Cette rencontre visait à favoriser les échanges entre les autorités, les experts et les organisations sociales sur les nouveaux défis de la lutte contre les méfaits du tabac, ainsi qu’à proposer des solutions pour améliorer les politiques publiques et renforcer leur mise en œuvre.
Plus de 13 ans après l’entrée en vigueur de la loi de 2012 sur la prévention et la lutte contre les méfaits du tabac, le Vietnam a obtenu des résultats importants en matière de sensibilisation du public et de création d’environnements sans fumée. Toutefois, l’apparition de nouveaux produits du tabac et la diversification des stratégies de promotion et de marketing posent de nouveaux défis à la protection de la santé publique, en particulier celle des enfants et des adolescents.
Dans son discours d’ouverture, Nguyen Hoang Nhat, chef adjoint du département Nhân Dân en ligne du journal Nhân Dân, a appelé à réviser la loi sur la prévention et la lutte contre les méfaits du tabac sur la base de données scientifiques et de l’expérience internationale.
Il a notamment préconisé de renforcer la réglementation des cigarettes électroniques et du tabac chauffé, d’améliorer les avertissements sanitaires, de mieux encadrer la publicité et le marketing et de combler les lacunes juridiques. Il a également souligné le rôle des familles, des écoles, des organisations sociales et des médias dans la sensibilisation, la lutte contre la désinformation et la protection des jeunes générations.
L’OMS alerte sur les risques liés aux nouveaux produits du tabac
Lors de la table ronde, la docteure Angela Pratt, représentante de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) au Vietnam, a averti que les nouveaux produits du tabac et de la nicotine ne sont pas sans danger. Ils peuvent entraîner une dépendance et accroître les risques de cancers ainsi que de maladies cardiovasculaires et respiratoires.
Selon elle, la nicotine est particulièrement dangereuse pour les enfants, les adolescents et les femmes enceintes, car elle peut nuire au développement cérébral et aux capacités d’apprentissage. Les jeunes qui utilisent des cigarettes électroniques présentent également un risque accru de passer à la cigarette traditionnelle.
Ces produits sont souvent conçus avec des arômes attrayants et des emballages colorés, voire sous des formes évoquant des jouets, afin de séduire les jeunes. Selon l’OMS, les cigarettes électroniques ne constituent pas une méthode sûre de sevrage tabagique. Leur promotion risque au contraire de contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération dépendante à la nicotine.
Mme Angela Pratt a également souligné que certains produits présentés comme sans nicotine peuvent néanmoins en contenir, ainsi que d’autres composés nocifs. L’industrie du tabac peut exploiter les failles juridiques pour commercialiser de nouveaux produits échappant aux dispositifs de contrôle.
L’OMS recommande de préciser, dans la loi révisée, les matières premières et les ingrédients autorisés dans les produits du tabac, ainsi que de renforcer le contrôle de toutes les cigarettes électroniques, y compris celles présentées comme sans nicotine. Pour le sevrage tabagique, elle préconise des méthodes éprouvées : conseil médical, accompagnement comportemental et médicaments approuvés.
Augmenter la surface des avertissements et ajouter des informations sur le sevrage tabagique
Dans une perspective de prévention et d’accompagnement des fumeurs souhaitant arrêter, la professeure associée et docteure Le Thi Thanh Huong, vice-rectrice de l’Université de santé publique, a proposé de porter la surface des avertissements sanitaires sur les paquets de cigarettes à au moins 85 %. Elle recommande également d’y imprimer le numéro gratuit de la ligne d’assistance au sevrage tabagique, le 1800 6606, afin de faciliter l’accès des fumeurs aux services d’accompagnement.
Selon Le Thi Thanh Huong, cette ligne a reçu environ 71.00 appels entre 2015 et 2024. Pourtant, une étude a révélé que seuls 7,5 % des fumeurs connaissaient ce service. Une étude pilote menée au Vietnam en 2024 a montré que l’impression du numéro sur les paquets permettait de multiplier par trois à quatre sa mémorisation.
Elle estime que la présence directe de ces informations sur les emballages aiderait les fumeurs à retenir le numéro et à solliciter plus facilement des conseils lorsqu’ils souhaitent arrêter.
