nationales et internationales, ont manifesté leur intérêt et souhaité entrer en contact avec les autorités d'encadrement afin d'effectuer des prospections et d'évaluer le potentiel carbone de la région.
Toutefois, aucune entreprise n'a encore été en mesure de concrétiser un projet précis et viable à ce jour, en raison de blocages d'ordre réglementaire et de l'absence de directives d'application claires.
« Il s'agit d'un domaine très novateur, et Cà Mau, tout comme la majeure partie des provinces du pays, se heurte à des verrous opérationnels lors du passage à l'action. Le cadre réglementaire relatif au carbone forestier comporte encore de nombreuses zones d'ombre pour les autorités locales, qui nécessitent l'accompagnement et l'expertise d'organismes spécialisés et de cabinets de conseil. En particulier, nous appelons de nos vœux un appui technique pour le montage d'un projet pilote expérimental, étape préalable indispensable pour sélectionner les normes carbone les plus adaptées », a préconisé Pham Van Muoi.
La particularité des mangroves de Cà Mau réside dans le fait que la majeure partie de leur superficie est issue de reboisements, exploitée à petite échelle et attribuée sous forme de concessions à des ménages locaux. Cette configuration complexifie la tâche de la province en matière de vérification, de standardisation des données, d'établissement des niveaux de référence et de suivi de la dynamique forestière.
Par ailleurs, les procédures de mesure et d'évaluation exigent un temps considérable, auxquelles s'ajoutent des coûts élevés d'enquête, d'élaboration des dossiers, de vérification et de certification des projets. Ces facteurs ont ainsi freiné la finalisation du cadre politique relatif au carbone forestier à Ca Mau, l'empêchant d'atteindre le rythme escompté.
Pham Thu Thuy, experte auprès du Centre de recherche forestière internationale (CIFOR), souligne également que le manque de clarté de certaines orientations politiques constitue l'un des principaux obstacles pour la localité.
Néanmoins, ces lenteurs s'expliquent aussi par l'exigence de se conformer aux normes strictes du marché international du carbone. Bien que cette rigueur ralentisse la mise en œuvre locale, elle demeure une étape indispensable pour intégrer le carbone forestier sur le marché mondial.
Les difficultés rencontrées dans la mise en place des projets de crédits carbone forestiers à Ca Mau montrent que la définition des droits de gestion et d'exploitation de ces crédits doit être étroitement liée à l'origine de la forêt, à sa typologie, au statut du propriétaire foncier ainsi qu'à la provenance des investissements.
De plus, le mécanisme de redistribution et de partage des bénéfices doit garantir un équilibre harmonieux entre les intérêts de l'État, des propriétaires forestiers, des ménages concessionnaires, des communautés locales et des autres parties prenantes.
Il s'agit là de volets essentiels que les autorités compétentes doivent approfondir afin de parfaire les politiques publiques et d'élaborer des mécanismes concrets et réalisables. L'objectif est d'assurer une exécution uniforme et transparente, tout en prévenant les risques de litiges ou de chevauchement de droits et d'intérêts entre les acteurs concernés.