Un "garde du corps" du corail à Dà Nang

Nhân Dân en ligne - Dào Dang Công Trung a passé plus de dix ans en tant que "travailleur de l’environnement non rémunéré" à Son Trà (à Dà Nang, au Centre du Vietnam). Il continue à étendre son champ d’action de ramassage des ordures jusqu’au fond de la mer, au secours des récifs coralliens.

Trung ramasse depuis plus de dix ans les déchets pour protéger les récifs coralliens. Photo : TQ/CVN.
Trung ramasse depuis plus de dix ans les déchets pour protéger les récifs coralliens. Photo : TQ/CVN.

Né en 1979, Dào Dang Công Trung est le fondateur d’une compagnie de services touristiques à Dà Nang (Centre), où la communauté des plongeurs appelle cet "étrange" directeur le "garde du corps" du corail.

Trung a fait connaissance avec le corail à la fin des années 1990 où, en tant que gestionnaire d’une grande marque de villégiature, il accompagnait des groupes de touristes internationaux qui lui ont appris l’importance et les caractéristiques de nombreux types de coraux.

"Les coraux sous-marins sont comme des forêts tropicales : un réservoir de biodiversité, un environnement de vie pour de nombreuses espèces de poissons et d’autres espèces marines. Le corail n’existe pas partout dans le monde, il ne pousse que dans les régions équatoriales et sous-équatoriales, avec une eau propre et claire. Chaque année, un corail ne grandit que d’un centimètre. Donc, si vous voyez un récif corallien d’environ un mètre de haut, il a des centaines d’années d’existence", informe-t-il.

Les coraux sont très sensibles à la température, à la lumière et à la qualité de l’eau. "La pollution causée par les substances toxiques, les eaux usées, l’industrie du tourisme et la pêche peuvent les endommager".

Un plongeur et un bateau plein d’ordures

Passionné par la beauté des récifs coralliens, Trung a suivi des cours de formation et reçu un certificat international de plongée et de sauvetage. Chaque fois qu’il en a l’occasion, il plonge pour contempler des coraux et… ramasser des déchets. Depuis quelques années, constatant une quantité élevée de déchets dans la mer, Trung passe de plus en plus de temps à plonger pour les ramasser. Il plonge environ une heure plusieurs fois par semaine.

Ses amis sur Facebook sont habitués aux photos de Trung Dào (son pseudo Facebook) apparaissant à côté d’un bateau plein d’ordures. Tantôt c’est un filet géant, tantôt c’est un sac contenant des centaines de canettes et de bouteilles en plastique, ou encore un fût en métal. Ce genre de déchets, il les ramasse tous dans les récifs coralliens à Dà Nang, Hôi An, Nha Trang (au Centre)... Il lui arrive aussi de plonger avec un assistant.

Au sujet des prédateurs naturels des coraux dans les fonds marins, Trung détaille : "La pollution de l’eau peut tuer rapidement les coraux, mais la présence des déchets contribue également beaucoup à leur destruction. Les coraux sous-marins sont très mous et se cassent facilement. Les filets des cages de pêche n’ont qu’à être tirés sur le récif pour provoquer une rupture massive. Le filet fantôme ou filet déjà usé qui flotte sur la mer, s’il s’échoue sur un récif corallien, peut le briser en une seule vague".

Cette tâche de protection des coraux, Trung se l’est fixée lui-même, et n’en tire aucune rémunération pendant des années. La plongée sous-marine pour ramasser des déchets est devenue pour lui une tâche qui va de soi : "Comme si j’avais une dette envers le corail dans ma vie antérieure". D’après lui, le ramassage des déchets dans les fonds marins sont plus difficiles que sur terre à cause de la pression de l’eau et du danger de la mer. Couper un filet demande de la patience et de la minutie, pour réussir l’opération sans endommager le corail.

En moyenne, pour enlever un filet attaché au récif corallien, Trung met une demi-heure à le couper et à le tirer jusqu’au rivage. Jusqu’à présent, son record a été de retier seul des fonds marins un filet d’environ 200 m de long. Ce travail lui a demandé près d’une heure, le tout en apnée. Sans mentionner les filets d’environ 50 m, 20 m de long fréquemment remontés eux aussi. Un tonneau métallique pesant 20 kg a également été ramené à terre par le plongeur courageux, provoquant l’admiration absolue de ses confrères.

"Tirer un objet de 20 kg sous l’eau, c’est très fatigant. Il faut vaincre cette charge, ce qui veut dire nager avec des mouvements très forts. Sans oublier que sous 7 m d’eau, la pression de l’eau est énorme. Sans force ni expérience en natation, en plongée et maîtrise de la pression sous-marine, il est impossible d’achever cet exploit", commente un plongeur professionnel.

Prendre conscience de la beauté du corail

Le corail vit généralement sous une profondeur d’un à 20 m d’eau, et plus il est situé en profondeur, plus il est beau et unique. Afin de pouvoir le contempler de ses propres yeux, Trung s’est inscrit à un cours de plongée de perfectionnement (à partir de 20 m ou plus) à Nha Trang. Pendant ce temps, chaque fois qu’il était libre, il plongeait pour ramasser des déchets, à la surprise de nombreux confrères.

Habitué aux regards de surprise, de méfiance et même de moquerie, Trung vit à l’aise avec ces réactions depuis des décennies. Quand il avait 5 ans, il ramassait des ordures à chaque fois qu’il les voyait. Quand il se rendait deux fois par jour sur la péninsule de Son Trà (dans la ville de Dà Nang), équipé de gants et d’un outil de ramassage des ordures. Si régulièrement que de nombreux visiteurs pensaient qu’il était un travailleur environnemental. La montagne de Son Trà, grâce à la persévérance de Trung et la forte influence de ses actions (durant plus de dix ans), est désormais considérée comme une desti-nation touristique propre.

