À Soc Bom Bo, le tourisme immersif fait vivre le patrimoine des S’tiêng

Dans la ville de Dong Nai, au Sud du Vietnam, un village chargé d’histoire invite les voyageurs à vivre sa culture de l’intérieur.

Dans la commune de Bom Bo (ville de Dong Nai), le sóc, ou village traditionnel, de Bom Bo occupe depuis longtemps une place à part dans la mémoire nationale vietnamienne : celle d’un symbole de solidarité et de résistance pendant la guerre. Aujourd’hui, ce haut lieu ne se contente plus de garder le souvenir des années héroïques. Il est devenu un « lieu de mémoire » où les jeunes générations viennent nourrir leur attachement au pays.

Au patrimoine historique s’ajoute un trésor immatériel : la pratique du pilage du riz à la main des peuples S’tiêng et M’nông, inscrite au patrimoine culturel immatériel national. Ce rythme des pilons, fruit d’un savoir populaire transmis de génération en génération, dit le sens du labeur et la force des liens communautaires.

« Une journée dans la peau d’un S’tiêng »

Pour redonner vie à cet héritage et en faire un moteur de développement, la commune a imaginé une expérience inédite : « Une journée dans la peau d’un S’tiêng ». Ici, plus de visite à distance. Le voyageur entre dans la vie du village : il revêt le costume en brocart aux couleurs vives, pile lui-même le riz, s’essaie au tissage, cuisine les plats du terroir et écoute les récits qui se racontent autour du foyer.

Des visiteurs découvrent le tissage du brocart chez les S’tiêng.
Des visiteurs découvrent le tissage du brocart chez les S’tiêng.

Le parcours se déroule en une série d’activités très participatives. Dès l’arrivée, chaque visiteur se voit remettre un costume traditionnel et un prénom S’tiêng. Le geste est simple, mais il efface la distance entre l’hôte et le voyageur et marque l’entrée dans un jeu de rôles où la culture ne reste plus enfermée dans les livres ou les vitrines : elle se découvre par tous les sens.

La première étape est la Maison-mémorial de Soc Bom Bo, qui rassemble des centaines d’objets, de photographies, d’ustensiles du quotidien et de documents retraçant l’histoire des peuples de la région. Guidé par un médiateur attentif, le visiteur prend le temps de comprendre le lieu et ses habitants avant de se lancer dans la pratique.

Cap ensuite sur la maison longue traditionnelle des S’tiêng. L’ambiance y devient plus joyeuse : pilon de bois en main, chacun s’essaie au pilage du riz, une pratique qui contribua autrefois à ravitailler les combattants. Le martèlement des pilons chasse le tumulte du quotidien et ramène à une simplicité chaleureuse. Plus loin, devant un métier à tisser en bois, des artisans du village guident pas à pas les visiteurs pour passer les fils et composer les motifs délicats du brocart. Dans ces gestes patients se transmet, en toute simplicité, le savoir-faire S’tiêng.

Des visiteurs s’essaient au pilage du riz à la main. Photo : VNA.
Des visiteurs s’essaient au pilage du riz à la main. Photo : VNA.

La gastronomie est le complément naturel de cette journée. Ici, on ne se contente pas de déguster : on met la main à la pâte. Avec l’aide des villageois, les visiteurs bourrent le riz gluant dans des tubes de bambou pour préparer le cơm lam, marinent la viande aux épices de la forêt, font griller maïs et patates douces sur la braise, ou encore préparent le vin de jarre (rượu cần). Autour du foyer, la convivialité s’installe et les histoires de tous les jours se mêlent aux saveurs.

À la tombée du jour, le village s’illumine autour d’un feu. Visiteurs, jeunes du village et familles S’tiêng se retrouvent pour un moment de partage artistique. Les gongs résonnent dans la grande forêt, les danses traditionnelles s’enchaînent, le vin de jarre circule : les frontières s’effacent. La journée s’achève par la remise à chacun d’un « passeport d’expérience », à la fois souvenir et témoignage d’un parcours vécu pleinement, où le voyageur a vécu, ressenti et gardé en mémoire la culture S’tiêng.

