Le Bangladesh, un pays vulnérable mais à l’avant-garde de la pensée verte
Selon l’ambassadeur Nguyên Manh Cuong, situé en Asie du Sud, le Bangladesh compte plus de 170 millions d’habitants sur une superficie équivalente à la moitié de celle du Vietnam. Avec une densité de population parmi les plus élevées au monde et une position géographique exposée aux effets du changement climatique, le Bangladesh fait partie des pays les plus menacés par la montée des eaux, les catastrophes naturelles et les phénomènes météorologiques extrêmes.
Face à ces défis, le gouvernement du Bangladesh a rapidement mis en place un système juridique et une stratégie nationale bien structurée pour promouvoir la transition verte.
Depuis la Constitution de 1972, la Loi sur la conservation de l'environnement de 1995, jusqu'à des séries de stratégies telles que le Plan d'action pour l'adaptation au changement climatique (2009), le Plan de prospérité climatique Mujib (2021-2030), et en particulier le Plan Delta 2100 – toutes visent à construire une économie durable et résiliente face au changement climatique.
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L’ambassadeur Nguyen Manh Cuong visite une usine textile du groupe Azim Group dans la ville de Chattogram, au Bangladesh, en février 2025. Photo : Ambassade du Vietnam au Bangladesh. |
La Banque centrale du Bangladesh est l'une des institutions pionnières dans la promotion de la finance verte, avec le lancement de l'initiative « Banque verte » en 2011.
Le système bancaire a intégré des réglementations sur l'évaluation des risques environnementaux dans ses activités de prêt, tout en encourageant la transition écologique en interne.
Un dispositif notable est le Fonds de transformation verte (Green Transformation Fund), créé en 2016 avec un capital initial de 200 millions de dollars, destiné à refinancer les entreprises exportatrices des secteurs du textile et du cuir, entre autres.
Pour l’exercice fiscal 2022-2023, le fonds a déboursé plus de 200 millions de dollars pour près de 80 projets écologiques.
Par ailleurs, le gouvernement a mis en place une politique d’incitations fiscales en faveur des entreprises engagées dans la transition verte. Ainsi, le taux d’imposition appliqué aux usines respectant les normes écologiques et tournées vers l’exportation n’est que de 10 %, contre 12 % pour celles n’ayant pas encore amorcé leur transition.
Le textile, un symbole de la transition verte au Bangladesh
Deuxième exportateur mondial de vêtements après la Chine, le Bangladesh a adopté une approche inédite: verdir l’industrie textile pour renforcer sa compétitivité.
Aujourd’hui, 224 usines de confection ont obtenu la certification LEED (Leadership in Energy and Environmental Design), ce qui est un record mondial. Ces entreprises investissent massivement dans le traitement des eaux usées, la réduction des émissions, la réutilisation des matières premières et l’amélioration des conditions de travail.
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L’ambassadeur Nguyen Manh Cuong se renseigne sur le modèle de production textile au sein de l’usine d'Azim Group. Photo : Ambassade du Vietnam au Bangladesh. |
Le pays participe activement à plusieurs initiatives internationales comme la Charte pour l’action climatique dans la mode (UNFCCC), le projet SWITCH2CE de l’UE, et le programme PaCT de l’IFC, en faveur de l’économie circulaire et de l’optimisation des ressources.
Trois leçons pour le Vietnam
Selon l’ambassadeur Nguyên Manh Cuong, le parcours du Bangladesh dans la "verdisation" du secteur textile est une référence précieuse pour le Vietnam, qui dispose d’un grand potentiel mais fait encore face à plusieurs obstacles, notamment le manque d’échelle des PME et l’accès au financement.
À partir des résultats positifs de la transition verte dans le secteur textile au Bangladesh, selon l’ambassadeur Nguyên Manh Cuong, le Vietnam peut tirer plusieurs enseignements concrets:
- Exploiter efficacement les mécanismes de soutien financier de l’État, tels que la Banque verte ou le Fonds de transformation verte, afin de faciliter l’accès des entreprises aux capitaux nécessaires pour investir dans des technologies respectueuses de l’environnement. En tant que pilier de l’économie bangladaise, l’industrie textile bénéficie d’un appui prioritaire à travers des politiques fiscales et des financements dédiés à la création d’emplois et à la modernisation écologique.
- S’adapter activement aux normes internationales, tout en renforçant la recherche et le développement (R&D) et en adoptant des technologies vertes innovantes. Les entreprises textiles bangladaises s’efforcent de respecter les exigences croissantes des marchés étrangers et intègrent des innovations pour garantir des produits de qualité, durables et écoresponsables.
- Renforcer une communauté d’entreprises solide et solidaire, jouant un rôle clé dans la formulation de propositions de politiques vertes réalistes. Le Vietnam peut s’inspirer de modèles comme la BGMEA ou la BTMA au Bangladesh, véritables « think tanks » sectoriels qui accompagnent les entreprises, partagent les meilleures pratiques et participent à l’élaboration de politiques publiques adaptées.
Vers une coopération bilatérale Vietnam–Bangladesh dans le développement durable
Forts de plus d’un demi-siècle de relations diplomatiques, le Vietnam et le Bangladesh disposent de nombreux atouts pour approfondir leur coopération dans la transition verte.
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Outre le secteur textile, les produits agricoles représentent un domaine de coopération prometteur pour les entreprises vietnamiennes et bangladaises. Photo : VnEconomy. |
L’ambassadeur Nguyên Manh Cuong suggère deux axes prometteurs:
- L’agriculture et l’aquaculture: fort de son expérience dans ce domaine, le Vietnam peut renforcer le partage de bonnes pratiques et apporter son appui au Bangladesh en matière de techniques et de technologies vertes déjà mises en œuvre avec succès sur son territoire.
- Le textile: le Vietnam et le Bangladesh peuvent renforcer leur coopération dans le textile par des échanges entre autorités compétentes et entreprises du secteur. Cela favoriserait le partage d’expériences en matière de transition verte, l’adoption de modèles de production durable, et contribuerait à bâtir une économie verte dans les deux pays. Plusieurs entreprises ont d’ailleurs déjà établi des partenariats efficaces en ce sens.
Dans le contexte où les deux pays sont confrontés à des pressions environnementales croissantes et à des exigences de plus en plus strictes des marchés internationaux, une coopération dans la transition verte ne constitue pas seulement un besoin, mais aussi une opportunité stratégique en vue d’un développement durable, d’un renforcement de la compétitivité et de la réalisation des objectifs de développement mondiaux.
Le Sommet du Partenariat pour la croissance verte et les objectifs mondiaux 2030 (P4G) a été créé en 2017 sur l'initiative du gouvernement danois, succédant au Forum de croissance verte mondiale (3GF).
À ce jour, le Sommet P4G compte 12 pays membres: le Danemark, le Chili, le Mexique, le Vietnam, la Respublique de Corée, l'Éthiopie, le Kenya, la Colombie, les Pays-Bas, le Bangladesh, l'Indonésie et l'Afrique du Sud, ainsi que la participation de plus de 90 pays, organisations internationales et entreprises.
Le P4G est considéré comme un forum mondial de premier plan pour promouvoir la coopération public-privé, en connectant les gouvernements, les entreprises et les organisations politico-sociales afin de proposer des solutions novatrices pour la croissance verte, contribuant ainsi à la réalisation des Objectifs de développement durable 2030 (ODD).