La diplomatie culturelle, un levier au service du développement

À l’heure où la compétition autour du « soft power » s’intensifie à l’échelle mondiale, la diplomatie culturelle ne se limite plus à promouvoir l’image d’un pays. Elle s’impose désormais comme un véritable moteur de développement.

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Bui Hoai Son, député de l’Assemblée nationale et membre permanent de la Commission de la culture et des affaires sociales

Ces dernières années, la diplomatie culturelle s’est affirmée comme l’un des trois piliers de la diplomatie vietnamienne moderne. Elle contribue à diffuser l’image d’un Vietnam pacifique, riche de son identité culturelle, dynamique et digne de confiance sur la scène internationale.

Dans un entretien accordé au journal The World & Vietnam Report, le député Bui Hoai Son, membre permanent de la Commission de la culture et des affaires sociales de l’Assemblée nationale, revient sur la contribution de la diplomatie culturelle au renforcement du rayonnement international et du pouvoir d’influence du Vietnam. Il présente également plusieurs pistes de réflexion afin que la culture devienne un véritable levier de développement dans une nouvelle phase de croissance du pays.

Construire le soft power à partir de l’identité vietnamienne

Alors que le Vietnam met en œuvre les grandes orientations du Parti en matière de développement national et d’intégration internationale, comment évaluez-vous la contribution du secteur diplomatique dans l'exercice du rôle d'avant-garde de la politique extérieure ?

Bui Hoai Son : L’une des contributions les plus marquantes du secteur diplomatique au cours des dernières années a été d’affirmer progressivement son rôle de force de proposition, en créant un environnement de paix et de stabilité tout en mobilisant les ressources internationales nécessaires au développement du pays.

Dans un contexte international marqué par l’instabilité, la montée des rivalités stratégiques, la multiplication des foyers de tensions et l’érosion de la confiance entre les États, la diplomatie vietnamienne a démontré sa capacité d’adaptation, sa cohérence et son esprit d’initiative. Le Vietnam demeure attaché à son indépendance, à son autonomie stratégique et à la défense de ses intérêts nationaux, tout en poursuivant une politique active d’intégration internationale et de diversification de ses partenariats. Cette approche a contribué à renforcer la position et le prestige du pays sur la scène mondiale.

Il convient également de souligner la complémentarité croissante entre la diplomatie politique, la diplomatie économique et la diplomatie culturelle. La première instaure un climat de confiance et définit le cadre des relations bilatérales ; la deuxième transforme cette confiance en échanges commerciaux, investissements, transferts technologiques et opportunités de développement ; la troisième apporte une dimension humaine en favorisant la compréhension mutuelle et la pérennité des partenariats.

Autrement dit, si la diplomatie politique ouvre les portes, la diplomatie économique fait circuler les ressources, la diplomatie culturelle construit des ponts entre les peuples. Cette synergie permet à l’action extérieure de ne pas se limiter aux relations interétatiques, mais de bénéficier directement aux citoyens, aux entreprises, aux collectivités locales et aux objectifs de développement à long terme.

Elle illustre également une diplomatie vietnamienne moderne, globale et profondément ancrée dans les valeurs nationales : ferme sur les principes, souple dans les méthodes, sincère dans le dialogue et résolument tournée vers la paix, la coopération et le développement.

La diplomatie culturelle est aujourd’hui considérée comme l’un des trois piliers de la diplomatie vietnamienne. De quelle manière a-t-elle contribué à renforcer la position du Vietnam, son pouvoir d’influence et son image internationale, tout en créant de nouvelles ressources au service du développement ?

Bui Hoai Son : La diplomatie culturelle a permis au monde de mieux connaître le Vietnam, de manière plus complète et plus nuancée. Le pays n’est plus seulement perçu comme une nation qui s’est battue pour son indépendance ; il est désormais reconnu comme un État pacifique, dynamique, riche de son patrimoine culturel, responsable et digne de confiance.

Grâce à la promotion du patrimoine, des arts, de la gastronomie, de la langue vietnamienne, de la tradition humaniste et des valeurs de paix, la diplomatie culturelle a constitué un précieux capital de sympathie. Celui-ci ne se mesure pas immédiatement en chiffres, mais il produit des effets durables sur les relations politiques, la coopération économique, l’attractivité touristique, les investissements étrangers et les échanges entre les peuples.

Les démarches couronnées de succès visant à faire reconnaître par l’UNESCO les patrimoines, les figures historiques et les fonds documentaires du Vietnam ne se limitent pas à la mise à l’honneur de l’histoire et de la culture nationales. L’enjeu essentiel de cette démarche consiste à inscrire les valeurs vietnamiennes dans le grand courant de la civilisation humaine, tout en donnant une forte impulsion à la préservation du patrimoine, à l’essor du tourisme et au développement de produits issus des industries culturelles.

