La diplomatie culturelle, un levier pour mobiliser les ressources nationales

Dans un monde où la concurrence repose de plus en plus sur les connaissances, les technologies, les données, les marques et les réseaux, la puissance d’un pays dépend autant de ses ressources que de sa capacité à les identifier, à les relier et à les transformer en moteurs de développement.

Dans un monde où la concurrence repose de plus en plus sur les connaissances, les technologies, les données, les marques et les réseaux, la puissance d’un pays dépend autant de ses ressources que de sa capacité à les identifier, à les relier et à les transformer en moteurs de développement. Sous cet angle, la diplomatie culturelle dépasse les échanges, la promotion de l’image nationale et l’organisation d’événements : elle peut mettre les ressources du pays en relation avec les savoirs, les marchés, les technologies, les capitaux et les réseaux internationaux.

Cérémonie d’ouverture de la deuxième édition du Festival Thang Long–Hanoï 2026. Photo : Bao Long.
Cérémonie d’ouverture de la deuxième édition du Festival Thang Long–Hanoï 2026. Photo : Bao Long.

Des ressources matérielles à une puissance globale

Traditionnellement, les ressources d’un pays étaient principalement comprises comme ses terres, ses richesses naturelles, ses capitaux et sa main-d’œuvre. Cette notion s’est élargie : la culture et l’histoire forgent l’identité ; les individus produisent des connaissances et de la créativité ; la confiance rend la coopération possible ; les données et les technologies renforcent les capacités d’anticipation, d’innovation et de réorganisation des ressources.

La résolution n° 33-NQ/TW du 9 juin 2014, consacrée au développement de la culture et de l’être humain au service du développement durable du Vietnam, définit la culture comme le socle spirituel de la société, un objectif et un moteur du développement durable. Elle demande de lui accorder une place égale à celle de l’économie, de la politique et des questions sociales. Elle prévoit également des mécanismes de soutien à l’action culturelle extérieure, à la promotion des arts nationaux et à l’exportation de produits culturels.

Cette approche a été approfondie par la résolution n° 80-NQ/TW du Bureau politique, adoptée le 7 janvier 2026. La culture vietnamienne y est présentée comme une ressource endogène essentielle, qui façonne l’intelligence, la sensibilité, la détermination et la force de caractère des Vietnamiens. Le développement culturel et humain doit constituer à la fois un socle, une ressource, un moteur et un pilier d’une croissance rapide et durable.

Le texte fixe pour objectif une contribution des industries culturelles d’environ 7 % au PIB d’ici à 2030 et la création de cinq à dix marques nationales dans ce secteur.

Ce changement de perspective est important : la culture doit être préservée, mais aussi organisée de manière à renforcer les capacités de développement. Sa valeur ne saurait toutefois être mesurée à l’aune des seuls bénéfices économiques.

L’expérience sud-coréenne souligne le rôle décisif des mécanismes permettant de transformer le potentiel culturel en résultats concrets. En 2025, le marché culturel sud-coréen était estimé à 274 000 milliards de wons, soit environ 182 milliards de dollars, se rapprochant de l’objectif de 300 000 milliards de wons fixé pour 2030. Les exportations culturelles étaient estimées à quelque 71,8 milliards de dollars, faisant de ce secteur le troisième poste d’exportation du pays.

Le Vietnam dispose d’une base numérique importante pour accompagner cette transformation. À la fin de 2025, il comptait 85,6 millions d’internautes, soit 84,2 % de sa population, et environ 79 millions d’identités d’utilisateurs sur les réseaux sociaux.

Les jeunes ne sont plus seulement les destinataires de l’offre culturelle : ils créent, diffusent et redéfinissent aussi l’image nationale dans l’espace numérique. Avec une gouvernance adaptée, cet espace peut favoriser la création, l’éducation, l’accès aux marchés et la construction de marques nationales.

Le défi de la mise en réseau

Les ressources culturelles vietnamiennes sont considérables, mais restent dispersées entre le patrimoine, les arts, le tourisme, l’éducation, les médias, les entreprises créatives, la diaspora et les partenaires internationaux.

