Un modèle de développement durable né au cœur du lac d’An Khe-Kanak

En tirant parti des vastes étendues d’eau du réservoir hydroélectrique d’An Khe-Kanak, la commune de Cuu An, province de Gia Lai, au Centre au Vietnam, a su transformer une contrainte géographique en levier économique.

Le réservoir de Khe-Kanak est considéré comme très approprié au développement de l'aquaculture, notamment à l'élevage de poissons en cages à la surface de l'eau. Photo : NDEL.
Le réservoir de Khe-Kanak est considéré comme très approprié au développement de l'aquaculture, notamment à l'élevage de poissons en cages à la surface de l'eau. Photo : NDEL.

L’aquaculture en cages flottantes s’y impose progressivement comme un modèle de développement durable, conciliant croissance économique, emploi local et préservation de l’environnement.

Valoriser un atout naturel

Bénéficiant d’une surface aquatique de plus de 3,4 km² et d’un écosystème encore préservé, le lac d’An Khe-Kanak offre des conditions hydrologiques idéales : une eau claire, un débit régulier et une ressource naturelle abondante. Autant d’atouts propices au développement de la pisciculture.

Il y a cinq ans, Nguyen Van Long a été parmi les premiers à miser sur cette opportunité. Abandonnant la culture de plantes à court cycle, il a investi dans l’élevage de tilapias et de poissons rouges en cages flottantes.

« Les bénéfices sont plus stables que dans l’agriculture traditionnelle, explique-t-il. Le marché est régulier, notamment à Pleiku, où j’expédie environ une tonne de poisson par lot. Les prix sont relativement constants, ce qui nous assure une bonne marge. »

Aujourd’hui, son exploitation compte une dizaine de cages, avec des rendements élevés et une qualité de poisson reconnue. Grâce à un environnement sain, les maladies y sont rares et la production s’écoule aisément sur le marché local.

Une filière en pleine structuration

Dans la commune de Cuu An, douze familles se sont lancées dans la pisciculture, exploitant au total 17 radeaux et 245 cages. Les deux espèces principales - le tilapia et le poisson rouge - sont particulièrement bien adaptées aux conditions du lac. La production annuelle avoisine désormais les 800 tonnes, faisant émerger une véritable filière aquacole au cœur du réservoir.

Cependant, cette activité reste encore de petite échelle et peu organisée. La production repose largement sur l’expérience empirique des éleveurs, les espèces sont souvent de faible valeur commerciale et les débouchés demeurent limités.

Consciente des défis, la commune s’attache à structurer la filière. Selon Duong Phu Tho, chef adjoint du bureau économique de Cuu An : « L’aquaculture en cages flottantes est une voie pertinente pour augmenter les revenus. Nous prévoyons d’introduire des espèces à plus forte valeur ajoutée, comme la carpe croquante, et de renforcer l’accès au crédit et à la formation technique. »

image.jpg
Il y a actuellement 17 radeaux et 245 cages en activité sur le lac An Khe-Kanak.

Des programmes de formation à la prévention des maladies et des aides financières sont en cours. L’objectif est de créer une coopérative piscicole, à l’image des modèles réussis à Son La, Hoa Binh ou Tuyen Quang, afin d’assurer un approvisionnement en alevins de qualité, une mutualisation des moyens et une meilleure commercialisation.

Un moteur de transformation économique

Le développement de la pisciculture sur le lac d’An Khe-Kanak contribue à redéfinir l’économie locale. La commune, jadis tournée vers une agriculture à faible rendement, se diversifie désormais vers une activité à haute valeur ajoutée.
Cette évolution crée non seulement des emplois stables, mais limite aussi l’exode rural et ouvre des perspectives pour un écotourisme intégré à la zone lacustre.

L’activité aquacole pourrait devenir l’un des piliers du développement local, articulée autour de quatre axes : valorisation des ressources naturelles, intégration des technologies modernes, organisation en réseau des producteurs et accompagnement institutionnel.

Au-delà de Cuu An, l’expérience d’An Khê-Kanak illustre le potentiel économique des zones hydroélectriques dans une perspective durable. En conciliant croissance, équité sociale et préservation environnementale, le modèle offre une voie de référence pour d’autres localités vietnamiennes cherchant à exploiter rationnellement leurs plans d’eau.

Grâce au soutien des autorités, à la montée en compétence des éleveurs et à une meilleure structuration de la filière, le « poisson de Cuu An » pourrait bientôt s’imposer comme un label régional, symbole d’un développement rural durable issu des ressources locales.

Le lac d’An Khe-Kanak en chiffres

Superficie du plan d’eau : plus de 3,4 km²

Production piscicole annuelle : environ 800 tonnes

Nombre de cages flottantes : 245

Espèces principales : tilapia, poisson rouge, carpe croquante (en test)

Objectif à moyen terme : création d’une coopérative piscicole et intégration à une filière durable

Back to top