La diplomatie culturelle contribue également au rayonnement du Vietnam à travers les visites officielles de haut niveau, les journées et semaines culturelles organisées à l’étranger, les festivals, les spectacles artistiques et les programmes d’échanges internationaux. Chaque spécialité culinaire, chaque ao dai, chaque mélodie traditionnelle, chaque œuvre cinématographique ou chaque récit mettant en valeur les Vietnamiens peut devenir un véritable ambassadeur du pays.

À l’ère contemporaine, la puissance d’un État ne repose plus uniquement sur son poids économique ou ses capacités militaires. Elle dépend également de sa faculté à susciter l’admiration, la confiance et le désir de coopération. C’est précisément dans cette perspective que la diplomatie culturelle transforme la richesse culturelle du Vietnam en un véritable instrument de soft power, créateur de nouvelles ressources au service du développement.

Ouvrir la voie au développement par la diplomatie culturelle

Dans un contexte de concurrence croissante entre les États en matière de soft power, quelles mesures le Vietnam devrait-il prendre pour renforcer l’efficacité de sa diplomatie culturelle et faire de son patrimoine, de sa culture et de son peuple de véritables atouts pour attirer les investissements, développer le tourisme, favoriser la coopération internationale et accroître son influence ?

Bui Hoai Son : La première évolution consiste à passer d’une logique de simple promotion culturelle à une véritable stratégie de construction de l’attractivité nationale. La diplomatie culturelle ne peut se limiter à l’organisation ponctuelle de spectacles, d’expositions ou de semaines culturelles. L’essentiel est de créer des récits, des produits et des expériences culturelles capables de toucher le public international et de susciter une véritable adhésion.

Pour y parvenir, le Vietnam doit identifier clairement les valeurs qui constituent le cœur de son identité nationale. Il s’agit notamment d’un pays attaché à la paix, animé par un profond humanisme, fort d’une culture vivante et résiliente, peuplé d’hommes et de femmes accueillants, créatifs et capables de surmonter les difficultés. Ces valeurs doivent être portées de manière cohérente à travers la communication, le tourisme, le cinéma, la musique, la mode, la gastronomie, le design, les jeux vidéo et l’ensemble des industries créatives.

La deuxième priorité est de renforcer les liens entre la diplomatie culturelle et les industries culturelles. Le patrimoine ne devient une véritable ressource qu’à partir du moment où il est transformé en produits, en services, en marques et en expériences à forte valeur ajoutée. Il est donc essentiel d’encourager les entreprises, les artistes, les designers, les réalisateurs et les acteurs du numérique à raconter l’histoire du Vietnam à travers un langage contemporain, en phase avec les attentes des publics internationaux.

Troisièmement, le Vietnam doit investir davantage dans sa capacité de communication internationale. À l’ère numérique, une création culturelle de qualité peut franchir les frontières en quelques heures, tandis qu’un message peu convaincant risque de passer totalement inaperçu. Le pays a donc besoin de professionnels maîtrisant à la fois la culture, les langues étrangères, les technologies numériques, les marchés internationaux et les attentes des différents publics.

Enfin, chaque territoire doit être encouragé à identifier et à valoriser ses propres richesses culturelles. La diplomatie culturelle nationale ne pourra pleinement exprimer sa diversité qu’en s’appuyant sur les milliers d’histoires, de patrimoines, de communautés et de talents qui composent le Vietnam.

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Le programme artistique original « Dao hoc » met en lumière la richesse de la culture vietnamienne à travers une exposition, de la musique, l’áo dài et les arts de la scène. (Source : ministère des Affaires étrangères)

Les résolutions du Parti font de la politique étrangère une mission stratégique et permanente. Selon vous, comment le secteur diplomatique devrait-il renouveler sa vision et ses méthodes afin de continuer à jouer un rôle moteur dans cette nouvelle étape du développement du pays ?

Bui Hoai Son : À mes yeux, il est d’abord essentiel de considérer que la diplomatie culturelle ne relève pas uniquement du ministère des Affaires étrangères ou des institutions chargées de la culture. Elle doit devenir un projet collectif associant l’ensemble du système politique, les entreprises, les chercheurs, les artistes et, plus largement, chaque citoyen vietnamien.

À l’ère du numérique, les frontières entre politique intérieure et politique extérieure, tout comme celles entre médias nationaux et médias internationaux, deviennent de plus en plus perméables. Un geste exemplaire accompli par un citoyen, une innovation culturelle ou une histoire positive relayée sur les réseaux sociaux peut contribuer à renforcer l’image du Vietnam. À l’inverse, une information erronée ou un comportement irresponsable peut porter atteinte à la réputation du pays.

