Disposant d’un système hospitalier de plus en plus moderne, d’un corps médical hautement qualifié et d’un avantage en termes de coûts compétitifs, le Vietnam présente un fort potentiel de développement du tourisme médical.
Toutefois, pour transformer ce potentiel en une offre réellement compétitive, le pays doit assurer une connexion harmonisée de trois composantes clés : la santé, le tourisme et les services d’appui.
Ces trois « maillons » essentiels contribuent à la formation d’un écosystème de tourisme médical au Vietnam, orienté vers le professionnalisme, la durabilité et la compétitivité face aux autres pays de la région.
Un potentiel considérable
Ces dernières années, le tourisme médical s’est imposé comme une tendance mondiale en forte croissance.
Plusieurs pays asiatiques tels que la Thaïlande, Singapour, la République de Corée ou encore la Malaisie ont rapidement positionné leur marque, en développant des offres combinant soins médicaux, bien-être et séjours de détente, attirant chaque année des millions de visiteurs internationaux.
Selon Ha Anh Duc, directeur de l’Administration de l’examen et du traitement médicaux (ministère de la Santé), les touristes médicaux présentent deux besoins fondamentaux : accéder à des services de soins et bénéficier de prestations de bien-être, incluant notamment des activités de villégiature, de rééducation fonctionnelle, de soins de santé et de prise en charge en maisons de retraite.
Il souligne que les progrès remarquables de la médecine vietnamienne ces dernières années ouvrent de vastes perspectives pour son intégration au développement touristique.
De nombreux hôpitaux, tant au niveau central que local, sont désormais équipés de technologies modernes et maîtrisent des techniques de pointe.
Le secteur de la santé enregistre également des avancées notables dans des domaines spécialisés tels que la chirurgie mini-invasive, les transplantations d’organes, les greffes cœur-poumon ou encore le traitement des cancers.
Par ailleurs, les compétences du personnel médical ne cessent de se confirmer, comme en témoignent les succès enregistrés dans les transplantations simples et multiples, les interventions complexes et la chirurgie cardiaque fœtale, réalisées dans des établissements modernes répondant aux normes internationales.
En outre, le développement de la médecine traditionnelle orientale constitue un atout distinctif du Vietnam, avec des pratiques telles que l’acupuncture, l’acupression, la rééducation fonctionnelle ou l’utilisation de plantes médicinales et de remèdes traditionnels.
Autant d’éléments propices au développement de produits touristiques axés sur le bien-être, la convalescence et la récupération.
Selon Ha Anh Duc, combinée aux atouts naturels, climatiques et culturels du pays ainsi qu’à un réseau d’hébergements de qualité, la médecine vietnamienne peut devenir un facteur d’attractivité majeur, contribuant à la création de produits touristiques de soins, de rééducation et de traitements spécialisés capables de rivaliser avec ceux de nombreux pays de la région.
Par ailleurs, le cadre juridique, comprenant résolutions du Parti, lois, décrets et décisions gouvernementales, constitue une base essentielle pour faire du tourisme médical une véritable marque nationale.
D’après Nguyen Trung Khanh, directeur de l’Administration nationale du tourisme du Vietnam (ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme), les infrastructures et les capacités médicales du pays ne cessent de s’améliorer.
Le personnel médical, hautement qualifié, bénéficie de formations structurées et d’expériences à l’étranger. Le coût des soins au Vietnam demeure par ailleurs compétitif à l’échelle régionale et internationale.
À cela s’ajoutent des ressources naturelles et culturelles riches ainsi qu’un environnement sûr dans un contexte mondial instable.
Grâce à l’accélération de la transformation numérique, à l’application de l’intelligence artificielle (IA), à la mise en place de dossiers médicaux électroniques et à la modernisation des infrastructures hospitalières selon des standards internationaux, de nombreux établissements sont désormais en mesure d’accueillir non seulement des patients nationaux, mais aussi des étrangers, des Vietnamiens d’outre-mer et des experts internationaux travaillant au Vietnam.
« La transition numérique ouvre de grandes opportunités pour structurer et professionnaliser le tourisme médical, depuis les dossiers médicaux électroniques jusqu’aux paiements dématérialisés, en passant par la standardisation des processus de service. Le Vietnam réunit de nombreuses conditions favorables pour faire du tourisme médical un produit de marque », affirme Nguyen Trung Khanh.
