Le Premier ministre vient de promulguer la Décision no 26/2026/QĐ-TTg portant sur le référentiel de critères et la procédure d’évaluation et de classement des produits du programme « Une commune, un produit » (OCOP). Fait notable, les services de tourisme communautaire, de tourisme écologique et les sites touristiques demeurent l’un des six groupes de produits soumis à l’évaluation.
Il s’agit d’une opportunité pour normaliser la qualité des services et donner un nouvel élan au développement des destinations de tourisme communautaire dans une perspective plus professionnelle, durable et riche en identité culturelle.
Normaliser le tourisme communautaire
Selon le ministère de l’Agriculture et de l’Environnement, le Vietnam compte actuellement plus de 600 modèles de tourisme agricole et rural. Pourtant, un peu plus de 200 produits OCOP relevant des services de tourisme communautaire et des sites touristiques ont obtenu une reconnaissance de 3 étoiles ou plus.
Ce chiffre montre d’une part l’important potentiel d’amélioration des produits et d’élargissement du réseau des destinations répondant aux normes OCOP ; d’autre part, il reflète la réalité de nombreux modèles développés de manière spontanée, sans véritable identité de marque et avec une qualité de service inégale, ce qui limite leur accès au marché malgré des ressources touristiques avantageuses.
Dans ce contexte, l’adoption d’un référentiel de classement des produits OCOP est considérée comme une étape stratégique obligeant les collectivités locales et les destinations à réexaminer et à perfectionner l’ensemble de leur chaîne de valeur en matière de qualité de service.
La Décision no 26/2026/QĐ-TTg stipule que les produits OCOP doivent être des produits typiques et distinctifs, d’origine locale, fabriqués selon des normes associées aux valeurs culturelles traditionnelles, garantissant la sécurité alimentaire, la protection de l’environnement et la responsabilité sociale, tout en s’orientant vers un développement vert et durable.
Le système d’évaluation et de classement des produits comprend trois groupes de critères, pour un total maximal de 100 points, dont le groupe de critères relatifs au produit et à la force de la communauté représente 40 points, celui relatif à la capacité de commercialisation 25 points, et celui portant sur la qualité du produit 35 points.
Les produits obtenant entre 90 et 100 points sont classés OCOP 5 étoiles ; entre 70 et moins de 90 points, 4 étoiles ; entre 50 et moins de 70 points, 3 étoiles.
Ainsi, pour être reconnu OCOP, un site touristique ne peut plus se contenter d’un paysage attrayant ou de ressources naturelles remarquables. Il doit démontrer sa capacité de gestion, de commercialisation et sa conformité aux exigences de qualité et de service, avec la participation active de la communauté dans une logique de développement durable.
Pham Hai Quynh, directeur de l’Institut asiatique de développement du tourisme, estime que le système de critères OCOP joue le rôle d’un véritable « cadre » de gestion de la qualité. Appliqué au tourisme, ce cadre oblige les opérateurs à améliorer les infrastructures, former le personnel et perfectionner les processus d’exploitation afin de répondre à des normes exigeantes, mettant ainsi fin au développement fragmenté.
L’obtention d’un classement OCOP permet également à une destination de bénéficier d’une reconnaissance crédible, renforçant la confiance des touristes vietnamiens et étrangers. Elle contribue à repositionner la destination, en passant de la simple vente de services à la valorisation d’une expérience culturelle professionnelle.
Lorsqu’un site touristique devient un produit OCOP emblématique de sa localité, il peut être prioritaire dans les programmes de promotion commerciale et touristique à l’échelle nationale et accéder plus facilement aux politiques de soutien en matière de financement et d’infrastructures. Cela crée une chaîne de valeur durable et encourage la préservation du patrimoine culturel comme ressource touristique génératrice de revenus.
La décision prévoit également le retrait de la certification si le produit OCOP ne satisfait plus aux critères requis. Cette disposition oblige les gestionnaires des destinations touristiques à assurer un contrôle permanent et à maintenir l’amélioration continue de la qualité des services afin de préserver leur réputation et leur classement.
Construire un écosystème d’expériences
L’exemple de plusieurs modèles touristiques réussis, tels que Ban Lac (Phu Tho), le village maraîcher de Tra Que (Da Nang), le village culturel de Thai Hai (Thai Nguyen) ou Sin Suoi Ho (Lai Chau), montre que l’orientation OCOP a favorisé la création de liens entre tourisme, agriculture et culture.
Cette synergie génère une valeur globale qui améliore la productivité, augmente la valeur des produits agricoles et contribue aux objectifs de développement des nouvelles zones rurales.
Toutefois, toutes les destinations labellisées OCOP ne parviennent pas automatiquement à attirer les visiteurs. Selon Vu Van Tuyen, spécialiste du tourisme communautaire et directeur de l’agence Travelogy Vietnam, les touristes d’aujourd’hui ne recherchent plus un simple site à visiter, mais une expérience complète. Un produit, même classé OCOP ne peut donc se développer pleinement s’il manque de connectivité.
Les destinations doivent renforcer les liens interrégionaux et coopérer avec les agences de voyage afin de proposer des itinéraires cohérents et attractifs, en mettant en valeur leur « ADN local » pour raconter une histoire singulière et affirmer leur avantage concurrentiel.
D’après Pham Hai Quynh, les modèles OCOP les plus performants ont en commun leur capacité à « localiser » l’expérience touristique. Certains villages culturels des régions montagneuses du Nord ont ainsi transformé la vie quotidienne, l’architecture et les traditions des habitants en expériences immersives pour les visiteurs.
Dans plusieurs provinces du Centre et du delta du Mékong, l’agriculture traditionnelle évolue vers une agriculture associée au tourisme, permettant aux visiteurs de participer directement à la production des produits OCOP et de créer un lien émotionnel avec le territoire.
Ces destinations bénéficient également d’un fort consensus des habitants et d’une organisation rigoureuse à travers des coopératives ou des groupements de producteurs. Une bonne gouvernance garantit la stabilité des prix, la propreté de l’environnement et la qualité des services, évitant ainsi le piège d’une commercialisation excessive qui ferait perdre l’authenticité des lieux.
Pour qu’un site de tourisme communautaire labellisé OCOP devienne un véritable « aimant » à visiteurs, il doit exploiter au maximum les liens avec les autres produits OCOP locaux afin de créer des offres combinées originales. Les touristes ne se contentent plus d’observer : ils souhaitent goûter les spécialités, apprendre les métiers traditionnels et rapporter des produits porteurs de l’âme du territoire.
Les préoccupations environnementales occupent désormais une place centrale. Les destinations de tourisme communautaire doivent maintenir des normes écologiques élevées, gérer efficacement les déchets et préserver leur cadre de vie.
À l’ère numérique, l’intégration des technologies dans le tourisme est devenue indispensable. Les sites doivent développer des systèmes de guidage automatique, des cartes numériques et utiliser efficacement les réseaux sociaux pour raconter leur histoire culturelle de manière authentique.
Enfin, chaque habitant doit devenir un prestataire de services professionnel tout en conservant sa sincérité et sa simplicité. C’est cette combinaison qui permettra de fidéliser les visiteurs et d’assurer l’attractivité durable des produits touristiques OCOP.