Scientifique discrète et figure de réfé-rence dans la recherche végétale contemporaine au Vietnam, la Professeure associée et Docteure Tô Thi Mai Huong, de l’Université des sciences et technologies de Hanoï (USTH), fait partie des trois lauréates vietnamiennes du Prix L’Oréal-UNESCO “Pour les femmes et la science 2025”.
Une distinction qui vient saluer des travaux de pointe en génomique du riz et en biologie moléculaire, au service d’une agriculture plus verte, résiliente et faiblement émettrice de gaz à effet de serre.
Née à Son Tây, dans la périphérie verdoyante de Hanoï, elle grandit dans un environnement où la nature impose sa présence silencieuse. Forêts, plantes sauvages, cycles lents du vivant : autant d’éléments qui nourrissent très tôt une curiosité profonde.
Loin d’être anecdotique, cette enfance façonne un regard scientifique fondé sur l’observation attentive et le respect du temps long.
Une vocation née au cœur de la nature
“Enfant, je pouvais passer des heures à jouer avec la sensitive, fascinée par le mouvement de ses feuilles au moindre contact”, confie-t-elle.
“Le monde végétal m’a révélé une diversité infinie, différente de celle des animaux, mais tout aussi mystérieuse”.
De cette fascination naît une vocation durable : comprendre les mécanismes invisibles qui permettent aux plantes de s’adapter, de résister, de se transformer.
La recherche devient pour elle un espace de liberté intellectuelle.
Loin des projecteurs, elle y trouve le calme nécessaire pour penser en profondeur, croiser les hypothèses et accepter le doute comme moteur.
“Je me sens plus à l’aise dans le dialogue avec les plantes et les étudiants que dans la foule”, dit-elle avec simplicité.
Ce double attachement - au vivant et à la transmission - structure son parcours académique.
Formée en France, où elle obtient en 2010 un doctorat en sciences alimentaires à l’Université de Bourgogne, Mme Mai Huong revient au Vietnam avec une ambition claire : développer une recherche végétale de haut niveau, ancrée dans les réalités agricoles nationales.
Aujourd’hui, elle est vice-responsable de la recherche, de l’innovation et des relations extérieures à l’USTH, tout en dirigeant une équipe soutenue par le Fonds national pour le développement des sciences et technologies (NAFOSTED).
Dans un contexte vietnamien où mener des recherches fondamentales exigeantes reste un défi, notamment avec de jeunes équipes, elle revendique une approche collective.
Chaque publication, explique-t-elle, est le fruit d’un effort partagé, souvent jalonné de critiques sévères lors des processus d’évaluation scientifique.
“Même les relectures les plus exigeantes ouvrent de nouvelles perspectives”, souligne-t-elle.
“Elles nous obligent à penser mieux”.
Au cœur de ses travaux se trouve une plante emblématique : le riz.
Le Vietnam compte plus de 8.000 variétés locales, chacune porteuse d’une identité génétique, d’une saveur et d’une capacité d’adaptation singulières.
Animée par le désir de relier phénotype et génotype, elle a analysé près de 200 variétés indigènes afin de mieux comprendre leurs réponses au stress environnemental.
Réduire le méthane sans sacrifier le rendement
Ses recherches actuelles vont plus loin encore.
En mobilisant des technologies précises d’édition du génome, son équipe travaille à modifier les gènes impliqués dans la répartition du carbone chez le riz.
Objectif : réduire les émissions de méthane des rizières sans compromettre les rendements.
Une avancée prometteuse, à la croisée de la sécurité alimentaire et de la lutte contre le changement climatique.
Ces travaux, soutenus par NAFOSTED, le Fonds VINIF du Vingroup et plusieurs programmes internationaux (du Royaume-Uni, de la République de Corée, de la France…), ont donné lieu à des publications dans des revues de référence telles que The Plant Journal (Le Journal des Plantes) ou Plant Physiology and Biochemistry (Physiologie et Biochimie Végétales).
Ils confèrent à la chercheuse une reconnaissance croissante dans les réseaux scientifiques internationaux, notamment pour son approche pionnière de l’édition génétique appliquée à l’agriculture durable.
Mais son influence ne se limite pas aux laboratoires. Collègues et étudiants saluent unanimement son rôle de mentor.
La Docteure Nguyên Quynh Hoa, enseignante à l’USTH, évoque une scientifique généreuse, attentive aux parcours singuliers.
“Elle m’a accompagnée avec patience, bien que nos spécialités soient différentes, et a soutenu mes projets postdoctoraux”, témoigne-t-elle.
Même reconnaissance du côté des jeunes chercheurs. Pour Dang Thi Thùy Duong, doctorante, Tô Thi Mai Huong transmet bien plus que des compétences techniques :
“Elle nous apprend le courage d’expérimenter, d’accepter le risque et l’échec comme partie intégrante de la recherche”.
Cette posture trouve un écho dans une maxime que la scientifique dit avoir longtemps rejetée avant de la comprendre ”Sông sâu tĩnh lặng, lúa chín cúi đầu” (les eaux profondes sont calmes, l’épi mûr s’incline).
“Avec le temps, j’ai compris que la maturité scientifique, comme humaine, réside dans la reconnaissance de ce que l’on doit aux autres”, confie-t-elle.
Pour elle, le riz n’est donc pas seulement un objet d’étude. Il est une métaphore de la croissance, de la gratitude et de l’humilité.
Des valeurs qu’elle cultive, patiemment, dans la science comme dans la vie.