Actuellement, six modèles d’avertissements sanitaires illustrés sont utilisés depuis mai 2013. Ils couvrent 50 % de la surface de chacune des deux faces principales des paquets. Selon la spécialiste, le maintien des mêmes visuels pendant une longue période habitue progressivement les fumeurs à ces avertissements, ce qui en réduit l’efficacité. La proportion de fumeurs qui prêtent attention aux avertissements est ainsi passée de 91 % en 2015 à 80 % en 2024.
Par ailleurs, le Vietnam est passé de la 28e place sur 198 pays et territoires en 2014 à la 95e place sur 212 pays et territoires en 2025 pour la superficie consacrée aux avertissements sanitaires sur les emballages de cigarettes. À titre de comparaison, la Thaïlande réserve 85 % de la surface des paquets aux avertissements, tandis que le Laos, le Myanmar, Singapour et Brunei appliquent un taux de 75 %.
Au vu de ces constats, Le Thi Thanh Huong propose de porter les avertissements sanitaires à au moins 85 % de chacune des deux faces principales des emballages, de les placer en haut et d’agrandir les illustrations. Elle recommande également de créer une banque d’images renouvelées au moins tous les deux ans. Les visuels devraient notamment illustrer les risques d’AVC et de maladies cardiovasculaires, les effets du tabagisme passif sur les femmes enceintes et les enfants, ainsi que ses conséquences sur la fonction sexuelle.
Selon les données présentées, 57,3 % des 15-24 ans s’informent sur la prévention des méfaits du tabac via les réseaux sociaux, d’où la nécessité de combiner avertissements sur les emballages et campagnes numériques pour sensibiliser le public et encourager le sevrage tabagique.
Protéger les enfants et les adolescents dans l’environnement numérique
Lors de la table ronde, Dang Hoa Nam, vice-président permanent de l’Association vietnamienne pour la protection des droits de l’enfant, a souligné qu’il était essentiel de placer le droit des enfants à vivre en bonne santé et à se développer pleinement au cœur des politiques de prévention et de lutte contre les méfaits du tabac.
Selon lui, les cigarettes électroniques, les produits du tabac chauffé ainsi que les stratégies sophistiquées de promotion et de marketing sur les réseaux sociaux accroissent le risque que les enfants et les adolescents soient exposés à des produits contenant de la nicotine, alors même que leur connaissance des dangers et du risque de dépendance demeure limitée.
Il estime que la réforme législative doit privilégier la prévention des risques plutôt que le traitement de leurs conséquences. Elle doit renforcer le contrôle de la publicité, du marketing et de la vente de produits du tabac en ligne, tout en précisant les responsabilités des plateformes dans la détection et le blocage des contenus illicites.
Au-delà des mesures réglementaires, les enfants et les adolescents doivent apprendre à reconnaître les informations trompeuses et à distinguer les données scientifiques de la publicité déguisée. Selon Dang Hoa Nam, leur protection exige non seulement une sensibilisation, mais aussi un cadre juridique efficace, une surveillance adaptée et une étroite coordination entre les autorités, les familles, les écoles, les entreprises et la société.
Renforcer la coordination et traduire les politiques en actions concrètes
Les interventions lors de la table ronde ont montré que la lutte contre les méfaits du tabac devait reposer sur une approche coordonnée, allant de l’amélioration du cadre juridique au contrôle des produits et de la publicité, en passant par le renouvellement des avertissements sanitaires, l’accompagnement au sevrage et le renforcement des campagnes de prévention.
La protection des enfants et des adolescents doit notamment constituer une priorité, grâce à la coopération entre les autorités, les familles, les établissements scolaires, les organisations sociales et les médias.
À travers cette table ronde, le journal Nhân Dân entend favoriser les échanges et faire émerger des solutions concrètes pour améliorer les politiques publiques et renforcer l’efficacité de la lutte contre les méfaits du tabac. Le journal a réaffirmé son engagement à poursuivre la publication d’articles de fond et à renouveler ses modes de communication sur les plateformes numériques, afin de diffuser des informations scientifiques, de sensibiliser le public et d’encourager les jeunes générations à dire résolument non au tabac.