Pour s’occuper du ramassage des déchets sous-marins, Trung a dépensé beaucoup d’argent, étant contraint de suivre des cours de plongée et de sauvetage en mer. Mais son activité nécessite aussi la possession de nombreux équipements de plongée. Scaphandre, bouteille de gaz, masque, palmes... C’est un investissement de plus d’une centaine de millions de dôngs qu’il a dû faire. Un réservoir d’oxygène que seuls les plongeurs professionnels sont autorisés à utiliser pour une seule plongée de ramassage des ordures lui coûte 100.000 dông, et pour le recharger, il faut aller à Hôi An.

Conscient du pouvoir de communication des photos, Trung a décidé de dépenser plus de 300 millions de dôngs pour acheter un ensemble de caméras spécialisées pour la prise d’images sous l’eau : "Je voudrais donner la chance à ceux qui n’ont jamais eu l’occasion de plonger d’admirer ce qu’il y a sous l’eau, et de montrer comment la vie marine est riche et le corail est beau. Je veux que le monde entier le sache, afin que chacun ait la responsabilité de protéger la mer".

Les photos de mer et de forêt de Trung Dào, bien qu’elles n’apparaissent que depuis quelques années, lui ont valu de nombreux prix de photographie, nationaux et internationaux. Elles ont également touché bien des personnes. Afin de vivre pleinement sa passion pour les sports nautiques, Trung a fondé la Sarl de commerce et de services Mân Thái, populaire pour le stand up paddle (SUP) ou planche à pagaie. Il s’agit d’un sport de glisse nautique où le pratiquant se tient debout ("stand up" en anglais) sur une planche plus longue qu’une planche de surf classique, se propulsant à l’aide d’une pagaie ("paddle").

Les circuits de cette société sont spéciaux. Tous les matins, l’entreprise organise des tours de SUP au tour de l’île de Hon Sup, et les participants sont prévenus : si vous voyez des déchets dans la mer, ramassez-les !

Généralement, à chacune de ces sessions, les pratiquants de SUP ramènent en moyenne 10 kg de déchets. De nombreux jeunes intéressés par ce travail aident également avec enthousiasme le directeur Trung. De nombreux filets usés qu’il a ramassés dans le fond marin ont été ramenés au rivage par les rameurs SUP.

Trung s’est rendu dans la ville avoisinante, Huê (province de Thua Thiên Huê, au Centre) pour inciter à se servir du SUP pour ramasser les ordures dans la lagune de Tam Giang. Aujourd’hui, pratiquer le SUP pour ramasser les ordures est devenu une activité régulière de l’équipe SUP de Huê.

De temps à autres, des compagnons veulent se joindre au “sauveteur du corail” pour ramasser les ordures.

"C’est assez compliqué en général, car chaque groupe de cinq personnes ou plus plongeant ensemble devient une plongée organisée , et cela nécessite donc une autorisation. Sans oublier que les plongeurs normaux ne descendent qu’à une profondeur de 5 à 7 m. La plupart de mes déplacements sous-marins consistent à ramasser des déchets à moins de 7 m de profondeur, j’y vais seul, c’est pratique de le faire, dans n’importe quel endroit où je vois des déchets, je les ramasse".

Il faut tout d’abord assurer sa sécurité !

Quelles sont les critères pour devenir un "garde du corps" du corail ? Sans hésiter, Trung explique : "D’abord, vous devez assurer votre propre sécurité”. Lui-même en est un exemple, sachant nager depuis l’âge de 5 ans, dans l’eau "comme une loutre", il doit encore passer par beaucoup d’entraînement avant de plonger en toute confiance pour ramasser des déchets.

"Plus l’eau est profonde, plus elle est dangereuse. En plus d’avoir de bonnes compétences en natation et en plongée, vous devez également comprendre la mer dans laquelle vous nagez. Sous la mer, il est interdit de toucher la faune et la flore. En effet, de nombreux types de coraux ou de poissons sont toxiques. Et rappelez-vous de ne pas vous lancer à l’aveuglette. Il faut comprendre votre limite, votre force. N’essayez pas trop fort, il est facile de perdre votre souffle, de perdre votre force ou de vous évanouir. Moi-même, parce que j’étais poussé par mon envie de ramasser des ordures, j’ai perdu mes forces une fois, mais heureusement tout s’est bien passé. Lorsque vous plongez en profondeur, vous devez également être accompagné par quelqu’un, afin que s’il y a un problème, il puisse être traité à temps".

La plongée pour ramasser des ordures sous la mer, cela exige de l’énergie, prend du temps et coûte cher. C’est pourquoi le nombre de compagnons de Trung peut être compté sur les doigts d’une main. "Tout le monde n’a pas la même passion que moi. La plupart des gens disent que ce type est fou , que je n’ai rien à faire, que je gaspille du temps pour une affaire que personne d’autre ne fait. Parfois, certaines personnes sont enthousiastes, mais elles ne sont pas en mesure de nager comme moi. Mais bonne nouvelle, les personnes qui ont décidé de suivre Trung se sont ensuite portées volontaires pour contribuer à cette opération. Ils sont devenus un groupe de "gardes du corps" du corail. Chaque fois qu’ils remontent à la surface, ils ramènent quelques dizaines de kilos d’ordures en tous genres. Une belle opération collective pour le bien-être de l’environnement sous-marin.