En mettant en œuvre la Résolution no 20-NQ/TW du Comité central, adoptée le 28 juillet 2026, le Vietnam entend devenir une grande nation maritime et développer une aquaculture marine de haute technologie. Une stratégie qui pourrait lui permettre de mieux valoriser ses ressources marines et de renforcer sa compétitivité régionale et internationale.
La transformation des zones maritimes profondes et éloignées en nouveaux espaces de développement dépendra certes des avantages naturels du pays, mais surtout de la qualité de ses institutions, de sa gouvernance, de sa maîtrise technologique et de la participation des entreprises.
Réveiller le potentiel maritime grâce aux hautes technologies
Après une demi-heure de bateau depuis la côte, d’immenses cages en polyéthylène haute densité, ou HDPE, apparaissent sur les eaux de la baie de Van Phong, dans la province de Khanh Hoa.
Elles appartiennent à Australis Aquaculture Vietnam, l’un des principaux producteurs et exportateurs mondiaux de bar asiatique, avec une production annuelle dépassant 12 000 tonnes.
Contrairement aux installations traditionnelles proches du littoral, les cages sont placées dans des eaux profondes, caractérisées par de forts courants et un environnement marin plus stable. Conçues selon des normes technologiques modernes, elles peuvent résister à des typhons de force 12. Leurs filets descendent à une profondeur de 14 à 15 mètres, afin de favoriser la croissance des poissons et de limiter les effets sur l’environnement.
Le centre de contrôle se trouve dans les bureaux aménagés à bord d’une barge en acier. Des dizaines d’écrans permettent de piloter l’ensemble de l’exploitation.
Philip Bodington, directeur de la production de l’entreprise, explique que les techniciens suivent en temps réel la température de l’eau, la qualité du milieu et l’état sanitaire des poissons. Des caméras à 360 degrés immergées dans les cages observent leurs déplacements, leur poids et leur comportement.
L’intelligence artificielle ajuste ensuite la quantité de nourriture distribuée, la vitesse et les horaires d’alimentation. Grâce à cette automatisation, un seul technicien peut superviser l’ensemble des cages de la ferme.
« L’aquaculture terrestre atteindra progressivement ses limites et l’élevage en mer deviendra une évolution inévitable », estime Philip Bodington. Selon lui, les conditions maritimes favorables, l’expérience du Vietnam dans le secteur halieutique et la qualification de sa main-d’œuvre pourraient permettre au pays de devenir l’un des leaders mondiaux de l’aquaculture marine durable.
Après la réorganisation administrative, Khanh Hoa dispose de près de 500 kilomètres de côtes et de baies réputées, parmi lesquelles Nha Trang, Cam Ranh et Van Phong. La province bénéficie ainsi d’atouts dans le tourisme, les produits de la mer, les activités portuaires et les sciences marines.
Son conseil populaire a récemment adopté une enveloppe de près de 60 milliards de dôngs destinée à aider les exploitants à remplacer les anciennes cages par des équipements de haute technologie.
Exploiter plusieurs usages d’un même espace maritime
STP Group développe également l’automatisation appliquée à l’aquaculture, notamment les systèmes d’alimentation intelligents et les robots de nettoyage des filets. Avec la coopérative Phat Co, l’entreprise a créé à Quang Ninh une ferme aquacole associée à des activités touristiques.
Sa directrice générale, Nguyen Thi Hai Binh, estime que le développement de l’aquaculture doit s’inscrire dans une organisation « à plusieurs niveaux » de l’espace maritime et s’appuyer sur les sciences et les technologies.
Un même territoire marin pourrait ainsi accueillir des élevages, des activités écotouristiques, des programmes de recherche, des actions d’éducation à l’environnement et des moyens de subsistance durables pour les communautés locales.
Correctement planifiée, une même surface maritime pourrait donc produire plusieurs catégories de valeur économique, sociale et environnementale.
Les cages modernes de Van Phong et la ferme associant aquaculture et tourisme sur l’île de Phat Co pourraient servir de références au développement futur de l’aquaculture marine vietnamienne.
Lever les obstacles institutionnels
Le bilan de l’application de la loi de 2015 sur les ressources et l’environnement marins et insulaires montre que plusieurs dispositions ont amélioré la gestion intégrée des ressources et la protection des milieux marins.
La nouvelle phase de développement du pays et ses ambitions de croissance maritime ont cependant révélé des obstacles réglementaires qui doivent désormais être levés.
Le 7 août 2026, le gouvernement a adopté la Résolution no 218/NQ-CP, qui définit le programme d’action destiné à mettre en œuvre la Résolution no 20-NQ/TW. Ce programme fixe neuf groupes de missions prioritaires pour la période 2026-2030, avec une vision à l’horizon 2045.
Il doit servir de cadre aux plans élaborés par les ministères, les secteurs économiques et les collectivités territoriales. La réforme institutionnelle et la modernisation de la planification de l’espace maritime national figurent parmi ses principales priorités.
Pour Nguyen Huu Dung, président de l’Association vietnamienne de l’aquaculture marine, l’océan représente le « dernier champ disponible » à mesure que les possibilités d’élevage aquatique terrestre diminuent.
Le potentiel maritime du Vietnam reste pourtant sous-exploité. Les difficultés ne concernent pas uniquement les technologies utilisées dans les cages, mais aussi l’organisation de la production.
Les règles d’attribution des zones maritimes doivent être plus claires et plus stables, estime Nguyen Huu Dung. Les particuliers, les coopératives et les entreprises ont besoin d’un cadre juridique solide et durable pour investir dans des cages modernes, des systèmes de surveillance, les alevins, l’alimentation et la logistique.
L’aquaculture hauturière exigeant des investissements importants et restant exposée aux catastrophes naturelles, l’accès au crédit de long terme et la création de mécanismes d’assurance sont également jugés essentiels.
Vers une gestion intégrée de l’espace marin
L’Administration vietnamienne des mers et des îles est chargée de préparer la révision de la loi sur les ressources et l’environnement marins et insulaires. Le futur texte doit traduire dans le droit les grandes orientations de la Résolution no 20-NQ/TW.
Son directeur, Nguyen Quoc Toan, souligne que la mer ne constitue pas seulement une source de matières premières, mais un espace stratégique pour le développement national. Elle doit donc faire l’objet d’une gestion cohérente, moderne et durable.
Les nouvelles politiques devraient bénéficier à la plupart des secteurs de l’économie maritime, notamment aux activités exigeant un accès stable et durable à l’espace marin ainsi que des investissements élevés, comme l’aquaculture industrielle.
La clarification des droits d’utilisation, associée à des mécanismes incitatifs, pourrait encourager les entreprises à investir sur le long terme, à adopter des technologies avancées et à mobiliser davantage de capitaux privés.
La réforme doit surtout permettre de passer d’une exploitation fragmentée, organisée secteur par secteur, à une gestion intégrée de l’espace maritime. Une meilleure articulation entre l’aquaculture, le tourisme, les ports et l’énergie pourrait alors faire émerger de nouvelles chaînes de valeur capables de rivaliser sur les marchés internationaux.