Da Nang est depuis longtemps réputée pour ses longues plages, sa proximité avec Hoi An, sa gastronomie ainsi que sa vie nocturne animée. Toutefois, selon le South China Morning Post (SCMP), les expériences de découverte de la nature qu’offre cette ville côtière restent encore méconnues de nombreux visiteurs.
Située au nord-est du centre-ville, la péninsule de Son Tra est une réserve naturelle d’environ 60 km². Son site le plus emblématique est la statue de Guanyin (Avalokiteśvara), haute de 67 mètres, érigée dans la pagode Linh Ung et inaugurée en 2010. Elle est devenue l’une des attractions incontournables de la région.
Pourtant, peu de visiteurs poursuivent leur exploration dans la forêt qui s’étend derrière la pagode, un espace abritant un écosystème d’une grande richesse.
Que réserve la « Montagne des singes » ?
Afin de préserver l’habitat de la faune sauvage, Son Tra ne compte qu’un nombre limité d’itinéraires de randonnée officiellement ouverts au public. La réserve abrite plus d’une centaine d’espèces d’oiseaux, une multitude de papillons, des cerfs, des serpents, des singes et surtout le douc à pattes rousses (Pygathrix nemaeus), l’un des primates les plus rares au monde.
On estime qu’il ne subsiste aujourd’hui qu’environ 3 000 doucs à pattes rousses à l’échelle mondiale, dont près de 2 000 vivent sur la péninsule de Son Tra, faisant de ce site une destination privilégiée pour les passionnés de nature.
Pour découvrir « Monkey Mountain », autre nom de la péninsule de Son Tra, le journaliste Andrew Sun, du South China Morning Post, était accompagné de Chu Duc Huy, guide de l’agence Next Continent, spécialisée dans la faune sauvage et le tourisme de nature au Vietnam.
« La meilleure période pour venir ici est après la saison des pluies, à partir du mois de février. En avril, on peut observer jusqu’à 4 000 espèces de papillons », explique Chu Duc Huy.
Selon lui, la randonnée sur la montagne des singes est devenue ces dernières années une tendance populaire sur TikTok, attirant de nombreux jeunes qui viennent filmer leurs aventures et atteindre le sommet le week-end. Le parcours reste toutefois exigeant. Long d’environ 10 kilomètres, il emprunte principalement une route ouverte aux voitures et aux motos, dont le point culminant atteint près de 700 mètres d’altitude. Pour gagner du temps, les visiteurs peuvent louer une moto ou un vélo plutôt que d’effectuer l’intégralité du trajet à pied.
Lors de son excursion, Andrew a alterné déplacements en voiture et marche. Si la route sinueuse traversant la forêt peut sembler monotone, chaque ouverture dans la végétation dévoile un panorama spectaculaire sur la mer et la ville. En chemin, il a également observé plusieurs agames des sables, reconnaissables à leur vive coloration orangée, prenant le soleil sur les glissières de sécurité et au bord de la route.
Le point culminant de la péninsule est le sommet Ban Co. Par temps dégagé, les visiteurs y bénéficient d'une vue imprenable sur Da Nang, les chaînes de montagnes environnantes et le littoral.
Selon Andrew, la péninsule de Son Tra conserve encore son caractère sauvage, n’ayant pas été soumise à un développement touristique excessif. Certains sentiers ont d’ailleurs été temporairement fermés après d’importants glissements de terrain provoqués par de fortes pluies, tandis que le camping demeure interdit à la suite de plusieurs incendies de forêt causés par des visiteurs.
À la rencontre du douc à pattes rousses
La réserve abrite également un complexe hôtelier qui organise des promenades écologiques accompagnées de guides, permettant de découvrir la faune et la flore locales. Les nombreux banians appartenant à la famille des figuiers qui poussent dans l’enceinte du complexe constituent des lieux de nourrissage privilégiés pour les doucs à pattes rousses. L’aube et la fin de l’après-midi sont les meilleurs moments pour les observer.
Après s’être enregistrés auprès des gardes forestiers, Andrew et son groupe empruntent un sentier resté fermé pendant près de quatre ans à la suite de glissements de terrain et récemment rouvert. Le chemin traverse d’abord la forêt avant d’offrir des vues sur la mer, puis grimpe durant une vingtaine de minutes avant de redevenir plus plat.
Le long du parcours subsistent les vestiges d’anciens belvédères et aires de repos, aujourd’hui envahis par la végétation après plusieurs années d’abandon. Le sentier mène finalement à un banian centenaire de plus de vingt mètres de haut. Ses nombreuses racines aériennes, retombant des branches jusqu’au sol comme des piliers naturels, lui confèrent une silhouette particulièrement majestueuse.
Le groupe avait initialement prévu de poursuivre jusqu’au cap Nghe, célèbre pour son rocher évoquant un lion de mer. Mais la pente abrupte, le terrain sec et poussiéreux rendaient la progression dangereuse, surtout en cas de pluie. Les randonneurs ont finalement choisi de rebrousser chemin.
C’est sur le trajet du retour que le guide leur fit soudain signe de s’arrêter.
« Juste devant nous, à hauteur des yeux », murmura-t-il.
Sur une branche voisine reposait un mâle dominant, tandis que les femelles et les jeunes cherchaient leur nourriture dans les arbres alentour.
Le groupe s’approcha lentement. Les animaux semblaient à peine remarquer la présence humaine. Habitués aux visiteurs, ils ne les considéraient pas comme une menace et ne manifestaient aucun intérêt pour leurs affaires, leur régime alimentaire étant exclusivement composé de feuilles et de fruits sauvages.
Les doucs à pattes rousses vivent généralement en groupes familiaux. Ce jour-là, plusieurs jeunes mâles, probablement les descendants du mâle dominant, jouaient en se poursuivant et en bondissant d’un arbre à l’autre. À l’inverse, le chef du groupe demeurait parfaitement immobile sur sa branche. Sa barbe blanche, ses mains noires, ses pattes rouge vif et sa longue queue blanche attiraient tous les regards.
Selon Andrew, c’est précisément cette apparence exceptionnelle qui conduit de nombreux naturalistes à considérer le douc à pattes rousses comme l’un des plus beaux primates du monde. Lorsque les appareils photo se sont tournés vers lui, le mâle dominant est resté parfaitement serein, semblant même prendre naturellement la pose, offrant ainsi une conclusion inoubliable à cette exploration de la péninsule de Son Tra.