Un Néerlandais se réinvente dans le delta du Mékong

Après la faillite de sa propre entreprise, Danny Haberer, un Néerlandais, a choisi de rester à Dong Thap, où il apprend le jardinage et tient un blog consacré au delta du Mékong. En quatre mois, sa vie a connu un changement inattendu.

Danny plante des dizaines de bananiers dans son jardin. Photo : Znews.
Danny plante des dizaines de bananiers dans son jardin. Photo : Znews.

La journée de Danny Haberer, 54 ans, commence au chant du coq. Il fait ensuite le tour de son jardin de 1 700 m² pour vérifier les régimes de bananes, nourrir les poissons, s’occuper de ses quelque 24 poules et voir quelles plantes ont besoin d’être arrosées. Puis, après un café et un petit-déjeuner, il commence sa journée de travail en ligne.

Sur sa page personnelle, il publie chaque jour des articles consacrés à la culture du delta du Mékong et aux destinations d’alentour.

La décision de s’installer à Dong Thap est intervenue après la faillite de l’entreprise de logiciels dont Danny était le directeur. Tout a basculé. Il a traversé une période mouvementée et a dû chercher des moyens de reconstruire sa vie.

« Le delta du Mékong m’a permis de reconstruire à la fois ma carrière et mon équilibre personnel, même si je n’avais jamais imaginé vivre ici. C’est aussi la raison pour laquelle je souhaite faire découvrir cette région à davantage d’amis étrangers, à travers mes propres expériences », confie Danny à Tri Thuc – Znews, un magazine en ligne.

Une nouvelle vie dans le delta

Danny a grandi à Amsterdam, la capitale des Pays-Bas. À la tête de sa propre entreprise, il pouvait voyager à travers le monde tout en continuant à travailler. En 2024 et 2025, il avait déjà séjourné à Da Nang, Hô Chi Minh-Ville et Da Lat, dans la province de Lam Dong.

Au début de 2025, son entreprise de logiciels a fait faillite. Après ce revers, l’homme a décidé de rester au Vietnam et de se débrouiller pour rembourser ses dettes.

Sa relation amoureuse avec une Vietnamienne l’a conduit à l’ancien Go Cong, aujourd’hui rattaché à Dong Thap. La région a rapidement séduit le Néerlandais par son rythme de vie paisible, très différent de celui des endroits qu’il avait connus auparavant.

« Go Cong offre un air pur et un cadre de vie agréable. C’est une petite ville, mais on y trouve toutes les commodités nécessaires. Le soir, les rues sont animées et, en s’éloignant un peu du centre, on retrouve rapidement les champs. Les destinations d’alentour sont également facilement accessibles à moto. C’est exactement ce dont j’ai besoin aujourd’hui », explique-t-il.

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Danny débroussaille et construit les cloisons de sa maison à Go Cong (Dong Thap). Photo : Znews.

Le 5 juin, ses affaires ont été transportées sur le terrain qu’il avait loué. Pendant plusieurs heures, il a aménagé la maison vide pour en faire son logement, de la chambre à la cuisine, avant de s’attaquer au jardin laissé à l’abandon. N’ayant jamais travaillé dans l’agriculture, Danny a néanmoins commencé seul à débroussailler et à débarrasser le terrain. Il apprend au fur et à mesure, en regardant des émissions de télévision et en tirant ses propres enseignements de son expérience.

Vivre seul dans un nouvel environnement n’a pas été sans période d’adaptation, notamment en raison de la langue locale et des habitudes de vie. Il a été surpris de découvrir que les habitants du delta faisaient la sieste, payaient leur facture d’électricité au supermarché ou devaient s’inscrire à un service de collecte des déchets.

Au début, les déchets s’entassaient dans le jardin. Une voisine prénommée Trang a alors pris l’initiative de l’aider à s’inscrire au service de collecte, deux fois par semaine. Elle s’occupe également des poissons et des poules chaque fois que Danny doit partir en déplacement professionnel.

Danny considère les travaux de réparation, le jardinage et l’élevage comme un « passe-temps sérieux ». En dehors des heures passées devant son ordinateur, bêcher la terre, surveiller les poules lorsqu’elles pondent, regarder les régimes de bananes grossir sur les arbres ou fabriquer lui-même son lit et ses meubles lui apportent un certain équilibre. Le delta lui a appris à être autonome dans sa vie quotidienne.