Les données constituent un autre obstacle. Une économie créative ne peut fonctionner efficacement si les informations relatives au patrimoine, aux artisans, aux artistes, aux entreprises, aux marchés, aux publics, aux partenaires étrangers et aux flux de visiteurs ne reposent pas sur des normes communes, restent difficiles à partager ou ne peuvent être analysées.

Lorsque les données sont incomplètes, la qualité des politiques publiques, des prévisions de marché et des applications d’intelligence artificielle s’en trouve également limitée.

Le gouvernement a engagé des mesures concrètes en approuvant la Stratégie nationale des données et le programme de transformation numérique du secteur culturel à l’horizon 2030, avec une vision jusqu’en 2045. Ces deux démarches doivent donc s’inscrire dans un même cadre de gouvernance.

L’UNESCO a relevé les importantes retombées de la K-pop et des séries sud-coréennes sur les biens de consommation et le tourisme. La République de Corée a également développé WelCon, une plateforme d’information destinée à soutenir l’exportation de contenus culturels.

Celle-ci rassemble des informations auparavant dispersées entre quatorze organismes. Elle met en relation les données sur les marchés, les acheteurs et les événements avec des services de conseil juridique, de propriété intellectuelle et de financement, tout en facilitant les contacts commerciaux.

Pour le Vietnam, l’enjeu consiste à harmoniser l’architecture des données, les normes, les objectifs et les mécanismes de coordination, tout en laissant aux acteurs locaux une autonomie de création et d’activité économique. Une gouvernance cohérente doit permettre la diversité des initiatives.

De la promotion de l’image à la création de valeur

Si la culture constitue une ressource, la diplomatie culturelle est l’une des passerelles permettant de la faire connaître à l’étranger et de mobiliser, en retour, des ressources internationales au bénéfice du Vietnam.

La Stratégie d’action culturelle extérieure à l’horizon 2030, avec une vision jusqu’en 2045, offre un cadre pour cette évolution. La diplomatie culturelle doit ainsi passer d’une logique centrée sur les événements à la construction d’une chaîne de valeur : les richesses culturelles favorisent la reconnaissance internationale, la sympathie et la confiance ; celles-ci ouvrent des réseaux de partenaires et renforcent les marques ; ces réseaux stimulent les marchés, le tourisme, le commerce, l’investissement, l’éducation et la coopération scientifique et technologique. Les résultats obtenus doivent ensuite être réinvestis dans le développement humain et culturel.

Cette démarche suppose une infrastructure de données reliant les informations sur le patrimoine, les artistes, les experts, les entreprises, la diaspora, les marchés, les partenaires et les résultats de la coopération.

L’intelligence artificielle peut contribuer à l’analyse des publics, à la traduction, à la personnalisation des contenus, aux prévisions de marché et à la préservation numérique du patrimoine. Son utilisation doit cependant s’accompagner de garanties concernant la vie privée, les droits d’auteur, la cybersécurité, l’authenticité et la souveraineté des données. Ces exigences s’inscrivent dans un modèle de développement centré sur l’être humain.

La diplomatie culturelle doit être envisagée dans le cadre des intérêts nationaux. Elle peut renforcer la compréhension et la confiance, élargir les coopérations économiques, scientifiques et technologiques, tout en contribuant à préserver l’identité et la souveraineté culturelles. Elle peut également consolider la résilience de la société face aux crises, aux conflits informationnels et aux mutations de l’environnement international.

Mobiliser les ressources nationales grâce à la diplomatie culturelle revient à faire de la culture une capacité d’action pour le pays. L’identité nourrit l’attractivité ; l’attractivité suscite la confiance ; la confiance élargit les réseaux ; les réseaux ouvrent des perspectives ; celles-ci créent de nouvelles valeurs qui, à leur tour, soutiennent les individus, la culture, la science, la technologie, la résilience et la position internationale du pays.

Dans un monde marqué par la concurrence stratégique, les nouvelles technologies, les crises et des changements difficiles à prévoir, la capacité d’un pays à durer dépend de son aptitude à renouveler continuellement ses ressources.

Fondée sur une gouvernance moderne, les données, la science, la technologie et le développement humain, la diplomatie culturelle peut ainsi aider le Vietnam à préserver son identité, à élargir ses perspectives de développement et à renforcer sa puissance globale.

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