L’artisan Pham Ngoc Toan sculpte des sceaux en bois dans la rue Hang Quat, à Hanoï. Photo : VNP.
L’artisan Pham Ngoc Toan sculpte des sceaux en bois dans la rue Hang Quat, à Hanoï. Photo : VNP.

Préserver l’âme de Hanoï au rythme des souffles du quotidien

Hanoï, c’est aussi l’histoire des gens qui, depuis des décennies, restent profondément attachés à un coin de rue, à un métier, à un mode de vie. Ils ne portent pas le titre de « gardiens du patrimoine », mais c’est leur présence constante qui contribue à préserver la mémoire de la ville et à lui offrir des repères durables.

La capitale vietnamienne se transforme de jour en jour. De larges avenues s’ouvrent, de nouveaux immeubles s’élèvent. Mais qu’est-ce qui préserve véritablement l’âme et la mémoire de la ville ? Le patrimoine se réduit-il à quelques murs couverts de mousse, ou réside-t-il aussi dans ces souffles simples qui animent la ville au quotidien ?

Hanoï, c’est aussi l’histoire des gens qui, depuis des décennies, restent profondément attachés à un coin de rue, à un métier, à un mode de vie. Ils ne portent pas le titre de « gardiens du patrimoine », mais c’est leur présence constante qui contribue à préserver la mémoire de la ville et à lui offrir des repères durables.

Pham Minh Quan, enseignant à l’École des sciences interdisciplinaires et des arts de l’Université nationale du Vietnam à Hanoï, apporte un éclairage sur la notion de patrimoine vivant : « Hanoï n’est pas seulement façonnée par ce que nous voyons et que nous appelons patrimoine, mais aussi par les personnes qui vivent dans ces espaces, par les métiers, les moyens de subsistance, les habitudes et les liens sociaux qui se perpétuent au fil des générations… Ce sont précisément ces métiers en apparence ordinaires qui façonnent l’identité des quartiers. Ces personnes sont les témoins vivants de la ville ; elles gardent en mémoire des choses que ni les panneaux indicateurs ni les descriptions touristiques ne peuvent retranscrire. »

Ces « témoins vivants » ne sont pas loin. Ils sont toujours là, discrètement présents au coin de la rue Hang Quat, où l'artisan Pham Ngoc Toan façonne le bois depuis plus de trente ans. Après avoir quitté l’enseignement à l’époque du système de subventions d’État, il a choisi de renouer avec l'artisanat traditionnel de sa famille.

À l’heure où les sceaux industriels sont produits en série et à grande vitesse, les mains de cet artisan de plus de 70 ans continuent, avec patience, de tailler et de sculpter le bois. Dans chaque motif gravé, il inscrit une part de lui-même et les récits de toute une vie.

mun-artisan-qdnd.jpg
Un membre du groupe Mun Artisan présente des produits incrustés de nacre à de jeunes clients. Photo : QĐND.

Nguyen Thi Minh Chau, née en 2002 dans le village de Chuon Ngo, réputé pour son artisanat de la marqueterie et de l'incrustation de nacre sur bois, a fondé la marque « Mun Artisan ».

Minh Chau ne cherche pas à préserver son métier en figeant la mémoire. Elle y introduit au contraire une approche du design contemporain, pour permettre au patrimoine de sortir des espaces domestiques où il était traditionnellement conservé et de trouver naturellement sa place dans la vie des jeunes générations.

« Je souhaite simplement faire revivre un artisanat vietnamien d'une grande beauté, d'une méticulosité et d'une richesse exceptionnelles. Lorsqu’un métier retrouve une véritable place dans la vie contemporaine et répond à une demande, ceux qui l’exercent ont davantage de motivation pour le perpétuer. Et le métier peut à son tour continuer à faire vivre ceux qui le pratiquent », explique Nguyen Thi Minh Chau.

Animée par un profond amour pour sa terre natale, la jeune artisane Nguyen Thu Phuong, originaire du village des bâtonnets d'encens de Quang Phu Cau, choisit d'éveiller les sens des visiteurs.

encens-vov.jpg
Des bouquets de bâtonnets d’encens disposés en forme de « S » et du drapeau vietnamien. Photo : VOV.

Pour elle, les bâtonnets d'encens, rougeoyants sous le soleil d'été, ne sont pas seulement un moyen de subsistance, mais aussi un lien spirituel sacré reliant ce village artisanal de la banlieue au cœur de Thang Long – où se dressent le temple Ngoc Son, le monument Ly Thai To et où des valeurs millénaires perdurent silencieusement.

« Tout d'abord, je tiens à dire que j'ai la grande chance d'être née et d'avoir grandi dans le village traditionnel des artisans de bâtonnets d'encens de Quang Phu Cau… Fabriquer de l'encens, ce n'est pas seulement créer un produit, c'est aussi préserver une part de la culture de mon village natal. Pour moi, un bâtonnet d'encens est un pont entre le monde réel et le monde invisible… Je souhaite transmettre aux générations futures mon amour et ma fierté pour la culture vietnamienne, afin que l'âme de Hanoï en particulier et du Vietnam en général perdure à jamais », confie Nguyen Thu Phuong.

Hanoï ne se façonne pas seulement à travers des objets artisanaux d’une grande finesse. La mémoire de la ville tient parfois à une saveur familière, à un petit établissement resté presque inchangé au fil des années.

Au « Xe Đạp Quán », situé dans la rue Tho Lao, tenu par la famille de M. Binh, on découvre l'authenticité de la cuisine hanoïenne d'antan.

fleurs-vnbpearl.jpg
Les marchandes ambulantes de fleurs, avec leurs charges de fleurs, sont profondément ancrées dans la mémoire des Hanoïens. Photo : Vinpearl.

Une ville qui aspire à se développer et à rayonner ne peut rester immobile. Mais cette transformation ne prend véritablement son sens que si la ville ne renonce ni à son « identité » ni à ce qui fait sa singularité. La présence discrète de ceux qui restent - qu’il s’agisse d’un artisan graveur de sceaux, d’un jeune artisan, d’un marchand ambulant ou d’une mère qui perpétue les habitudes et les traditions de la famille - constitue précisément cet ancrage qui empêche la ville de devenir un espace sans âme.

Pham Minh Quan a partagé une observation pertinente : « Un patrimoine vivant n’est pas immuable. Il peut évoluer, à condition que cette évolution préserve le lien qui l’unit à son histoire et à la communauté qui l’a fait naître… Ces personnes n’ont pas nécessairement besoin de participer directement aux actions de conservation, aux recherches sur le patrimoine ou aux travaux de restauration et de reconstruction. C’est précisément la vie qu’elles mènent, le travail qu’elles accomplissent et les moyens de subsistance qu’elles tirent de ces lieux auxquels leur famille est attachée qui constituent l’histoire à préserver et à transmettre, permettant ainsi au patrimoine de continuer à vivre. »

Ils restent là, vivent simplement et continuent de gagner leur vie, assurant ainsi la continuité d’une mémoire qui ne demande qu’à vivre. Grâce à eux, Hanoï n’est pas seulement un nom sur une carte, mais une entité vivante et vibrante, dotée d’une âme et de souvenirs.

Back to top