Courses de bœufs de Chua Ro, un patrimoine vivant des Khmers à An Giang
Trente-deux paires de bœufs se sont affrontées dans des courses acharnées sur l’arène de Chua Ro, à l’occasion de la fête Sene Dolta, une célébration traditionnelle des Khmers de la région des Bay Nui, dans la province d’An Giang (au Sud du Vietnam).
La 12e édition des courses traditionnelles de bœufs de Chua Ro s’est tenue le 13 septembre, sur l’arène située dans le hameau de Vinh Thuong, commune d’An Cu, province d’An Giang.
Cet événement a attiré des dizaines de milliers de spectateurs et touristes venus de tout le pays et de l’étranger. Il s’agit d’un festival traditionnel profondément ancré dans la fête Sene Dolta, une célébration khmère en hommage aux ancêtres, propre à la région des Bay Nui (littéralement « sept montagnes »).
Selon la légende, autrefois, au crépuscule, une fois les labours achevés, certains paysans se réunissaient avec leurs bœufs pour des courses « à la bonne franquette » dans les rizières. Comme des courses de bœufs avaient lieu près des pagodes khmers, le bonze assurant la gestion de la pagode et l’homme présidant les rites religieux eut alors l’idée d’organiser une course dotée de récompenses qui, au fil des décennies, est entrée dans les us et coutumes des Khmers.
Issue de l’ancienne coutume du “bừa công quả“ - où les villageois khmers labouraient les champs pour les pagodes - la course s’est transformée au fil du temps en une grande fête populaire. Le couple de bœufs vainqueur fait non seulement la fierté de son propriétaire, mais aussi celle de tout le "phum" ou "sóc" (village khmer). Photo : znews.vnCette année, la compétition a réuni 32 paires de bœufs venues de différentes localités de la région des Bay Nui. La commune d'An Cu comptait 13 paires, Tinh Bien 12, Chi Lang 4 et Nui Cam 3. Ces bœufs avaient été soigneusement élevés et entraînés par leurs propriétaires afin d’être prêts à affronter la piste. Photo : znews.vn
Avant le début des épreuves, les éleveurs ont amené leurs bœufs sur la piste pour leur permettre de s’habituer au terrain. Sélectionnés et soigneusement préparés en amont de la compétition, les bœufs les plus robustes, rapides et endurants se sont élancés avec leurs conducteurs dans des courses acharnées sur une piste détrempée. Photo : znews.vnAu signal du départ, les paires de bœufs se sont immédiatement ruées vers l’avant. Debout sur une herse en bois attelée derrière les animaux, le conducteur devait constamment les guider pour maintenir leur trajectoire, tandis que leurs sabots projetaient boue et eau dans tous les sens, offrant des accélérations spectaculaires et des scènes particulièrement palpitantes. Photo : znews.vnChaque paire de bœufs engagée dans la compétition porte un joug autour du cou et tire une herse en bois. Debout sur celle-ci, le conducteur doit conserver son équilibre à chaque foulée tout en contrôlant la direction de la course. Le moindre écart de trajectoire peut faire perdre à la paire son avantage sur son adversaire. Photo : znews.vnL’écart entre les deux paires se réduit rapidement lorsque celle qui suit accélère. Sur la piste, la puissance de traction des bœufs, conjuguée à l’expérience des conducteurs, donne lieu à d’intenses poursuites. Photo : znews.vnÀ chaque foulée, la boue et l’eau sont projetées vers l’arrière. Les fortes pluies rendent le terrain encore plus glissant et boueux, compliquant le maintien d’une vitesse régulière aussi bien pour les bœufs que pour leurs conducteurs. Photo : znews.vn
Une manche comprend généralement deux tours : le tour d’appel et le tour de lâcher. Lors du tour d’appel, les bœufs courent plus lentement, à la fois pour effectuer une démonstration et pour se familiariser avec la piste avant d’aborder la phase d’accélération. Le conducteur en profite également pour stabiliser la paire, maintenir la bonne trajectoire et se préparer au tour décisif. Photo : znews.vnSelon le règlement, une paire peut être éliminée si ses bœufs marchent sur la herse de l’adversaire ou sortent des limites fixées pour la largeur de la piste. Ainsi, au-delà de la puissance des animaux, l’habileté du conducteur joue un rôle déterminant. Photo : znews.vnLorsqu’il faut accélérer pour prendre l’avantage, le conducteur utilise un xà-lul (un outil en bois pointu) pour stimuler les bœufs et les faire courir plus vite. Les coups répétés, mêlés au martèlement des sabots, créent l’une des scènes les plus caractéristiques de la piste de Chua Ro. Le conducteur doit coordonner les sollicitations adressées aux bœufs et le maintien de leur trajectoire afin de ne pas perdre son avantage. Photo : znews.vnAprès les affrontements acharnés, les moines et les habitants khmers sont descendus dans les rizières pour repiquer les jeunes plants de riz sur le terrain même où venait de se dérouler la course. Cette activité s’inscrit dans les pratiques communautaires destinées à préparer la nouvelle saison agricole. Cette année, la course de bœufs de Chua Ro avait été menacée d’annulation en raison de difficultés financières. Grâce à la mobilisation de ressources issues de la société, la compétition a finalement pu être maintenue, permettant de perpétuer cette tradition culturelle de la communauté khmère des Bay Nui. Photo : znews.vn
En 2016, la fête des courses de bœufs de Bay Nui a été reconnue patrimoine culturel immatériel national, devenant un symbole vivant de la culture khmère du Sud et un événement culturel et sportif majeur de la province d’An Giang.
Au-delà de sa dimension spectaculaire, cette fête incarne l’esprit de solidarité, le goût de l’effort, l’aspiration à des récoltes abondantes et une vie prospère. C’est un moment fort de cohésion communautaire, de transmission culturelle et de valorisation du patrimoine aux yeux des jeunes générations.