Les touristes découvrent l'espace culturel des gongs dans le quartier de Pleiku, province de Gia Lai. Photo : NDEL.
Les touristes découvrent l'espace culturel des gongs dans le quartier de Pleiku, province de Gia Lai. Photo : NDEL.

Tourisme communautaire : quand les villages racontent leur histoire

À l’ouest de la province de Gia Lai (dans les hauts plateaux du Centre du Vietnam), de nombreux villages préservent encore leurs maisons communales traditionnelles, leurs gongs, leurs techniques de tissage et de vannerie, leur gastronomie ainsi que les pratiques culturelles des communautés Gia Rai et Ba Na.

Ces richesses alimentent désormais le tourisme communautaire, créant des emplois et des revenus supplémentaires pour les habitants. Mais pour devenir des destinations touristiques durables et économiquement viables, elles ont besoin d’investissements à la hauteur de leur potentiel.

Du patrimoine vivant à l’expérience touristique

Dans le hameau de Mo Hra-Dap, commune de To Tung (province de Gia Lai), le tourisme communautaire se développe à partir du mode de vie de la communauté des Ba Na.

La maison communale traditionnelle, ou nhà rông, reste au cœur de la vie collective. Les gongs, la danse xoang, les fêtes, le tissage du brocart et la vannerie sont autant de traditions que les habitants continuent de faire vivre et qu’ils font découvrir aux visiteurs.

Plutôt que de créer un espace touristique coupé de la vie locale, le village s’appuie sur son patrimoine vivant pour proposer des expériences authentiques.

Selon Dinh Van Brech, chef du hameau de Mo Hra-Dap, le développement du tourisme permet aux habitants de mieux faire connaître leur culture, leurs produits et leur quotidien. Les tisserands trouvent de nouveaux débouchés, les vanniers vendent plus facilement leurs créations et les ensembles de gongs sont davantage sollicités pour des représentations. Des activités jusque-là ancrées dans la vie du village deviennent ainsi une source de revenus complémentaires.

Le hameau de Mo Hra-Dap a préparé pendant plusieurs années sa transition vers le tourisme. En mars 2019, le Comité populaire de la province de Gia Lai a approuvé la mise en œuvre de la première phase du projet « Patrimoine en partage », financé par le British Council à hauteur de plus de 1,3 milliard de dôngs.

Confié à l’Institut de recherche et de développement des métiers ruraux du Vietnam, ce projet visait à développer le tourisme communautaire autour du patrimoine culturel des Ba Na, tout en offrant aux habitants de nouvelles perspectives de revenus.

En 2024, les autorités locales ont poursuivi leurs investissements dans les infrastructures et les équipements nécessaires à l’accueil des visiteurs.

Fin 2025, l’offre de tourisme communautaire du village a obtenu la certification OCOP trois étoiles, dans le cadre du programme « À chaque commune son produit ». Ce parcours montre que la valorisation touristique du patrimoine se construit d’abord à partir des pratiques et des richesses de la communauté.

Au village de Plei Op, dans le quartier de Pleiku, les maisons longues et les maisons traditionnelles sur pilotis, les espaces consacrés aux gongs et à la danse xoang, ainsi que les métiers du tissage et de la vannerie témoignent toujours de la richesse de la culture des Gia Rai.

Pourtant, le tourisme communautaire y repose encore essentiellement sur l’accueil de groupes ou de visiteurs ayant réservé à l’avance.

Les activités proposées et la participation des habitants restent en deçà du potentiel du village. Les acteurs locaux cherchent donc à faire évoluer ce modèle, en passant d’un tourisme où l’on vient simplement « regarder » à une approche privilégiant l’expérience et la rencontre avec la culture locale.

Fin 2025, Plei Op a ainsi proposé une reconstitution des fiançailles traditionnelles des Gia Rai, conçue pour faire participer directement les visiteurs. Vêtus de costumes traditionnels, ceux-ci incarnent les proches des futurs mariés, apportent des présents et des jarres de vin de riz, puis prennent part aux différentes étapes de la cérémonie selon les coutumes locales.

« Cette approche permet aux visiteurs de ne plus être de simples spectateurs, mais de découvrir de l’intérieur la vie culturelle de la communauté des Gia Rai. La reconstitution de la cérémonie devient ainsi progressivement une expérience phare du tourisme communautaire à Plei Op », explique Nguyen Ngoc Thong, vice-président du Comité populaire du quartier de Pleiku.