Pour sa première participation, Mme Truong Thi Thanh Huyen, venue de Hô Chi Minh-Ville, confie son enthousiasme : « Ce séjour m’a procuré des émotions merveilleuses. Je n’étais pas simple spectatrice : j’ai vraiment vécu dans l’univers culturel des habitants. De l’histoire à la cuisine, du tissage du brocart aux gongs, tout est passionnant. Apprendre directement sur place m’a permis de mieux comprendre la vie locale et la beauté singulière de la culture S’tiêng. »

Même enthousiasme chez Le Trong Thang, étudiant à l’Université du Travail et des Affaires sociales : « Enfiler le costume traditionnel, piler le riz avec les villageois, allumer le feu de joie : ce sont parmi mes plus beaux souvenirs. L’expérience est authentique, chaleureuse, et très éloignée d’une simple visite touristique. »

Faire rayonner la « marque Bom Bo »

Le Thi Thu Thuan, secrétaire de l’Union de la jeunesse de la commune, résume l’idée centrale : « Pour que les jeunes aiment la culture S’tiêng, il faut qu’ils puissent la vivre de l’intérieur. Pour que les visiteurs n’oublient pas Bom Bo, il faut leur offrir des expériences uniques, introuvables ailleurs. » C’est de cette conviction qu’est né le programme, conçu comme une nouvelle façon de faire du tourisme : le voyageur y devient acteur plutôt que spectateur. Du costume en brocart au « passeport d’expérience », chaque étape est un maillon d’un tourisme à la fois culturel et communautaire, qui contribue à faire connaître Sóc Bom Bo bien au-delà de la région.

Des visiteurs jouent du lithophone au musée de la culture S’tiêng, dans le commune de Bom Bo. Photo : VNA.
Des visiteurs jouent du lithophone au musée de la culture S’tiêng, dans le commune de Bom Bo. Photo : VNA.

Pour Nguyen Van Phat, président du Comité populaire de la commune, le classement du site comme vestige historique national et l’inscription du pilage du riz au pilon à la main des S’tiêng et M’nông à l’inventaire national du patrimoine immatériel, décidés par le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme, constituent un « jalon » majeur. Ils honorent les valeurs culturelles et historiques locales, fierté des habitants, et offrent un socle juridique solide pour un tourisme durable.

La commune fait de la préservation et de la valorisation de ce patrimoine sa mission première, en parallèle des investissements en infrastructures. Elle expérimente actuellement le programme « Une journée dans la peau d’un S’tiêng » et soutient la section locale de l’Union de la jeunesse, qui l’anime, en personnel, en équipements et en partie sur le plan financier. Elle entend aussi maintenir les troupes de gongs et de chants populaires ainsi que les coopératives d’artisanat, collecter les mélodies traditionnelles pour les enseigner aux plus jeunes, et faire de ce patrimoine une offre touristique immersive : pilage du riz, tissage, préparation du vin de jarre.

La commune cherche enfin à attirer des investissements privés dans les chambres chez l’habitant, les boutiques de souvenirs et les produits labellisés OCOP (À chaque commune un produit), et mise sur les plateformes numériques pour faire rayonner la marque Bom Bo.

Le Thi Ngoc Loan, directrice du Service de la Culture, des Sports et du Tourisme de Dong Nai, a indiqué que son administration continuera de travailler avec les autorités locales pour la gestion, la restauration et la mise en valeur du site, avec une attention particulière à la numérisation des archives, à la collecte du patrimoine du pilage du riz et au rôle central de la communauté. Artisans, anciens et personnalités respectées du village disposeront des meilleures conditions pour transmettre leur savoir aux jeunes, tandis que le numérique et les médias modernes serviront à diffuser l’identité culturelle S’tiêng et M’nông, pour un tourisme durable.

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