La diplomatie culturelle doit donc évoluer d’un modèle principalement piloté par l’État vers un modèle dans lequel celui-ci joue avant tout un rôle d’orientation, de coordination et de mise en relation. Les entreprises, les artistes, les créateurs et les citoyens doivent être pleinement associés à cette dynamique. Dans cette perspective, le ministère des Affaires étrangères est appelé à devenir un véritable trait d’union entre les valeurs culturelles vietnamiennes, les marchés internationaux et les attentes des publics étrangers.

La transformation numérique impose également de renouveler les modes de narration. Il ne s’agit plus seulement de numériser le patrimoine pour le conserver, mais aussi de le faire vivre, de le transmettre, de stimuler la créativité et de générer de nouvelles valeurs économiques. Le patrimoine, l’histoire et les arts du Vietnam doivent trouver leur place dans les films, les plateformes numériques, les musées virtuels, les expériences immersives, les jeux vidéo et les nouveaux formats de création.

Par ailleurs, il est indispensable de mettre en place un système d’évaluation de la diplomatie culturelle fondé sur des données fiables. Son efficacité ne saurait être appréciée uniquement au regard du nombre d’événements organisés. Elle doit également être mesurée à travers la notoriété internationale du Vietnam, l’évolution des flux touristiques, les opportunités d’investissement, les exportations de produits culturels et le développement des partenariats internationaux.

En définitive, renouveler la diplomatie culturelle revient à passer d’une logique d’organisation d’activités à une stratégie d’influence ; d’une communication unidirectionnelle à un dialogue permanent, fondé sur l’interaction et la cocréation avec les publics du monde entier.

Une stratégie de long terme pour renforcer l’influence du Vietnam

En tant que chercheur en culture et député de l’Assemblée nationale, quelles sont vos attentes concernant la coopération entre le secteur diplomatique, les autres ministères, les collectivités locales et les milieux de la création afin d’élaborer une stratégie de diplomatie culturelle à long terme, capable de contribuer aux objectifs de développement du Vietnam à l’horizon 2030 et à la vision 2045 ?

Bui Hoai Son : J’espère avant tout que le Vietnam se dotera d’une véritable stratégie de diplomatie culturelle à long terme, cohérente, structurée et capable de mobiliser l’ensemble des forces de la société. La diplomatie culturelle ne devrait pas être une juxtaposition d’initiatives ponctuelles, mais constituer une composante organique de la stratégie nationale de développement, de la stratégie de marque du Vietnam et de la politique de développement des industries culturelles.

Le ministère des Affaires étrangères doit continuer à jouer un rôle de coordination en mettant à disposition des informations sur les différents marchés, les régions du monde et les attentes des publics étrangers. Le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme est appelé à garantir la qualité scientifique et culturelle des projets ainsi que leur cohérence avec les valeurs nationales. Les autres ministères doivent créer un cadre favorable en matière de réglementation, de commerce, de technologies et d’investissement, tandis que les collectivités territoriales ont pour mission de valoriser leurs patrimoines, leurs savoir-faire, leurs récits et leurs productions culturelles. Quant aux entreprises et aux acteurs des industries créatives, ils doivent transformer ces richesses en produits capables de séduire les marchés internationaux.

Je souhaite tout particulièrement la mise en place d’un mécanisme permanent de coopération réunissant les représentations diplomatiques, les collectivités locales, les universités, les instituts de recherche, les entreprises technologiques, les sociétés de production audiovisuelle, les artistes, les créateurs ainsi que les Vietnamiens résidant à l’étranger. La diaspora vietnamienne ne constitue pas seulement un trait d’union entre le Vietnam et le reste du monde ; elle représente également une ressource précieuse en matière de connaissances, de réseaux et de créativité, essentielle au rayonnement de la culture vietnamienne.

Une telle stratégie devra définir clairement des marchés prioritaires, des secteurs d’action et des symboles nationaux à promouvoir. Elle devra également bénéficier de ressources adaptées, de mécanismes favorisant les partenariats entre le secteur public et le secteur privé, ainsi que de politiques encourageant l’innovation et la création.

L’investissement dans le capital humain sera tout aussi déterminant. La diplomatie culturelle exige des professionnels capables d’allier une solide culture politique à une connaissance approfondie des enjeux culturels, une parfaite maîtrise des langues étrangères, des outils numériques et de la communication internationale.

À l’horizon 2030, et plus encore à l’échéance de 2045, l’ambition du Vietnam ne doit pas se limiter à devenir un pays prospère. Le pays aspire également à être reconnu pour son identité culturelle, son pouvoir d’attraction et sa capacité à apporter une contribution positive à la communauté internationale.

La diplomatie culturelle doit permettre au monde non seulement de connaître le Vietnam, mais aussi de l’apprécier, de lui faire confiance, de choisir d’y investir, d’y voyager et de développer avec lui des partenariats durables. C’est ainsi que la culture peut devenir une véritable source de puissance nationale et que la politique étrangère peut pleinement jouer son rôle de force motrice au service du développement du pays dans cette nouvelle ère.

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