Les habitants s'efforcent de transformer progressivement les valeurs culturelles traditionnelles en produits touristiques. Photo : NDEL
Les habitants s'efforcent de transformer progressivement les valeurs culturelles traditionnelles en produits touristiques. Photo : NDEL

Les habitants, premiers « ambassadeurs » de leur village

H'Uyen Nie, vice-responsable du Comité de gestion du tourisme communautaire du village de Kep 1, dans la commune de Ia Ly, participe directement à l’accueil des visiteurs. Avec ses collaborateurs, elle présente les activités du village et en diffuse les images sur les réseaux sociaux afin de faire rayonner la culture des Gia Rai.

Au village de Stor, dans la commune de To Tung, Dinh Moi mise lui aussi sur les outils numériques pour faire connaître la culture, les paysages et les activités touristiques de la communauté des Ba Na.

De son côté, A Ngui commence à présenter sur Internet son homestay, la vie quotidienne du village et ses traditions, permettant aux visiteurs de se familiariser avec les lieux avant même d’y séjourner.

D’autres jeunes, comme Aya Đak, Kpă Hnhung, Ksor Nam et Mang Ksor, utilisent également les réseaux sociaux pour faire découvrir leurs villages, leurs costumes, leur musique et leurs traditions.

Ces initiatives montrent que l’attrait du tourisme communautaire ne repose pas seulement sur la richesse du patrimoine. Il dépend aussi de la capacité des habitants à raconter leur propre histoire et à faire de leur village une destination vivante aux yeux des visiteurs.

Une belle vidéo ou une photographie largement partagée ne suffit toutefois pas à créer une véritable offre touristique. Encore faut-il des personnes capables de comprendre la valeur du patrimoine, de le transformer en expériences accessibles aux visiteurs et de promouvoir ces offres auprès des publics appropriés.

Les jeunes qui maîtrisent les outils numériques et les codes de la communication peuvent jouer un rôle essentiel en reliant leur village au monde extérieur.

Le peuple Ba Na dans la province de Gia Lai préserve son artisanat traditionnel de tissage. Photo : NDEL
Le peuple Ba Na dans la province de Gia Lai préserve son artisanat traditionnel de tissage. Photo : NDEL

Faire du tourisme une source de revenus pour tous

Le tourisme communautaire prend tout son sens lorsque les habitants participent pleinement à la vie touristique du village.

Un repas servi aux visiteurs peut être composé de plats familiers, mais les explications de la personne qui les prépare permettent aussi de raconter les habitudes alimentaires, les travaux des champs au fil des saisons et les coutumes transmises de génération en génération.

Dans un hébergement chez l’habitant, les visiteurs garderont peut-être le souvenir d’une soirée au coin du feu, à écouter des récits sur le village et sur ceux qui ont vécu sous ce toit. La vente d’une pièce de brocart peut également encourager une tisserande à continuer de travailler sur son métier à tisser. Ces expériences sont parfois discrètes, mais elles contribuent à faire toute la singularité d’un village touristique.

À l’inverse, lorsque les prestations sont principalement organisées par des opérateurs extérieurs et que les habitants se limitent à donner des spectacles ou à vendre quelques objets, les retombées économiques pour la communauté restent limitées.

L’enjeu est donc de mesurer ce que le tourisme apporte concrètement aux habitants : combien de ménages bénéficient de revenus supplémentaires après chaque visite, combien de personnes trouvent un emploi et quels métiers traditionnels peuvent continuer à vivre grâce à cette activité.

Pour y parvenir, l’organisation des activités et services touristiques doit évoluer. Les tisserands ont besoin de débouchés réguliers, les cuisiniers doivent pouvoir préparer et fournir eux-mêmes les ingrédients nécessaires, les hébergements chez l’habitant doivent être mis en relation avec les agences de voyages et les ensembles de gongs comme les accompagnateurs chargés des activités doivent bénéficier d’une rémunération clairement définie.

Le tourisme pourra alors devenir un projet collectif, plutôt qu’une activité réservée à quelques ménages disposant des moyens d’investir.

Nguyen Thi Thanh Lich, vice-présidente du Comité populaire de la province de Gia Lai, indique que la province met actuellement en œuvre plusieurs projets de développement du tourisme culturel communautaire.

L’une des priorités consiste à passer d’une préservation figée à une préservation vivante, afin que le patrimoine demeure présent dans la société contemporaine et continue de se renouveler.

Dans cette démarche, les habitants doivent être les premiers acteurs de la préservation de leur culture, mais aussi, et surtout, pouvoir tirer directement des revenus du patrimoine qu’ils s’attachent depuis toujours à protéger et à valoriser.

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