Un développement fondé sur des alliances et des synergies de services
Le tourisme médical exige une coordination intersectorielle étroite, allant de la mise en place de mécanismes de visas médicaux, des procédures d’entrée et de sortie du territoire, des services d’hébergement et de voyage, des prestations médicales et des solutions de paiement numérique, jusqu’à l’interconnexion des données avec les systèmes d’assurance internationaux.
Cependant, malgré son potentiel, le tourisme médical au Vietnam demeure fragmenté et manque d’une offre intégrée.
Les services de soins, de séjour, de transport, d’hébergement et de suivi post-traitement ne sont pas encore reliés en une chaîne cohérente, rendant l’accès à l’information difficile pour les visiteurs et réduisant la compétitivité du pays sur la scène internationale.
Pour lever ces obstacles liés au manque de normalisation, de coordination et de synergie, les experts estiment que le Vietnam doit bâtir un écosystème complet, impliquant l’ensemble des parties prenantes, hôpitaux, entreprises touristiques, hôtels, compagnies aériennes, assureurs et prestataires de services, afin d’assurer une collaboration efficace et une vision stratégique de long terme.
Concrètement, les établissements de santé jouent un rôle central dans cet écosystème.
L’élaboration de catalogues de services médicaux d’excellence, la standardisation des procédure, l’amélioration de la qualité des soins et le renforcement de la communication internationale contribueront à accroître leur attractivité. Parallèlement, les entreprises touristiques doivent développer des offres intégrées combinant soins médicaux, séjours de détente et expériences culturelles.
Les circuits de bien-être, de convalescence post-traitement, ainsi que les séjours associant médecine traditionnelle, spa et sources thermales peuvent devenir des produits distinctifs du Vietnam.
De plus, les hôtels, complexes touristiques, services de transport et guides spécialisés doivent être formés pour répondre aux besoins spécifiques des touristes médicaux.
L’assistance linguistique, les soins personnalisés, les régimes alimentaires adaptés et les services post-traitement sont autant d’éléments essentiels pour améliorer l’expérience des visiteurs et renforcer leur confiance.
Début avril 2026, l’Alliance vietnamienne du tourisme médical (VMTA) a été créée afin de promouvoir ce secteur. Cet événement marque une étape importante vers un nouveau modèle de coopération visant à exploiter pleinement le potentiel du tourisme médical et à en faire une nouvelle marque du Vietnam.
Selon Tran The Viet, représentant de l’Alliance, l’objectif est de positionner le Vietnam comme une destination majeure du tourisme médical en Asie.
L’Alliance entend mobiliser efficacement les ressources nationales, standardiser les services selon les normes internationales, concevoir des parcours intégrés, transparents et personnalisés, tout en développant un écosystème numérique global.
Dans une première phase, les efforts se concentreront sur des pôles disposant d’infrastructures, de capacités scientifiques et technologiques et de ressources touristiques remarquables, tels que : Hanoï – Hạ Long – Trang An ; Hô Chi Minh-Ville – Da Lat – Vung Tau – Phu Quoc ; Da Nang – Hoi An – Quang Binh – Son Doong.
L’objectif est, à l’horizon 2030, de mettre en place un réseau intégré de tourisme médical réunissant agences de voyage, établissements d’hébergement et surtout structures de santé aux standards internationaux ; d’attirer entre 1 et 2 millions de touristes médicaux ; d’allonger la durée moyenne de séjour de 7–8 nuits à 15–30 nuits ; de générer des recettes annuelles de 3 à 5 milliards de dollars et d’assurer la numérisation complète des transactions.
Selon Nguyen Trung Khanh, si les différents éléments sont correctement connectés et développés de manière professionnelle, le tourisme médical pourrait non seulement ouvrir de nouvelles perspectives de croissance pour le secteur touristique, mais aussi renforcer la position du système de santé vietnamien sur la scène internationale.
Il s’agit également d’une orientation stratégique pour développer des produits touristiques à forte valeur ajoutée, soutenir une croissance durable et élever la marque nationale du Vietnam dans les années à venir.