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La vie de Danny est désormais rythmée par son jardin et ses poules. Photo : Znews.

En repensant à sa vie passée aux Pays-Bas, l’homme estime qu’il lui est plus facile de trouver le bonheur dans le delta du Mékong. Il raconte qu’il peut désormais dormir autant qu’il le souhaite, aller au marché le matin, acheter du poisson frais à petit prix, cuisiner dans sa petite cuisine ou encore prendre un verre avec ses voisins... Après quatre mois, tout cela est devenu une habitude.

Dans son pays natal, le dîner se résumait généralement à des pommes de terre, des légumes bouillis et de la viande : l’essentiel était de manger rapidement et à sa faim. Dans le delta, les repas sont plus élaborés, avec trois ou quatre plats à chaque repas et une disposition précise des petits et grands bols. Peu à peu, il a appris à cuisiner de nombreux plats vietnamiens, qu’ils soient mijotés, frits ou sautés, ainsi qu’à doser les assaisonnements selon son goût.

« La plus grande différence, c’est que je ne vis plus dans la précipitation et que je prends le temps de me reposer. Ayant connu des difficultés financières, j’ai décidé de laisser les choses suivre leur cours. La qualité de vie ne dépend pas de l’épaisseur du portefeuille. Aujourd’hui, je continue à gérer une activité de mon ancienne entreprise. Chaque journée commence désormais dans le bonheur que procurent les petites choses », confie-t-il.

Le delta du Mékong autrement

Aux yeux de ce Néerlandais, les localités du delta du Mékong offrent une grande richesse paysagère et culturelle, mais ne bénéficient pas encore de l’attention qu’elles méritent. Fort de ses expériences personnelles, il a commencé, quelques semaines seulement après son installation, à écrire un blog consacré à la culture et aux destinations de la région.

Tout a commencé par des publications sur des activités quotidiennes : nettoyer le jardin, nourrir les poules, cueillir des bananes. Puis, un jour, il a acheté une moto, passé son permis de conduire et profité de son temps libre pour partir à l’aventure et explorer My Tho, aujourd’hui rattachée à province de Dong Thap, ainsi que l’ancienne province de Ben Tre (aujourd’hui rattachée à Vinh Long) et d’autres destinations.

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Danny commence par explorer les destinations proches de son lieu de résidence. Sur la photo, Danny visite le marché de Go Cong et déguste un hu tieu de My Tho. Photo : Znews.

Les habitants constituent pour Danny un autre élément particulièrement marquant. Les gens du delta sont travailleurs, exercent souvent plusieurs métiers à la fois et continuent même à travailler pendant leurs jours de congé. Mais ce qui lui plaît surtout, c’est qu’ils conservent leur sérénité et sont toujours prêts à aider les autres.

« Les paysages sont également d’une grande richesse, avec des rivières qui se succèdent et des vergers à perte de vue, entrecoupés de quartiers animés mais sans ostentation. Chaque fois que je traverse une nouvelle campagne à moto, je découvre un paysage différent et j’ai envie de m’arrêter pour l’explorer. Pour moi, c’est cette simplicité qui fait la singularité du delta du Mékong », confie-t-il.

Les publications sincères de cet étranger ont rapidement attiré 15 000 abonnés. Leur nombre n’a cessé d’augmenter et atteint aujourd’hui 27 000.

« Je crois qu’à travers mon blog, mes amis étrangers pourront découvrir un delta du Mékong authentique et un Vietnam qui présente des facettes différentes de celles qu’ils connaissent », souligne-t-il.

Dans les prochains temps, Danny prévoit de réaliser des vidéos afin de présenter de manière plus vivante la vie quotidienne et la culture du delta du Mékong. Il compte ensuite réaménager son jardin, y cultiver des légumes et des fleurs, achever sa cuisine extérieure et apprendre à produire lui-même une partie de ses aliments. À plus long terme, il souhaite installer des panneaux solaires et transformer son jardin simple en un espace d’agriculture durable à domicile.

« Je suis arrivé ici en tant que touriste, mais je suis resté comme un habitant du pays. Après 9 000 km, j’ai trouvé ma maison dans le delta du Mékong et je n’ai pas l’intention de repartir », affirme-t-il.

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